Deux cambriolages en dix jours. Et à chaque fois, le même scénario. Au petit matin du 1er janvier dernier, Axel Dassonville, boulanger à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), découvre la porte d’entrée de son magasin forcée et les deux monnayeurs automatiques éventrés. Les cambrioleurs sont repartis avec tout l’argent qui s’y trouvait.
« On a été choqués mais le pire, ça a été le deuxième cambriolage, dans la nuit du 10 au 11 janvier. La première fois, on se dit que cela arrive à tous les commerces, la deuxième, on n’était vraiment pas prêts », se désole le patron de L’Atelier des 2 Frères, installé depuis seulement deux ans. Entre la recette volée et les dégâts matériels, son préjudice s’élève à près de 40 000 euros.
La même nuit, un de ses confrères à Méré, a été victime d’un cambriolage similaire. Les images de vidéosurveillance laissent penser qu’il s’agit de la même bande : quatre hommes vêtus de doudounes de couleurs claires, le visage dissimulé par des capuches.
« Ils sont restés en tout et pour tout 30 secondes »
« Ils ont tenté de casser une glace de la vitrine, puis ont finalement forcé la porte de service située à l’arrière à l’aide d’un pied-de-biche », témoigne Amilton Dos Santos, le patron de la boulangerie Gare O Pain, située à proximité de la bretelle d’accès à la N 12.
« Ils se sont dirigés directement vers les monnayeurs, ignorant le tiroir-caisse. Ils sont restés en tout et pour tout 30 secondes dans la boutique, preuve qu’ils avaient fait un repérage auparavant », poursuit l’artisan.
« Coup de bol, j’avais vidé la caisse et seulement laissé le fonds de roulement. Ils sont repartis avec 300 euros », ajoute Amilton Dos Santos. C’est l’un des conseils donné par la profession et les services de l’État, alors que les vols de boulangeries se multiplient dans la région.
« Vider chaque soir les monnayeurs »
Au point que la fédération des boulangers des Yvelines, de l’Essonne et du Val-d’Oise a adressé un mail d’alerte à tous ses adhérents, doublé, début janvier, d’un second de la préfecture des Yvelines invitant les professionnels à la vigilance et à la plus grande prudence.
Ils leur recommandent notamment de vider chaque soir les monnayeurs et de les laisser ouverts, d’éviter de conserver de l’argent sur place et de ne laisser aucun objet de valeur exposé.
« C’est partout »
Avant eux, d’autres boulangers des Yvelines ont subi le même sort que L’Atelier des 2 frères et Gare O Pain. À Vélizy-Villacoublay, le commerce du Mail, a été dévalisé les 23 et 26 décembre. Dans la même nuit du 4 janvier, des malfrats ont frappé à Bonnières, Rolleboise, Meulan et Hardricourt et le lendemain, à Maule et à Magnanville.
Combien de professionnels ont-ils été victimes dans le département ? Certains parlent d’une trentaine. Sans donner de chiffres, le parquet de Versailles confirme que « des faits ont été commis en zone police et en zone gendarmerie. Certaines affaires ont notamment été confiées à une brigade de recherches. »
« À ce stade, il n’y a pas eu d’interpellation, les enquêtes se poursuivent », poursuit le parquet, en précisant que ce phénomène n’est pas propre aux Yvelines.
« C’est partout », confirme Fabrice Pottier, boulanger à Marcoussis, en Essonne, lui-même victime d’une tentative de cambriolage. Elle lui a quand même coûté 7 000 euros de réparations. « J’ai un rideau de fer et une porte blindée », précise-t-il.
Les voleurs ont même recours à la voiture-bélier
Un de ses collègues a eu moins de chance. Ses deux boulangeries ont été « visitées » à quelques jours d’intervalle. « Chez lui, ils ont mis quatre minutes pour prendre l’argent du monnayeur. »
En Seine-et-Marne, à Nangis, un artisan a été visé deux fois dans la même semaine, dans la nuit du 17 au 18 décembre, puis du 19 au 20 décembre.
Preuve de leur détermination, certains cambrioleurs n’hésitent pas à avoir recours à une voiture-bélier. Comme dans la nuit du 12 au 13 décembre, à Morigny-Champigny, près d’Étampes (Essonne), pour atteindre plus rapidement les monnayeurs de L’Atelier des Papilles.
« Le plus dissuasif est de ne pas laisser d’espèces »
Ces vols mettent sous pression les distributeurs de « ces appareils à cash », qui ont dû trouver des pièces détachées en urgence. « Nous avons pu dépanner les boulangers concernés en en prenant sur des appareils neufs », indique Christophe Coquelin, gérant de la société Matburo, basée dans les Yvelines.
Ce leader de la caisse enregistreuse en Île-de-France planche sur des moyens de renforcer l’inviolabilité des monnayeurs dans ces commerces peu sécurisés, a contrario des supérettes et bars-tabac, généralement dotés de rideaux de fer, portes blindées, voire de générateurs de brouillard.
« Nous sommes en train de fabriquer un système de plots pour empêcher leur arrachage. Nous le testons », précise Christophe Coquelin, pour qui « le plus dissuasif est de ne pas laisser d’espèces. Les cambrioleurs ne vont pas prendre des risques pour 50 ou 100 euros. »
« Un des rares commerces à avoir des espèces »
Car c’est ce qui attire les voleurs. « Aujourd’hui, nous restons un des rares commerces à avoir des espèces », analyse Olivier Gérard, le président de la fédération des boulangers des Yvelines, de l’Essonne et du Val-d’Oise. Même si le paiement en espèces se marginalise. « Il y a vingt ans, 80 % des paiements se faisaient en espèces et 20 % en carte bancaire. La tendance s’est inversée. »
L’engouement pour les monnayeurs automatiques lors de la crise du Covid a contribué à ce basculement. « C’est pratique en termes de travail, de traçabilité et d’hygiène », explique Fabrice Pottier. Malgré les attaques, le boulanger de Marcoussis et ses confrères estiment ce système plus sûr que le traditionnel tiroir-caisse.
« Je préfère qu’ils cassent le monnayeur plutôt que de me faire agresser le soir en sortant avec cet argent », confirme Axel Dassonville, qui envisage de prendre un chien.