Ce traité, signé en 2010 et l’un des piliers des accords de désarmement entre Moscou et Washington, limite chaque partie à 1 550 ogives stratégiques offensives déployées, à 800 le nombre de lanceurs et bombardiers lourds, et prévoit un mécanisme de vérifications. Les inspections ont cependant été suspendues en 2023 à cause de la guerre en Ukraine.

« Impliquer la Chine »

Le président américain Donald Trump avait qualifié de « bonne idée » de prolonger le traité d’un an, sur suggestion de son homologue russe Vladimir Poutine en septembre dernier, mais Washington n’a jamais répondu formellement à la proposition russe. En juillet, le dirigeant républicain avait déclaré que « lorsque l’on supprime les restrictions nucléaires, c’est un problème majeur pour le monde entier ».

Entre-temps, il a pris le monde de court en annonçant, peu avant sa rencontre avec son homologue chinois Xi Jinping en Corée du Sud fin octobre, sa volonté de reprendre les tests d’armes nucléaires, justifiant sa décision par les « programmes d’essais » d’autres pays. Interrogé, un responsable de la Maison-Blanche a indiqué que « le président Trump décidera de la voie à suivre en matière de contrôle des armes nucléaires selon son propre calendrier ». Le responsable, qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat, a cependant indiqué que le président américain « souhaitait maintenir les limites imposées aux armes nucléaires et impliquer la Chine dans les négociations sur le contrôle des armements ».

Les négociations en vue du renouvellement du traité étaient restées dans l’impasse pendant tout le premier mandat (2017-2021) de Donald Trump, qui déjà voulait voir la Chine incluse dans les restrictions des arsenaux. Mais, relève Daryl Kimball, directeur exécutif de l’Association du contrôle des armements à Washington, si Donald Trump « semble avoir le bon instinct sur cette question, il n’a jusqu’à présent pas réussi à mettre en œuvre une stratégie cohérente ».

Les Russes attentifs

Des frappes américaines sur les sites nucléaires iraniens au tir d’essai du missile à propulsion nucléaire russe Bourevestnik en passant par l’avancée à marche forcée de l’arsenal nucléaire chinois, le panorama nucléaire s’est assombri l’année dernière et 2026 ne commence pas mieux, selon les observateurs.

Le monde est « confronté au risque de prolifération nucléaire » du fait de l’effritement du cadre juridique sur la maîtrise des armements, a mis en garde en début d’année le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. « Il est clair que le traité est arrivé à son terme », dit Alexandre Khramtchikhine, analyste militaire russe, tout en relevant que le traité était déjà largement inopérant. « C’est juste une formalité vide qui disparaîtra », ajoute-t-il.

Que feront Russes et Américains une fois le texte expiré, qui plus est en pleines négociations pour mettre fin à la guerre en Ukraine ? Vassili Kachine, directeur du Centre d’études européennes et internationales de la Haute école d’économie, estime que les Américains « se contentent de rester muets, afin que personne ne puisse se préparer à ce qu’ils vont faire ».