Détenue par Jay-Z et Beyoncé, la société de production Roc Nation en dirige depuis 2019 la partie musicale. Soit un des shows les plus suivis au monde : l’an dernier, la prestation de Kendrick Lamar avait rassemblé plus de 135 millions de téléspectateurs.

C’est au Portoricain Bad Bunny qu’a été confié le très exposé « halftime show », programmé à la mi-temps, soit au pic de l’attention médiatique. Phénomène du reggaeton, Bad Bunny (de son vrai nom Benito Antonio Martinez Ocasio) est un des artistes les plus écoutés dans le monde. En 2025, il avait annoncé écarter les États-Unis de sa tournée mondiale, disant craindre les agents fédéraux de lutte contre l’immigration n’en profitent pour rafler ses fans.

Sa prestation au Super Bowl sera donc – jusqu’à nouvel ordre – son unique concert sur le territoire des États-Unis. Et il y a fort à parier qu’il y donnera de la voix pour soutenir la diaspora hispanophone et dénoncer la politique de Donald Trump. Au point que, dès octobre, le gouvernement a lancé cet avertissement : « Ce soir-là, ICE [« Immigration & Customs Enforcement »] sera déployé partout autour du stade, afin de faire respecter la loi. »

Le chanteur portoricain Bad Bunny, lors de son concert à Mexico le 10 décembre dernier.

Le chanteur portoricain Bad Bunny, lors de son concert à Mexico le 10 décembre dernier.

ALFREDO ESTRELLA / AFP

« Je suis anti-eux »

Autre événement de la programmation, la présence du groupe rock Green Day. « Je suis anti-eux, c’est un choix déplorable » a commenté Donald Trump dans une interview publiée par le New York Post le 24 janvier. Le guitariste et chanteur de Green Day, Billie Joe Armstrong, n’a jamais fait secret de son opposition au clan présidentiel. En juillet dernier, lors du festival de Werchter en Belgique, il avait invité les dizaines de milliers de spectateurs à scander « Fuck Donald Trump ».

Une autre star internationale est fortement attendue : Lady Gaga. La New-Yorkaise ne sera pas physiquement présente au Levi’s Stadium de Santa Clara, mais apparaîtra en vidéo sur les écrans publicitaires pour délivrer une reprise d’une chanson populaire. Créée en 1967 par Fred Rodgers pour un programme télé pour les jeunes enfants, « Won’t You Be My Neighbor » résonne d’un nouvel écho depuis les manifestations anti-ICE, où l’entraide et la solidarité entre les citoyens de Minneapolis ont marqué l’opinion publique internationale.

La voix de Bruce

On sait depuis longtemps la force de l’engagement du vétéran Neil Young, 80 ans. L’an dernier, l’auteur-compositeur d’origine canadienne avait inclus sur son dernier album une chanson intitulée « Big Crime » : « Nous n’avons pas besoin de lois fascistes / Nous ne voulons pas d’écoles fascistes / Nous ne voulons pas que les soldats envahissent nos rues / Un crime grave frappe Washington et la Maison-Blanche. »

Vitupérant contre les forces de l’argent, contre l’industrie polluante (Monsanto en tête) et contre les dérives autoritaires, Neil Young a annoncé mardi 27 janvier mettre, pour un an, l’intégralité de son répertoire audio et vidéo en accès libre pour les habitants du Groenland. « J’espère que ma musique et mes films musicaux atténueront un peu le stress injustifié et les menaces que vous subissez de la part de notre gouvernement impopulaire et – espérons-le – temporaire. »

Neil Young, ici lors de la manifestation « Fighting Oligarchy : Where We Go From Here » à Los Angeles, au printemps 2025.

Neil Young, ici lors de la manifestation « Fighting Oligarchy : Where We Go From Here » à Los Angeles, au printemps 2025.

ROBYN BECK / AFP

Le lendemain, une autre star du rock prenait position : Bruce Springsteen. Publiée mercredi, sa chanson « Streets of Minneapolis » a cumulé près de six millions de vues sur YouTube en vingt-quatre heures. Jouant avec le double sens du terme « Ice » (comme la glace qui blanchit les trottoirs de l’hiver, mais aussi l’acronyme de l’unité militaire fédérale qui les souille de sang), le « Boss » du New Jersey pose là une charge solide et sans ambiguïté, contre « l’armée privée du Roi Trump » et les « mensonges dégueulasses de [Stephen] Miller et [Kristi] Noem », respectivement conseiller politique du président et secrétaire à la Sécurité intérieure.