Denise Bellon fut l’épouse d’Armand Labin, un journaliste juif roumain et résistant, qui fut le premier directeur du journal en 1944, sous le nom du premier mari de la photographe, un magistrat proche des communistes. Elle vécut avec lui à Montpellier jusqu’à sa mort, en 1956, avant de rejoindre ensuite définitivement Paris.

Elle est arrivée à Montpellier poussée par le vent de l’amour et de l’histoire. En 1937, Denise Bellon, cette pionnière du photoreportage, au cœur d’une grande exposition à Paris jusqu’au 8 mars 2026, rencontre à Paris Armand Labin, un journaliste roumain juif, qui devient son compagnon. Elle l’épouse en 1940, à Guétary, où avait déjà eu lieu son premier mariage : le maire, communiste, était un proche de son premier époux, et accepte d’unir le couple malgré les lois interdisant déjà les mariages avec des étrangers. En 1942, Armand et Denise fuient Paris, s’installent à Lyon, où naît leur fils Jérôme, et où Armand rejoint la Résistance.

« Jacques Bellon, le premier mari, alors en poste au tribunal de Casablanca, a fait un geste d’une générosité folle, sachant les risques que courrait Armand. Il lui a envoyé ses papiers d’identité en proposant qu’il vive sous son nom  », raconte Eric Le Roy, légataire universelle de l’œuvre de Denise Bellon, et commissaire de l’exposition au musée d’art et d’histoire du judaïsme.

La voiture du journal venait parfois nous chercher au lycée Joffre avec Jérôme, et Denise en profitait pour faire ses reportages dans toute la région.

Armand Labin rejoint les FFI, aux côtés de Lucien Roubaud, et devient à la Libération, après août 1944, le premier directeur de Midi Libre, toujours sous le pseudonyme de Jacques Bellon.

« Ils habitaient rue Maréchal, près de la Comédie »

Le vrai Jacques Bellon le rencontrera d’ailleurs en 1945 à Montpellier. « Armand aura du mal à se défaire de ce nom, il faudra du temps avant que le nom de Labin apparaisse dans l’ours du journal.  » Pendant douze ans, Denise partage sa vie entre Paris et Montpellier. « Ils habitaient rue Maréchal, près de la Comédie, mon père et Armand étaient toujours ensemble », se souvient Francis Bessières, 86 ans, fils du premier directeur des ventes, et qui lui succédera à Montpellier. « La voiture du journal venait parfois nous chercher au lycée Joffre avec Jérôme, et Denise en profitait pour faire ses reportages dans toute la région. »

Elle développait ses négatifs au laboratoire photo de Midi Libre, rue d’Alger, près de la gare. « Avant guerre, elle faisait ses tirages dans la salle de bains familiale », raconte Eric Le Roy. « Je ne sais pas si les photos faites après 1944 ont été publiées, dans Midi Libre ou ailleurs. Elle a continué d’exploiter ses images d’avant-guerre, les artistes, les peintres, le surréalisme, elle va souvent faire des photos chez les Masson, à Aix, chez Joël Bousquet, dont elle était devenue proche, à Carcassonne. »

A Lyon, quartier de la Croix-Rousse, 1942.

A Lyon, quartier de la Croix-Rousse, 1942.
AKG images by courtesy Éric Le Roy – Denise Bellon

Francis Bessières, qui avait alors une douzaine d’années, et était copain de son fils Jérôme, confirme : « On ne la voyait pratiquement jamais, elle venait, elle repartait. Avec Armand, ça faisait des étincelles, surtout quand elle est partie avec les Miller en Espagne. » Il garde en mémoire son fameux Rolleiflex : « Même à notre époque, ce n’était pas un appareil du dernier cri. Elle faisait des expos à Paris, elle était connue, mais je crois qu’on ne réalisait pas le personnage que c’était. »

Après le décès d’Armand Labin, en 1956, Denise continuera sa vie à Paris, jusqu’à sa mort en 1999. Dans la liste de ses négatifs, qu’elle dressait avec précision, figure en 1946 cette mention : « Midi Libre, imprimerie, comment on fait un journal » Triste clin d’œil du destin : ces négatifs ont disparu.