RONALDO SCHEMIDT / AFP
L’Hélicoïde, ici photographiée à Caracas, au Venezuela, le 8 janvier 2026.
C’est la fin d’une sombre époque à Caracas. La redoutée prison de l’Hélicoïde, au cœur de la capitale du Venezuela, va fermer. Cet immense bâtiment est accusé d’être un centre de torture par l’opposition et des militants des droits humains.
« Nous avons décidé que les installations de l’Hélicoïde, qui servent aujourd’hui de centre de détention, deviennent un centre social, sportif, culturel et commercial pour la famille policière et pour les communautés voisines », a déclaré vendredi 30 janvier la présidente vénézuélienne par intérim Delcy Rodriguez, dans un discours devant la Cour suprême, juste après avoir annoncé une loi d’amnistie générale.
« Liberté, liberté, liberté ! » ont scandé le même jour des proches de prisonniers politiques rassemblés à l’extérieur de ce centre de détention.
Au départ, l’Hélicoïde, avec ses passages hélicoïdaux qui convergent vers un énorme dôme, était un joyau architectural destiné à être un centre commercial. Il est notamment ceinturé par une rampe automobile en forme de spirale, longue de 4 kilomètres et desservant une douzaine d’étages.
Sa construction a commencé sous la dictature de Marcos Perez Jimenez (1951-1958). Le centre commercial imaginé devait à l’origine abriter 130 boutiques, des bureaux, un centre de conférences, un hôtel cinq étoiles, un club privé, un cinéma, une piscine, un gymnase, un terrain de bowling, des restaurants, une discothèque et un héliport, énumère L’Express. Mais celui-ci n’a finalement jamais été inauguré, et, après des décennies d’abandon, la police politique (Disip) s’y est installée en 1986. Puis il a été occupé jusqu’à aujourd’hui par la Police nationale et le redouté service de renseignement Sebin.
Décharges électriques et étouffement avec des sacs
Toujours selon L’Express, peu de temps après la capture de Nicolas Maduro par les États-Unis en tout début d’année, le centre n’abritait qu’une centaine de prisonniers : des activistes, des journalistes, des dirigeants syndicaux, des leaders communaux, des élus…
Depuis des années maintenant, la « torture (y) est systématique », selon des défenseurs des droits humains. Les décharges électriques sur les testicules ou l’étouffement avec des sacs en plastique y sont fréquents, alors que de nombreuses femmes font état de viols, selon les témoignages. Nicolas Maduro était lui allé jusqu’à dire que l’Hélicoïde était une « référence morale ».
« Tous les Vénézuéliens savent ce que signifie le mot Hélicoïde, synonyme de grande tristesse, de nombreuses tortures », résume Raidelis Chourio, 39 ans, dont le frère est détenu depuis 2025 dans une autre prison. « C’est un soulagement qu’ils ferment ce centre ».
Réfugié à Buenos Aires, Victor Navarro, un Vénézuélien, racontait à l’AFP en 2023 qu’il y avait été emprisonné pendant cinq mois en 2018, pour – selon lui – son travail d’activiste. Il s’occupait alors de jeunes de la rue au moment où les manifestations contre Nicolas Maduro en 2017 ont fait plus de 120 morts. « J’ai été témoin et victime à mon tour de tortures. Ils m’ont mis un pistolet dans la bouche (lors d’un interrogatoire), chargé, non verrouillé (…), ils m’ont battu », racontait-il. « Je faisais du travail social, ils ont dit que j’avais créé une cellule terroriste financée par les États-Unis », expliquait-il.
Un projet de réalité virtuelle fait plonger dans les cachots
Victor Navarro a finalement été libéré lors de négociations politiques incluant la libération de prisonniers politiques, utilisés comme monnaie d’échange par le pouvoir.
C’est lui qui ensuite a été à l’origine de Realidad Hélicoïde, un projet de réalité virtuelle qui fait plonger dans les redoutés cachots de l’Hélicoïde. Il se base sur les témoignages d’une trentaine de personnes qui ont été emprisonnées.
À un moment donné, le visiteur virtuel est même entouré de cafards. Il rétrécit alors progressivement jusqu’à atteindre la taille de l’insecte. Une idée née d’interviews de prisonniers. « (Quand vous êtes détenus) on vous donne l’impression d’être un cafard », expliquait Victor Navarro, pour qui que cette sensation reflète la « déshumanisation » engendrée par la « torture ».
« Au Venezuela, on a torturé et on torture », expliqué de son côté à l’AFP Marino Alvarado, célèbre défenseur des droits humains. Pour lui, ce bâtiment devrait avant tout « être un centre de mémoire ». « Ceux qui dirigent le pays ne le feront pas, car ce serait exposer toute l’horreur dont ils sont responsables », estime-t-il.
La CPI enquête elle sur de possibles crimes contre l’humanité commis au Venezuela sous le gouvernement de Maduro. L’ONU a également dénoncé « des détentions arbitraires, des violations des garanties du droit à une procédure régulière » ainsi que des cas de « torture et de disparitions forcées ». Les autorités ont toujours nié ces accusations et ont contesté l’enquête, estimant qu’elle « instrumentalise » la justice internationale comme arme politique.