Disparu en 1997, le roi de l’afrobeat nigérian doit être honoré par un hommage pour l’ensemble de son œuvre, ce week-end à Los Angeles.

Publié le 31/01/2026 14:11

Temps de lecture : 4min

Le chanteur et musicien Fela Kuti sur scène à l'hippodrome de Pantin, le 15 mars 1981. (PHILIPPE GRAS / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Le chanteur et musicien Fela Kuti sur scène à l’hippodrome de Pantin, le 15 mars 1981. (PHILIPPE GRAS / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Vingt-neuf ans après sa mort, Fela Kuti (1938-1997) doit recevoir ce week-end un Grammy Award à titre posthume pour l’ensemble de sa carrière, devenant ainsi le premier artiste africain à obtenir cette distinction. L’icône nigériane, qui a passé sa vie à s’opposer aux régimes autoritaires dans son pays, a profondément la musique mondiale de son influence.

Celui qu’on appelait simplement Fela sera l’un des nombreux artistes récompensés lors d’une cérémonie prévue samedi 31 janvier à Los Angeles, aux États-Unis, à la veille de la cérémonie des Grammy Awards. Parmi les autres artistes figurent Cher, Whitney Houston (1963-2012), Carlos Santana, Paul Simon et Chaka Khan.

Dans les années 1970, Fela, artiste multi-instrumentiste débordant d’énergie, a inventé l’afrobeat, un mélange de jazz, de funk et de rythmes africains. Son œuvre a influencé l’afrobeats actuel (avec un S), genre apparu dans les années 2000 au Nigeria, et qui a attiré un public mondial et mélange des rythmes africains traditionnels avec des sonorités pop contemporaines.

Il y a deux ans, les Grammy Awards ont créé la catégorie « Meilleure performance africaine » pour l’édition 2024, et celle-ci a été dominée par les artistes afrobeats, en particulier du Nigeria. Parmi les cinq artistes nommés pour le prix de la meilleure performance africaine cette année, trois sont des chanteurs nigérians d’afrobeats. Une autre Nigériane, Tems, l’avait emporté l’an dernier.

« L’influence de Fela traverse les générations, inspirant des artistes tels que Beyoncé, Paul McCartney et Thom Yorke et façonnant l’afrobeats nigérian moderne », indique une citation ajoutée à la liste des lauréats des Grammy Awards de cette année. Également appelé le « Black President » (« président noir »), l’activiste et musicien légendaire est mort en 1997 à l’âge de 58 ans. Son héritage perdure notamment à travers ses fils, Femi Kuti et Seun Kuti, et son petit-fils Made, tous musiciens.

« Cette reconnaissance qui survient à ce moment où nous sommes présents tous les trois, c’est un sentiment formidable », a déclaré à l’AFP Made Kuti, lui-même nominé aux Grammy en 2022. « C’est formidable que nous continuions tous les trois à pratiquer l’afrobeat et à faire vivre cet héritage autant que possible. »

Yemisi Ransome-Kuti, cousine germaine de Fela et cheffe de la famille, a déclaré vendredi à l’AFP que cette récompense était « une célébration pour le peuple africain et il devrait la considérer (…) comme sa propre récompense. Un autre Africain est mis à l’honneur. » Elle a ajouté : « Mais nous voulons aussi adresser un message à ceux qui rendent ainsi hommage (aux artistes) : s’il vous plaît (…) n’attendez pas que les gens soient morts. »

Interrogée sur ce qu’aurait pu être la réaction de Fela en recevant pareille distinction, Yemisi Ransome-Kuti a répondu : « Je suis sûre qu’il aurait dit Mieux vaut tard que jamais », même si « de son vivant, il ne s’intéressait pas particulièrement à la reconnaissance internationale, notamment occidentale ».

Fela a été arrêté à de nombreuses reprises par les divers régimes militaires du Nigeria pendant sa carrière, parfois en raison de son activisme politique et parfois sous des accusations de vol, qu’il a toujours niées. Ses premiers démêlés avec la justice remontent à 1974, année de la sortie de son célèbre album Zombie, considéré par les autorités militaires au pouvoir comme une diatribe à leur encontre. Ses longues chansons étaient pleines de défi, explicitement hostiles aux gouvernements en place et à la corruption.

Son manager Rikki Stein, joint par téléphone par l’AFP à Los Angeles où il rejoindra la famille Kuti pour la cérémonie, s’est dit convaincu que cette récompense « donnera un nouvel élan à la musique de Fela – avec 50 albums à son actif – et je suis certain que sa popularité ne cessera de croître encore et encore ». Il s’est réjoui enfin : « Un nombre croissant de personnes qui n’étaient même pas nées à la mort de Fela manifestent de l’intérêt pour sa musique et, je l’espère, pour le message de Fela. »