Le cessez-le-feu non officiel annoncé jeudi par le président américain Donald Trump, qui indiquait avoir demandé « personnellement » à Vladimir Poutine de suspendre ses bombardements sur Kiev et plusieurs villes « pendant une semaine », ne concerne donc vraisemblablement que la capitale ukrainienne, et durera au mieux trois jours s’il était respecté jusqu’à ce dimanche 1er février comme annoncé. En matière de gage de bonne volonté, on a déjà vu plus abouti. Alors qu’aucun des deux camps ne semble attendre de progrès marquants de la seconde rencontre tripartite organisée en présence des États-Unis, dimanche, à Abu Dhabi.
« Le simple fait qu’un ensemble de questions complexes soient discutées » est déjà « un progrès » en soi s’est contenté de déclarer le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. « Le seul fait que tout le monde soit poli, est considéré comme un signe positif » par les États-Unis a réagi un rien acide un responsable ukrainien dans le journal ukrainien Kyiv Independent. Réponse directement adressée à une source américaine qui jugeait les négociateurs russes « plus flexibles » en privé que ne le laissent présager en public « les exigences maximalistes » du Kremlin.
« Il n’y a rien à attendre de sérieux des pourparlers » tient à clarifier auprès de La Libre le chercheur ukrainien Leo Litra, expert en défense et collaborateur du European Council of Foreign Relations (ECFR). « Dans le meilleur des cas, les Ukrainiens repartiront avec un accord pour préserver les infrastructures énergétiques, mais nous sommes à des années-lumière d’un accord de paix, et ce pour une raison simple : les Russes n’ont aucune envie de régler ce conflit. Ils répètent à l’envi qu’ils ne s’arrêteront pas sans avoir atteint tous leurs objectifs militaires. »
Aucune maîtrise des Russes
« Steve Witkoff (Envoyé spécial de Donald Trump pour l’Ukraine, NdlR) n’a aucune expérience des négociations avec les Russes » ajoute Léo Litra. Nous, Ukrainiens, avons mené 186 rounds de négociations avec Moscou avant d’arriver aux accords de Minsk (signés en 2014 et 2015 en Biélorussie, NdlR). Puis la Russie a lancé son invasion à grande échelle. Les Russes sont passés maîtres dans l’art de feindre des négociations et font simplement ce qu’il faut pour éviter de nouvelles sanctions américaines ».
Officiellement, deux questions clés bloquent toute avancée : la gestion de la centrale nucléaire de Zaporijia et le statut du Donbass, dont Moscou réclame l’abandon à cor et à cri. « Jusqu’ici, nous n’avons pas réussi à trouver de compromis sur la question territoriale, en particulier concernant une partie de l’est de l’Ukraine », a encore répété vendredi Volodymyr Zelensky. « Nous avons déclaré à maintes reprises que nous sommes prêts à des compromis qui mènent à une véritable fin de la guerre, mais qui n’impliquent certainement aucune atteinte à l’intégrité territoriale de l’Ukraine « . Sa position est claire. Beaucoup craignent toutefois que la partie américaine ne tente désormais de passer en force, en conditionnant l’octroi de garanties de sécurité à l’abandon du Donbass.
« La Russie n’est plus une puissance »
« On sent que pour Donald Trump, l’important est de mettre fin au conflit quel que soit le deal », commente Leo Litra. « Il a le sentiment que l’Ukraine est plus faible et qu’il est plus simple de la forcer à faire des concessions. Mais je voudrais préciser deux choses. Premièrement, les Russes ont réussi à persuader le président américain qu’il s’adressait encore à une puissance soviétique, ce n’est plus le cas. Deuxièmement, Volodymyr Zelensky ne dispose pas des compétences pour céder le Donbass. Trump exige de lui qu’il viole la Constitution. Il serait pendu sur la place Maïdan s’il prenait cette décision. »
Toute la question est désormais de savoir si Kiev peut rester sur ses positions et à quel prix, en sachant qu’un soutien américain demeure indispensable pour garantir sa sécurité à long terme. « Faute de pouvoir rejoindre l’Otan tout de suite », confirme le chercheur de l’EFCR. « L’Ukraine a besoin au minimum des garanties suivantes : une armée et une capacité de production d’armement soutenues et non bridées, une intégration dans l’industrie de la défense européenne, l’adhésion à l’Union européenne, un soutien européen en matière d’armement, d’hommes, et de défense anti-aérienne, et, inévitablement, un backstop américain : la garantie que les États-Unis empêcheront toute attaque russe. Les Russes ne prendront jamais au sérieux une garantie européenne. Psychologiquement et stratégiquement, un engagement américain reste fondamental. » C’est tout le problème.