Deux ans après sa mort, la figure de Gérard Collomb continue de marquer la campagne municipale à Lyon. Tous les candidats -y compris ses anciens rivaux- revendiquent aujourd’hui une part de son héritage. Pendant près de vingt ans, ce socialiste devenu macroniste, disparu en novembre 2023 à 76 ans, a façonné la ville avec son « modèle lyonnais » : stabilité politique, attractivité économique et grands chantiers urbains.

De ce « maire bâtisseur », salué par Emmanuel Macron lors de ses obsèques, les Lyonnais gardent le souvenir du quartier de la Confluence et des vélos en libre-service. « Gérard Collomb a l’image largement répandue d’un bon maire. Aujourd’hui, tout le monde veut récupérer une partie de cette bonne image », observe Gérard Angel, chroniqueur politique local. Pourtant, l’ancien édile avait quitté la scène politique sur un revers : en 2020, ses listes furent balayées par une vague écologiste, à la suite d’une alliance controversée avec la droite.

Légitimité et continuité revendiquées

Vainqueur du scrutin, l’écologiste Grégory Doucet a, dès son élection, salué en Gérard Collomb un « grand amoureux de Lyon » et un « maire transformateur et humaniste ». Depuis, il a inauguré une place et une station de métro à son nom. « Il a été un grand maire, il faut le dire, et je lui ai rendu hommage pour cela, mais nous n’étions pas toujours d’accord », nuance-t-il, évoquant une « ligne de continuités et de ruptures ».

Sa majorité poursuit plusieurs projets emblématiques de l’ère Collomb, notamment la rénovation de la Part-Dieu et la transformation du quartier de la Confluence, « avec davantage d’arbres et de vélos ». En revanche, elle a rejeté le projet de bouclage du périphérique ouest. Selon le politologue Romain Meltz, « Grégory Doucet cherche ainsi à s’approprier une forme de légitimité et à contrecarrer le stigmate du militant écologiste déconnecté des réalités ».

« Quand on est élu, on a la responsabilité de s’appuyer sur ce qui a été fait », souligne Bruno Bernard, président écologiste de la Métropole de Lyon, façonnée par et pour Gérard Collomb. « C’est ça, l’efficience d’une politique publique », ajoute-t-il, préférant le terme de « successeur » à celui d’« héritier ».

Une récupération jugée « intéressée »

En face, l’ancien patron de l’Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas, 76 ans, revendique son amitié avec Gérard Collomb : « Nous partagions le même logiciel sur le rayonnement urbain par l’entreprise », résume Romain Meltz. Les deux hommes ont œuvré ensemble à la construction du grand stade de Décines, inauguré il y a dix ans, vitrine du club et de la ville. Une relation « intéressée », selon Gérard Angel. « Depuis son entrée en politique, Aulas n’a cessé d’afficher sa proximité avec l’ancien maire, jusqu’à s’associer à l’ex-adjoint de ce dernier, Yann Cucherat. Lors de son premier meeting, il a lancé : “Lyon, c’est Gérard Collomb et son humanisme bâtisseur !” ».

Avec sa colistière LR Véronique Sarselli, il entend relancer le projet de cinquième ligne de métro, abandonné par les écologistes.

De quoi faire grincer des dents parmi les anciens socialistes. Le conseiller métropolitain Louis Pelaez, qui quittera la vie publique en mars, déplore « toute forme de récupération » du nom de Gérard Collomb, transformé, dit-il, en étendard électoral.