Que penser de la falsification ?

« Avec les réseaux sociaux et internet, elle est devenue plus répandue, notamment à travers les faux documents. Mais quand on y regarde de près, ce sont souvent des falsifications assez grossières. J’ai même entendu dire que certains faux billets portaient la mention ‘Disney’ afin de pouvoir plaider qu’il ne s’agissait pas d’une tentative crédible de reproduction ! Cela permet parfois de réduire les poursuites et les peines. »

Avez-vous déjà été personnellement victime d’une falsification ?

« Oui, comme tout le monde, avec des SMS ou des mails de tentatives d’arnaque. Très honnêtement, je ne me suis jamais fait avoir par ce genre de procédés. En revanche, j’ai déjà été arnaqué sur d’autres choses. »

Aujourd’hui, qui sont les vrais faussaires : ceux qui fabriquent du faux ou ceux qui manipulent le réel ?

« Cela dépend de ce qu’on met derrière le mot ‘faussaire’. Il n’a pas la même connotation qu »escroc’. La langue française est très nuancée. De nos jours beaucoup d’escrocs manipulent le réel, tandis que les faussaires artisans n’existent plus du tout. »

Peut-on admirer quelqu’un sans excuser ses actes ?

« Je ne suis pas juge, je suis plutôt du côté de l’avocat. Il y a une différence entre faire du mal à une personne et s’attaquer à la monnaie d’un État. En l’occurrence, Bojarski n’a volé personne ; il a trompé la Banque de France. Certains faussaires ont causé des dommages directs à des familles, ce qui n’est pas son cas. Il s’est attaqué à un système. »

Qu’est-ce que l’argent représente intimement pour vous, au-delà de sa fonction matérielle ?

« Une sécurité, pour moi et pour les miens. J’ai connu la précarité durant une bonne partie de mon enfance, avec des hauts et des bas pour mes parents, oscillant entre classe moyenne et misère. Ensuite, j’ai moi-même vécu près de dix ans dans une grande précarité, avec l’envie de faire ce métier mais la difficulté d’y trouver ma place. Aujourd’hui, je considère l’argent comme une sécurité, mais aussi comme quelque chose dont j’essaie de m’encombrer le moins possible. Moins il occupe mes pensées, mieux je me porte. Cela dit, je savoure le fait de ne pas en manquer, parce que cela me permet de vivre librement, sans extravagance, simplement avec la tranquillité d’esprit. »

Votre père, à qui vous devez le virus du métier, est-il venu vous voir au cinéma ?

« Malheureusement non, il est décédé avant. Il a eu une belle carrière, mais il a également touché le fond. Il m’a vu au théâtre et je pense qu’il a compris que j’aimais profondément ce métier, et que je ne le faisais pas pour lui ressembler. Comme tous les parents, il s’inquiétait de me voir choisir un chemin incertain. Il n’a pas connu mon parcours au cinéma, mais j’espère que, de là où il est, il a pu en être témoin. Le jour où j’ai reçu mon César pour ‘Hippocrate’, mes deux parents n’étaient plus là. Ce sont les deux premières personnes auxquelles j’ai pensé. Ma mère regardait la cérémonie tous les ans. J’aurais tant aimé qu’elle voie son fils être primé. J’avais dit à mon père : ‘Tu verras, un jour, ça marchera. Et ce jour-là, je mettrai une carte du monde devant toi et je te demanderai où tu veux que je t’emmène.’ C’est une des dernières conversations que nous avons eues. »

Selon vous, qu’est-ce qui est le plus menacé aujourd’hui : la vérité ou notre capacité à la reconnaître ?

« Notre capacité à la reconnaître. D’ailleurs, je préfère parler ‘des’ vérités plutôt que d’une vérité unique. Elles existent, mais notre regard change. Nous vivons une époque où tout est brouillé, où les repères sont difficiles à poser, avec une profusion de fake news. Ce n’est pas simple, notamment pour nos enfants. »

Comment voyez-vous la Belgique ?

« J’ai souvent eu l’occasion d’y venir pour tourner des films, les présenter ou participer à d’autres événements, comme des lectures à Namur pour l’Intime Festival. Ici, je me sens à l’aise. On est toujours très bien accueilli. Il règne a une gentillesse qui fait beaucoup de bien. Les gens se prennent moins au sérieux qu’en France, et ça se ressent. »

Si vous deviez trouver un défaut à la Belgique ?

« Vous ne vous prenez peut-être pas assez au sérieux (rires) ! »

Le film raconte l’histoire vraie de Jan Bojarski, un ingénieur polonais réfugié en France après la guerre. Exploitant ses talents exceptionnels, il se lance dans la fabrication de fausse monnaie – des billets si parfaits qu’ils trompent même la Banque de France – et mène une double vie pendant plus de quinze ans, échappant aux enquêtes de la police.Le film raconte l’histoire vraie de Jan Bojarski, un ingénieur polonais réfugié en France après la guerre. Exploitant ses talents exceptionnels, il se lance dans la fabrication de fausse monnaie – des billets si parfaits qu’ils trompent même la Banque de France – et mène une double vie pendant plus de quinze ans, échappant aux enquêtes de la police. ©D.R.