Les policiers sont des fonctionnaires comme les autres, peu ou prou soumis aux mêmes cures d’austérité et à la même rigueur budgétaire que les enseignants, le personnel hospitalier, les cheminots… C’est en partie pour rappeler ce statut et son affaiblissement, que le syndicat Alliance (classé à droite) avait lancé un appel à la mobilisation nationale ce samedi 31 janvier dans une vingtaine de villes françaises. Des manifestations à laquelle l’organisation majoritaire appellait les citoyens à se joindre « massivement » pour afficher leur « soutien » aux revendications des forces de l’ordre.
À Marseille, sous une pluie fine, la réponse a été modeste. Selon notre décompte, ils étaient autour de 300 (400 selon la préfecture de police) à se presser sous l’ombrière du Vieux-Port en fin de matinée pour faire entendre leur « mal-être profond » face des « conditions de travail déplorables ». « On arrive à saturation », prévient Sabrina Gaillard, déléguée Alliance. « Nous sommes en sous-effectif donc nous ne pouvons pas répondre à l’attente du peuple. Quand vous venez déposer plainte, vous attendez plus de quatre heures pour être reçus », déplore-t-elle. Et de raconter « les ordinateurs obsolètes, les locaux dégradés, les véhicules qui ne passent même pas le contrôle technique… ». « Et pourtant, on roule avec et on vous verbalise pour ça ».
Loin des discours martiaux sur la « guerre totale » menée par l’État contre le narcobanditisme, Sabrina Gaillard constate froidement que « les moyens ne sont pas là ». « La PJ est en sous-effectif. L’investigation est en train de couler parce qu’on n’a pas les moyens humains et matériels pour réussir à éradiquer tout ça », alerte-t-elle. Un peu plus loin, un de ses collègues marseillais s’émeut de commissariats « dans un état indigne ». « Dans la journée, on ne peut pas aller aux toilettes, car il n’y a pas de chasse. Pour manger, il faut tourner dans une salle avec des cafards », grince cet homme au physique solide. Policier expérimenté, Hervé, lui, regrette « une délinquance de plus en plus violente mais des réponses pénales souvent inadaptées « .
« Il faut leur donner carte blanche »
Des sifflets et des drapeaux du syndicat ont été distribués à la foule. Angèle, 60 ans, en agite un avec ferveur. Et remercie du fond du coeur : « Heureusement qu’ils sont là pour notre sécurité. « Très en colère », elle demande que ce « gouvernement pourri » laisse « carte blanche » à la police contre « tous ces voyous ». « lls devraient rentrer chez eux, sur leur terrain (sic) », peste-t-elle. À ses côtés, une autre retraitée est déçue de l’affluence. « Sur les réseaux sociaux on m’a répondu que les policiers qui demandent du soutien aujourd’hui se sont mal comportés avec les Gilets Jaunes et les agriculteurs. »
Peu avant midi, le cortège se lance en direction de la Préfecture, entonnant à tue-tête un refrain détourné : « Tout le monde aime sa police ! » Après avoir parfois joué des coudes, les élus se retrouvent rapidement en tête, derrière une banderole « citoyen avec la police contre l’insécurité et l’impunité », quitte à éclipser les principaux concernés et leurs revendications catégorielles.
Dans le défilé, on trouve quasi exclusivement des candidats de droite et d’extrême droite : Marion Bareille (LR), Laure-Agnès Caradec (LR), Sabine Bernasconi (LR), Monique Griseti (RN), les postulants à l’hôtel de ville Martine Vassal (DVD), arrivée en toute fin de manifestation, Nora Preziosi (DVD), Franck Allisio (RN)… Pour certains élus, un exercice d’équilibriste : la place Beauvau, à qui s’adressent les doléances, est occupée depuis des années par des ministres de droite et du centre issus de leur camp politique. Sans parler des effets de la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux fixée, de son temps, par Nicolas Sarkozy (LR). « Depuis 2017, on a créé 12 500 emplois dans les forces de sécurité intérieure, on a acheté 19 00 véhicules nouveaux. On met le paquet « , avait devancé vendredi le ministère de l’Intérieur, Laurent Nunez, en expliquant ne pas vouloir se joindre à ce mouvement par « neutralité ». « Il y a des élections syndicales cette année », a-t-il rappelé.
Juché sur un camion d’Alliance, garé devant la Préfecture, Sébastien Greneron, le secrétaire départemental, siffle la fin sur des airs de meeting : « L’instant est inédit! Pour la première fois, les policiers manifestent au côté des citoyens! Cette majorité silencieuse qui aime sa police! », scande-t-il. « Marseillaise, Marseillais, notre ville fait la Une des journaux, narcotrafic, règlement de comptes, vols avec violences, cambriolages, émeutes, vitrines cassées, agressions, insécurité… Stop à l’inaction ! »