Publié le
1 févr. 2026 à 8h34
Au lendemain de l’officialisation du projet de nouveaux vitraux de la cathédrale de Rouen, on vous fait redécouvrir ceux qui ornent déjà ses murs et dont la singularité reste parfois encore méconnue. Chargé de valorisation au sein du service Patrimoine de la Métropole, Guillaume Gohon, fin connaisseur de l’édifice, ponctue la visite d’anecdotes aussi intéressantes que surprenantes. L’occasion de découvrir 10 de ces joyaux de verre rouennais qui ont une histoire hors du commun.
1. Celui qui défiait le temps

Ce vitrail a traversé les siècles. (©Lucile Ferrand et Clara Flores)
La particularité de la cathédrale de Rouen repose dans la variété d’époques des vitraux qu’elle contient. Guillaume Gohon le dit lui-même, « il n’y a pas un vitrail de celle-ci qui date à 100% de la même époque ».
L’un deux se démarque par la multiplicité des siècles qui le composent. Situé à l’entrée de la cathédrale, dans la chapelle des Belles Verrières, les verres les plus hauts datent du XIIIe siècle, reconnaissables grâce à la couleur bleutée du fond.
Un projet de cloître avait été envisagé, mais rapidement celui-ci est abandonné ; l’occasion au XVe siècle de compléter le milieu du vitrail par des personnages plus lisibles et moins colorés.
Enfin, c’est au XIXe siècle, que le bas de celui-ci est paré de losanges blanchâtres. Ce vitrail est une véritable frise chronologique à lui seul illustrant la multiplicité des styles à travers les âges.
2. Celui qui avait l’histoire la plus cocasse

Les vitraux racontent tous une histoire… (©Lucile Ferrand et Clara Flores)
À la mention de ce vitrail, Guillaume Gohon sourit déjà. En effet, son histoire est surprenante lorsque l’on connaît son contexte. Il relate celle de Jeanne d’Arc. D’un côté, à droite, les grandes dates de Jeanne : la rencontre avec Charles VII, ou encore la prise d’Orléans. En bas de celui-ci, une mention des donateurs « par les Anglais » est marquée.
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Or, tout bascule quand on regarde le second, à gauche, qui concerne les heures les plus sombres de Jeanne d’Arc sans mentionner la présence anglaise dans ce cadeau. Ironie tragique ou clin d’œil au destin de Jeanne ?
3. Celui qui inaugure une ère nouvelle

Les vitraux témoignent aussi des aléas historiques. (©Lucile Ferrand et Clara Flores)
Après la Seconde Guerre mondiale, la cathédrale de Rouen est en peine. La plupart de ses vitraux sont brisés. C’est pourquoi en 1956, Georges Lanfry, entrepreneur et archéologue, décide de sauver l’édifice religieux. Dans un style propre au XXe siècle, aux grandes mains très marquées et aux visages typiques de cette époque, il illustre la thématique du travailleur.
En bas, on retrouve tous les outils des travailleurs du compas au marteau. Au-dessus, trônent trois figures de ce secteur : le Christ de l’Ascension, la fête patronale, Saint-Joseph, le saint patron des travailleurs du bois et Saint Eloi, celui des travailleurs du fer. Ce vitrail métaphorise la reconstruction par ses images, mais aussi par l’acte même de recréer ce qui fut détruit. Il marque un moment unique pour les Rouennais après ces moments difficiles.
4. Celui façon macédoine

Savez-vous ce qu’est un vitrail façon macédoine ? (©Lucile Ferrand et Clara Flores)
Si son nom vous fait sourire, c’est normal, Guillaume Gohon en atteste. Ce terme désigne l’idée d’une mixité de vitraux, souvent qui ne se correspondent pas entre eux. C’est ce qu’on perçoit dans celui-ci : les formes et les couleurs sont déconstruites, le tout formant un ensemble peu harmonieux.
Malgré tout, la technique et la colorimétrie restent honorables. Vous aurez alors l’occasion d’impressionner vos amis lors de votre prochaine visite à la cathédrale avec ce terme surprenant qui rapporte davantage à une œuvre de Rabelais qu’aux vitraux de Notre-Dame de Rouen.
5. Celui dont la rareté fait la légende

