Le traité « New Start », visant à limiter le nombre d’armes nucléaires stratégiques, signé entre la Russie et les Etats-Unis, expire le 5 février. Faut-il s’en inquiéter ?

Publié le 01/02/2026 17:25

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La signature du traité "New Start" par les présidents américain Barack Obama et russe Dmitri Medvedev, le 8 avril 2010 à Prague (JOE KLAMAR / AFP)

La signature du traité « New Start » par les présidents américain Barack Obama et russe Dmitri Medvedev, le 8 avril 2010 à Prague (JOE KLAMAR / AFP)

C’était une date importante pour la maîtrise de l’armement nucléaire dans le monde. Le 8 avril 2010, le président américain Barack Obama et son homologue russe Dmitri Medvedev signaient un traité baptisé New Start (nouveau départ) à Prague, en République tchèque. « Aujourd’hui c’est un jalon important pour la sécurité nucléaire et la non- prolifération et pour les relations entre les Etats-Unis et la Russie. Cela remplit notre objectif commun de négocier un nouveau traité de réduction d’armes stratégiques », se félicitait Barack Obama.

Au centre de ce traité, l’idée de confiance mutuelle entre les deux puissances détentrices de 90% des armes nucléaires mondiales. Avec ce texte, elles s’engageaient mutuellement à ne pas dépasser un total de 1 550 têtes nucléaires stratégiques déployées (c’est-à-dire des armes utilisables à tout moment), soit une réduction drastique par rapport aux années 80. Des inspections étaient par ailleurs prévues, de part et d’autre, pour vérifier le respect de ces engagements.

Mais avec l’invasion russe en Ukraine, le climat se tend. En février 2023 Vladimir Poutine suspend la participation de la Russie au traité New Start (suspension mais pas retrait).

Depuis que la Russie a suspendu sa participation, on n’a pas assisté à une augmentation de l’arsenal nucléaire russe. Mais cette décision de Moscou n’était pas sans impact psychologique : le président russe fragilisait ainsi un instrument de maîtrise des armements nucléaires.

Pour autant, en octobre dernier, Vladimir Poutine a proposé de prolonger le traité d’un an. Cela peut surprendre mais cela s’explique : la Russie n’a pas la capacité de déployer facilement plus de têtes nucléaires que ce qui est prévu par le traité New Start. De son côté, Donald Trump n’a pas donné suite à la proposition de Poutine. Il faut dire que les Etats-Unis ont eux plutôt besoin de dépasser le plafond fixé, notamment pour leur bouclier anti-missiles, le Golden Dome (dôme d’or).

Le président américain a aussi les yeux tournés vers la Chine, qui développe à vitesse grand V son arsenal nucléaire. L’idée étant de signer avec Pékin un traité similaire à New Start. Mais les Chinois refusent de s’engager dans une telle discussion avec Washington.

Le fait qu’il n’y ait plus d’entente entre les deux grandes puissances sur le sujet du nucléaire peut inquiéter. Mais l’aspect quantitatif importe finalement peu. Avec seulement 290 têtes nucléaires stratégiques déployées (en comparaison des 1 550), la France pèse déjà en matière de dissuasion nucléaire.

Cette expiration du traité New Start pourrait même être l’occasion de repenser la maitrise de l’armement nucléaire au niveau mondial, selon Héloïse Fayet, chercheuse à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et spécialiste des questions nucléaires. En lieu et place des limitations quantitatives, il pourrait y avoir à l’avenir des engagements en matière de transparence et de comportements explique-t-elle, comme « l’interdiction du déploiement des armes nucléaires dans l’espace ou encore une réflexion sur l’utilisation de l’IA dans les systèmes de commandement et de contrôle d’armes nucléaires ».

Un chantier à ouvrir. Avec qui autour de la table ? La question reste posée.