Mais un point d’achoppement perdure entre Bruxelles et Canberra : l’agriculture. Grand pays agricole malgré sa population relativement faible (environ 27 millions d’habitants), l’Australie fait partie des tous premiers exportateurs mondiaux de viandes bovines et ovines. Les puissants syndicats agricoles australiens poussent dès lors pour avoir un accès privilégié au juteux marché européen (450 millions d’habitants). En Europe, et singulièrement en France, ces filières, déjà en souffrance – et qui viennent d’encaisser le choc du Mercosur – freinent des quatre fers. En 2023, c’était déjà la question sensible des quotas de viande attribués à l’Australie qui avaient fait capoter le traité commercial.
Préoccupations
Aujourd’hui, la Commission européenne propose à Canberra de limiter les volumes d’exportation en Europe de 24 000 tonnes de bœuf et de 20 000 tonnes de viande ovine par an (quand un quota annuel de 99 000 tonnes de bœuf a été accordé aux quatre pays du Mercosur). Le gouvernement australien refuse l’offre européenne… et réclame le double.
« S’il s’agit bien des contingents proposés par la Commission, qui représentent déjà des volumes importants, notamment dans le contexte actuel post-Mercosur, toute augmentation supplémentaire rendrait l’accord inacceptable », déclare Ksenija Simović, du Comité des organisations professionnelles agricoles (Copa-Cogeca) de l’Union européenne (UE). « Nous comptons sur la Commission pour prendre pleinement en compte nos préoccupations concernant l’Australie, qui portent non seulement sur les ovins et les bovins, mais aussi sur le riz et le secteur sucrier, déjà fragilisé par l’ouverture au commerce. »
« La Commission semble être déterminée à aller au bout de cette séquence commerciale pour montrer que l’Europe n’est pas isolée pour sa part, alerte Luc Vernet, secrétaire général du think tank agricole Farm Europe. Et ce, quitte à faire beaucoup de concessions, en fragilisant ces filières animales qui sont déjà à bout de souffle et si souvent passées à la caisse avec les accords de libre-échange ».
Position de force ?
Dans un contexte explosif au lendemain de la signature du controversé avec le Mercosur, la Commission marche cependant sur des œufs face aux agriculteurs. Ceci dit, les filières agricoles européennes sont loin d’être unanimes concernant le projet UE-Australie. Ainsi, si elle défend les filières vulnérables (viandes ovines, bovines, sucre riz) la Copa-Cogeca indique attendre l’issue de la négociation avant de prendre position. « Certains secteurs ont aussi des intérêts offensifs en Australie », relève Ksenija Simović. C’est-à-dire qu’ils sont plus compétitifs que leurs homologues australiens, et sont donc susceptibles d’exporter davantage dans le pays. C’est le cas des fromages et autres produits laitiers, des vins et spiritueux, de la filière porcine et de certains producteurs de fruits.