Natif de Lausanne, le futur peintre nabi se plaisait à arpenter ses rues escarpées, à jouir de la vue sur les Alpes et sur le lac, où l’on peut toujours se baigner… Plus tard, installé en France, il y revenait régulièrement. Visite.
Tout en pentes, le Rôtillon est l’un des plus anciens quartiers de la capitale vaudoise. Photo Anna Nahabed/Alamy Stock Photo
Publié le 01 février 2026 à 08h30
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Il faut être motivé pour grimper au Gymnase de la Cité, le prestigieux lycée de Lausanne, perché sur les hauteurs de la ville, au-dessus de la cathédrale. Félix Vallotton (1865-1925) ne l’était pas. L’artiste, connu pour ses tableaux ambigus sur la vie conjugale et les gravures de scènes de rue mordantes qui ont fait sa célébrité, n’a pas gardé de bons souvenirs de sa scolarité là-bas, « sept années d’assiduité somnolente, de pensums et de cris professoraux », écrira-t-il. Ce sont plutôt cinq siècles de savoir imposant qui semblent vous contempler du haut de ce bâtiment historique dont notre cancre ressort à 16 ans sans même le certificat d’études. Il part à Paris en 1882 suivre les cours de peinture et de sculpture de l’Académie privée Julian, avec l’accord circonspect de son père, membre de la bourgeoisie protestante locale où la discrétion est de mise. À peine deux ans plus tard, Vallotton peint une paire de fesses en gros plan, cellulite et rougeurs incluses, mélange de facétie et de causticité qui signera toute son œuvre.
Félix Vallotton a vu le jour place de la Palud, où un marché existe depuis le Moyen Âge. Photo IanDagnall Computing / Alamy Stock Photo
Non loin du Gymnase de la Cité, les escaliers du Marché, datant de l’époque médiévale, permettent de redescendre rapidement en centre-ville, sous une toiture continue protégeant des intempéries. Vallotton y a sûrement usé ses souliers. On y croise des touristes ahanant dans la montée et des gamins avalant les marches dans les deux sens sans même se soucier du dénivelé. Le futur artiste est né juste en bas, place de la Palud, épicentre du commerce depuis toujours, où l’hôtel de ville, datant du XVIIᵉ siècle, est encore en fonction. Dans l’immeuble d’à côté, Vallotton père possédait une droguerie, avant de passer au commerce d’un produit local réputé addictif, le chocolat. Un panneau sur la façade atteste de la naissance du fils prodigue en ces lieux. Lequel en bave durant ses premières années de dèche à Paris et demande à son petit frère, Paul, de lui expédier des chocolats maison. Vallotton s’installera définitivement en France mais reviendra régulièrement dans sa ville natale, y emmènera même en vacances son inséparable ami Édouard Vuillard, membre de la bande des nabis, rencontrée à Paris en 1893. Les œuvres d’avant-garde de Pierre Bonnard, Paul Sérusier, Maurice Denis, Édouard Vuillard et lui-même, artistes plus ou moins anarchistes et tous adeptes de formes synthétiques et de couleurs pures, seront vendues et diffusées en Suisse grâce à la galerie Vallotton, ouverte par son frère Paul en 1913.
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On quitte le centre historique après avoir franchi le cours du Flon, rivière enfouie dans les entrailles de la ville au XIXᵉ siècle après une énième épidémie meurtrière due aux miasmes de l’égout à ciel ouvert. La rue Centrale le recouvre, axe des grands magasins. La papeterie Krieg, institution locale, vend toujours les chemises en carton de la marque Biella qu’achetait Vallotton pour conserver sa production graphique, dont ses nombreux dessins de presse que se disputaient les journaux de l’époque. Quelques descentes et remontées plus loin, âpres aux mollets des natifs des pays plats, on tombe sur les anciennes galeries du Commerce, élégant édifice coiffé d’une verrière et doté d’une terrasse offrant une vue splendide sur le lac. Paul Vallotton avait sa galerie dans ce lieu, occupé depuis l’an 2000 par le conservatoire de musique. Marcher en silence dans les allées centrales rénovées est un ravissement des sens : piano, chant ou violon à tous les étages.
Le lac Léman photographié depuis un ferry. Photo Martin Bertrand/Hans Lucas
La descente continue avant d’arriver au niveau du lac Léman, jusqu’où la ville s’est progressivement étendue au XIXᵉ siècle. Du temps de Vallotton est inauguré le premier funiculaire à traction hydraulique entre Lausanne et le petit port touristique d’Ouchy. Il est remplacé aujourd’hui par la ligne 2 du métro, permettant de rallier le port et les plages. Des promeneuses y discutent, leurs chiens emmêlent leurs laisses, des joggeurs filent le long du siège du CIO, le Comité international olympique, à l’architecture contemporaine toute en courbes. Vallotton a peint en 1925, l’année de sa mort, la plage de Vidy où il aimait, enfant, venir traîner avec ses copains. Il ne représente pas la ligne blanche des Alpes. Il peint un canard immobile, les pattes dans l’eau, des nuages à l’arrêt, le temps suspendu. Il médite. Un siècle après sa mort, en cette année Vallotton où une rétrospective le célèbre, tout est toujours immuable face aux montagnes. Un kayak passe en silence, l’onde de son sillage aussitôt absorbée par le miroir du lac.
Visiter
« Vallotton forever », jusqu’au 15 février, Musée cantonal des Beaux-Arts. La plus grande rétrospective jamais organisée sur Félix Vallotton : 250 pièces exposées, dont certaines sorties du secret de collections lausannoises, à découvrir à Plateforme 10, site muséal inauguré en 2022, regroupant trois musées et deux fondations dans un bâtiment à l’architecture au cordeau à côté de la gare. Découvrir le Léman depuis La Suisse, bateau à vapeur Belle Époque (1910) entièrement restauré, un must au départ de Lausanne-Ouchy (à partir de 40 €).
Se restaurer
La Brasserie de Montbenon. Situé dans la rotonde d’un ancien casino Belle Époque, avec baies, terrasse, jardins et vue plongeante sur le lac. Une institution où déguster la spécialité locale, la perche du Léman (à partir de 53 €). Restaurant Pyxis. Perché en haut de la ville, sous la cathédrale (place de la Cathédrale 6), bistrot contemporain au cœur d’une bâtisse médiévale abritant la Maison de la culture et de l’exploration numérique.
Dormir
Dans les rues piétonnes de la vieille ville, à deux pas de la place de la Palud, l’Hôtel des voyageurs (rue Grand-Saint-Jean 19, à partir de 160 € la nuit) ne connaît ni les voitures ni le bruit, mais une ribambelle de boutiques dans ses parages immédiats, dont un chocolatier réputé pour ses gourmandises bio. Bonus : en réservant dans certains hôtels, auberges de jeunesse ou campings, l’office du tourisme offre la Lausanne Transport Card, permettant d’utiliser gratuitement les transports publics et de bénéficier de réductions sur de nombreuses activités.