Un vitrail d’une grande rareté… (©Lucile Ferrand et Clara Flores)
Son histoire est presque sentimentale. Ce vitrail fait partie de ceux les plus regardés de la cathédrale. Or, il est un des plus rares d’Europe : l’identité de son créateur y est inscrite.
En bas à droite du cercle inférieur, une écriture latine orne un phylactère « CLEMENS VITREARIUS CARNOTENSIS (ME FECIT) » ou « Clément de Chartres m’a fait ». La trace de ce fameux Clément n’a pas été retrouvée, mais la mention de son nom montre le temps passé par les verriers à créer mais aussi une reconnaissance du travail parfois absente.
Un geste fondateur qui lui vaut d’être, aujourd’hui encore, le seul vitrail du XIIIe siècle d’Europe à porter la signature de son créateur. Il s’agit d’un joli rappel de l’attachement d’un créateur à son œuvre même après sa finalité.
6. Celui qui aurait été volé

Un vitrail volé est au cœur d’une enquête en cours. (©Lucile Ferrand et Clara Flores)
Au regard des tensions actuelles avec les États-Unis, il semblerait que celles-ci ne datent pas d’hier. Cinq morceaux de la verrière des Dormants d’Éphèse se trouvent aujourd’hui dans différents musées aux États-Unis.
Cette verrière autrefois démontée, était censée être conservée dans l’atelier du maître verrier de la cathédrale, mais Jean Lafond, historien de l’art n’y découvre qu’un tas de pierres. Ces pièces inestimables circulent de collection en collection avant de trouver leur port d’attache définitif de l’autre côté de l’Atlantique.
L’affaire prend aujourd’hui une tournure judiciaire : une enquête pour recel de vol de bien culturel du domaine public est en cours.
7. Celui qui en voyait de toutes les couleurs

La lumière passant dans les vitraux peut sublimer l’intérieur de la cathédrale. (©Lucile Ferrand et Clara Flores)
Si Saint-Nicolas terrasse le Mal, c’est face à un arc-en-ciel de monstres : l’un bleu ciel, l’autre vert émeraude, et le dernier vieux rose. Ces teintes vives, nées d’un travail d’émaillage exceptionnel, ne passent pas inaperçues lorsque l’on s’en approche un peu plus.
Dans notre région pluvieuse, le moindre rayon de soleil traversant cette verrière exposée plein sud transporte l’atmosphère dans un autre univers. Quiconque aura la chance de l’observer à cet instant précis sera digne d’envie.
8. Celui qui ne manquait pas de finesse

Il faut parfois avoir l’oeil pour repérer les détails des vitraux. (©Lucile Ferrand et Clara Flores)
Au fond de la cathédrale, à l’abri des regards et inaccessibles au public, il vous sera difficile de distinguer les détails des vitraux longeant les murs de la chapelle de la Vierge.
Sur les bordures, des figures authentiques sont à peine perceptibles sans l’aide d’une (bonne) paire de jumelles : hommes, monstres, petits singes, oiseaux, ou encore anges musiciens… Autant d’éléments qui sont la preuve d’un travail minutieux pourtant invisible n’apparaissant à première vue que sous la forme de tâches de couleurs indistinctes.
9. Celui qui avait inspiré Flaubert
Quand un vitrail du XIIIe siècle inspire un Rouennais du XIXe, qu’est-ce que cela donne ?
Gustave Flaubert se sert de l’histoire de Saint Julien l’hospitalier, brillamment racontée dans ce vitrail, pour l’un de ses trois contes. Il s’est renseigné sur l’histoire de celui-ci, décrite au pied de cette verrière. Il l’a romancé dans son livre La Légende De Saint Julien L’Hospitalier. Tandis qu’il chasse dans la forêt, Julien se voit prédire par un cerf qu’il tuera ses parents. Effrayé, il quitte le château familial pour échapper au funeste présage. Il entre alors dans une vie d’errance et d’aventures, au terme de laquelle il n’échappera pas à la prophétie…
10. Celui qui avait le buste à l’envers

Oups, il a le buste à l’envers ! (©Lucile Ferrand et Clara Flores)
Si vous avez déjà souffert d’un tour de rein, sachez que cet évêque reconnaissable à sa mitre et sa chape rouge n’est pas en reste : son buste a tout simplement été remonté à l’envers.
Guillaume Gohon s’en amuse : si, à première vue, le vitrail peut sembler parfaitement « normal », il n’est pas certain que le principal intéressé soit du même avis. La cathédrale ayant été particulièrement éprouvée par les aléas de l’Histoire, il a fallu, la paix retrouvée, remonter les milliers de fragments de verre mis à l’abri. Un puzzle colossal qui a parfois donné lieu à des représentations insolites, mais qui fait aujourd’hui tout le charme et l’authenticité de notre cathédrale.
Lucile Ferrand et Clara FloresSuivez l’actualité de Rouen sur notre chaîne WhatsApp et sur notre compte TikTokCet article a été réalisé par des étudiants de l’IEJ Rouen
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