REPORTAGE – Plusieurs milliers de policiers et citoyens se sont rassemblés ce samedi 31 janvier contre l’insécurité et le manque de moyens accordé à la police.

Place de la Bastille, sous la colonne de Juillet, des touristes anglais à vélos freinent, ébahis : «qu’est-ce que cette foule aux drapeaux bleu-blanc-rouge agités ?» La réponse vient d’un membre des forces de l’ordre en civil : «Une manifestation en soutien aux policiers». Ce samedi 31 janvier, le syndicat majoritaire Alliance Police Nationale a orchestré un rassemblement dans toute la France pour «dire stop à l’insécurité galopante, aux conditions de travail inacceptables et au manque criant de moyens».

Dans 23 villes de France, des cortèges se sont élancés, mêlant policiers, élus et surtout citoyens. Selon le syndicat, 2000 à 5000 personnes ont manifesté à Lyon et Marseille, environ 1500 à Nice, 500 à Grenoble ou encore 420 à Bordeaux, cette fois-ci selon la Préfecture. À Paris, c’est «près de 15.000 personnes qui ont défilé», toujours selon Alliance Police. À travers cette mobilisation, le syndicat souhaitait créer un «électrochoc sécuritaire» massif. «La délinquance est de plus en plus violente, les délinquants toujours plus jeunes», dénonce Gaëlle James, secrétaire générale du Syndicat d’officiers Synergie qui s’est joint au mouvement.


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De la place de la Bastille à celle de la Nation, la marche s’est déroulée «sans le moindre débordement», sous un ciel grisâtre. «Qui aurait osé perturber ça en s’attaquant à des policiers ?», ironise un agent face aux nombreuses pancartes brandies : «Tous les policiers sont des héros», «Ma France soutient sa police et gendarmerie», «Stop à l’insécurité».

Dorine est venue soutenir les policiers, brandissant fièrement sa pancarte artisanale.
L.P / Le Figaro

«La population doit mettre la pression au gouvernement»

Dans la foule parisienne, Louis, 10 ans, traîne sa mère par la main dans sa tenue de policier factice : «Plus tard, je serai à la BRI  ou aux forces spéciales». Dorine, quarantenaire, sans lien avec la profession dénonce : «Les incivilités sont partout, dans les rues, les métros. À côté de ça, la police est maltraitée, pas respectée. Il faut des conditions dignes». Des paroles qui ne laissent pas indifférents les policiers : «Il n’y a rien de plus beau que ce soutien massif», souffle Cédric Boulot, membre des forces de l’ordre en région parisienne.

Louis et sa mère sont venus soutenir sa vocation : intégrer un jour les unités d’élite de la Police nationale.
L.P / Le Figaro

Et c’était l’objectif : «Montrer nos difficultés aux Français. La population doit mettre la pression sur le gouvernement car nous, on n’est pas écoutés», déclare Yoan Maras, délégué national Alliance Police, avant de rajouter : «la balle est dans leur camp : j’ai reçu milliers de messages, 80% des Français sont derrière nous, il faut arrêter d’être gentil avec les délinquants».

Malgré un budget élargi de 18 milliards d’euros annuels, «le budget doit être augmenté car la sécurité doit être la priorité du gouvernement», explique Gaelle James. Dans ce contexte, l’absence du ministre Laurent Nuñez n’a pas manqué d’être rappelé. «C’était son devoir d’être là ! Pour quelqu’un issu de nos rangs, c’est une grosse erreur, mes collègues ne comprennent pas», tonne Yoan Maras avant que le secrétaire général du syndicat, Fabien Vanhemelryck, enfonce le clou à quelques mètres de l’arrivée : «On a une politique inexistante à tel point que le ministre de l’Intérieur n’est même pas venu. Mais merci à la population derrière sa police, à nos amis agriculteurs dans les cortèges qu’on n’oublie pas.» 

Mercredi 28 janvier, le syndicat avait interpellé les politiques devant l’assemblée nationale pour les inciter à participer à la grande mobilisation. Mais seule une dizaine de politiques ont répondu présent, très majoritairement issus de la droite.