Maintenant que c’est dans la poche, ça ne coûte rien d’être honnête : on n’aurait pas misé un kopeck sur ce nouveau titre en Grand Chelem pour Carlitos, quand on a appris, totalement catastrophés, sa rupture avec Juan Carlos Ferrero en décembre. Aurait-on pu imaginer l’immense Rafael Nadal se séparer de son oncle de sa propre initiative, se disait-on alors, en anticipant déjà une carrière jetée aux orties à cause d’une décision malheureuse.

Certes, à un jeu près contre Zverev, on aurait pu faire les malins. Mais voilà, après cette première victoire à Melbourne, le yoyo du journalisme nous donnerait plutôt envie de se demander si Carlitos ne va pas ringardiser le trio magique qui a bercé notre jeunesse. Eléments de réponse.

Les chiffres ? Seul au monde, même par rapport à Nadal

Faire passer Rafa pour un joueur retardé, l’un des nombreux exploits – et pas des moindres – d’Alcaraz. L’Espagnol vient de mettre deux ans dans la vue à son idole, qui avait dû attendre 24 ans et 102 jours précisément pour remporter son septième titre du Grand Chelem, contre 22 ans et 272 jours pour Carlitos. A cet âge-là, Federer et Djokovic apprenaient encore à marcher : le Suisse avait 26 ans quand il a atteint cette marque mythique, alors que le Serbe, qui a grillé tout le monde depuis, a lui été obligé de patienter jusqu’à ses 27 ans, à Wimbledon en 2014. Cela laisse une énorme marge au numéro 1 mondial pour se donner une chance de les dépasser.

Son taux de réussite en finale ? Gargantuesque

Un autre chiffre laisse augurer du meilleur pour Alcaraz : il est absolument injouable quand le grand jour se pointe, avec sept victoires en huit finales du Grand Chelem. 100 % de réussite donc, en dehors de Wimbledon l’an passé. A titre de comparaison, même Nadal, qui avait le totem d’immunité à Roland-Garros, a perdu plus de 8 finales. Federer, « « because » Roland-Garros et Rafa, monte à dix finales perdues, et Djokovic en compte désormais 16 ! Un taux de réussite bien inférieur à celui d’Alcaraz, lequel fait dire à Mc Enroe « qu’il se croyait bon avec ses sept Grand Chelems mais qu’en fait il était tout juste banal » par rapport à qui vous savez.

Ses rivaux possibles ? Le désert à part Sinner

On entre ici dans une zone grise. A 25 ans, Federer régnait sur le circuit et semblait destiné à remporter 30 Grands Chelems avant de raccrocher. Puis sont arrivés Nadal et Djokovic. Aujourd’hui, Alcaraz n’a qu’un adversaire à sa mesure, puisqu’on a bien compris que Zverev, le quatrième homme, craquait à chaque fois qu’il s’approchait du gros coup, et que Djoko, malgré ses super-pouvoirs, n’allait pas durer encore 10 ans.

Reste donc Sinner pour lui faire de la concurrence, ce qui fait peu en attendant que Fonseca devienne le monstre qu’on devine. Or, l’Italien semble monter moins haut, même dans les grands jours : « Carlos est plus magique, plus imprévisible », a ainsi jugé Nadal dans une interview récente. « Il peut parfois jouer à un niveau que Jannik ne peut probablement pas atteindre, mais il fait aussi plus de fautes. Le tout est de trouver l’équilibre ». Pour le moment, il y arrive.

Sa projection physique ? Pas d’inquiétude… pour le moment

Là encore, pas de conclusion hâtive. Il n’empêche, Carlos Alcaraz est certainement le joueur le plus athlétique du circuit, capable à la fois de frapper très fort en rentrant dans le court et de ramener des balles depuis le vestiaire. Il n’a pas de problèmes d’endurance non plus, en témoigne sa capacité à concasser Djoko après s’être enquillé 5h de jeu deux jours plutôt. Du côté des blessures au long cours ? Une certaine fragilité musculaire, qui le fait rater un mois ou deux de temps en temps, mais pas d’ennuis chroniques comme Nadal ou même Djokovic, qui a mis un certain temps à trouver la solution à ses problèmes respiratoires.

Son usure mentale ? Une faille dans la cuirasse

C’était l’un des rares points de friction avec Ferrero avant la rupture : le relâchement un peu trop prononcé de son poulain à certaines périodes de l’année, une tendance parfaitement assumée par l’intéressé après son titre à l’US Open l’an passé : « On dit que j’aime beaucoup faire la fête… On en a beaucoup parlé, cela a fait beaucoup de bruit. Oui, j’aime m’amuser ! Qui n’aime pas s’amuser ? Chacun profite à sa manière et moi, personnellement, j’aime sortir, parce que j’ai 22 ans, et qui ne s’est pas amusé à 22 ans ? »

Remarque valable pour vous et moi, un peu moins pour un aspirant au titre du plus grand joueur de l’histoire, sans doute. Interrogé après sa victoire de dimanche sur ses prochains objectifs, Alcaraz ne s’est pas projeté bien loin : « Il y a des tournois que je veux vraiment gagner au moins une fois. Je veux, par exemple, gagner au moins une fois tous les Masters 1.000 et il m’en reste quelques-uns à gagner (Canada, Shanghai et Paris, NDLR). Il y a aussi les Masters ATP et la Coupe Davis. La Coupe Davis est un véritable objectif, je veux vraiment la gagner pour l’Espagne. » Tout gagner une fois pour finir le jeu, et après on verra ?