Elles ont l’air inoffensives, elles sont bon marché, et on les
retrouve dans les soupes, les salades, ou les plats préparés.
Pourtant, une lentille sur deux consommée en
France provient du Canada, et
certaines d’entre elles contiennent des résidus de pesticides
interdits sur notre territoire. C’est ce que révèle une enquête
diffusée sur France 2 dans l’émission Sur le
Front.
Le diquat, herbicide interdit dans l’Union
européenne, figure parmi les substances détectées. En effet, ce
produit est utilisé pour accélérer le séchage des graines
en fin de culture sur les immenses exploitations
canadiennes. À cela s’ajoute du glyphosate, appliqué juste avant la
récolte. Les analyses rapportées par Le Journal des
Femmes révèlent 3,2 mg/kg de glyphosate
dans certaines lentilles Carrefour, ou encore 1,8
mg/kg dans des lots Vivien Paille. Si ces taux restent en
dessous du seuil européen de 10 mg/kg, ils
excèdent largement les 0,1 mg/kg en vigueur
jusqu’en 2011. À noter que le Canada impose une limite plus
stricte : 4 mg/kg.
Pourquoi les lentilles canadiennes envahissent nos rayons
Les lentilles françaises, elles, n’en contiennent pas. Même
celles issues de l’agriculture conventionnelle ont été jugées
saines lors de tests réalisés à la suite du reportage. Ce constat
n’empêche pas le marché français d’être largement envahi par les
productions canadiennes. La raison : l’accord de
libre-échange CETA, qui permet l’importation sans droit de
douane. En 2024, 25 000 tonnes ont ainsi traversé
l’Atlantique.
Pour les producteurs français, c’est un combat à armes inégales.
Et pour cause, à Laure-Minervois, dans
l’Aude, près de 80 tonnes de
lentilles dorment dans les hangars. « Faut-il dire à nos
agriculteurs de ne pas semer pour l’an prochain ? »,
s’interroge Yann Bertin, président de la
coopérative Graines équitables. Lui dénonce une « concurrence
déloyale » : la lentille canadienne est vendue à moitié prix, y
compris « dans les cantines des écoles et dans les Ehpad ».
Des normes environnementales inégalitaires
Outre les prix cassés, ce sont les conditions de production qui
interrogent. Selon Françoise Labalette, de
l’interprofession Terres Univia, citée dans
Reporterre,
« chez nous, ce sont les effets du vent et du soleil qui
remplacent les produits chimiques ». De plus, au Canada, des
produits interdits en Europe comme le Sencoral
sont encore utilisés. « Les Canadiens utilisent largement des
variétés de lentilles rendues tolérantes à ces herbicides »,
explique-t-elle.
Ce modèle agricole intensif permet des récoltes plus rapides et
moins coûteuses. Toutefois, il a surtout permis de maintenir
l’approvisionnement, après plusieurs années de mauvais rendements.
« Cela a amorcé un flux d’importations qui, depuis, ne s’est pas
tari par effet d’aubaine », analyse Edouard
Rousseau, producteur en Charente-Maritime.
Mais la filière française, en plein essor, subit. Les
industriels lui tournent le dos. « Les gros transformateurs et
les distributeurs privilégient leurs marges sur la construction
d’une filière pérenne de production en France », regrette
Rousseau. Pourtant, l’année 2025 a été bonne, notamment en
agriculture biologique.
Comment choisir des lentilles sans
risque
Un autre défi complique le développement local. Il s »agit entre
autres de la bruche de la lentille, un insecte
favorisé par le réchauffement. « Le
changement climatique a permis l’extension de la bruche sur
l’ensemble du territoire », observe Françoise
Labalette. Malgré cela, la profession garde espoir.
« Notre défi est de devenir autosuffisant d’ici 8 à 10 ans, en
augmentant encore les surfaces et en améliorant la
performance », ambitionne-t-elle.
Par ailleurs, pour les consommateurs, lire les étiquettes
devient un acte militant. L’origine est affichée sur les sachets de
lentilles sèches, cependant elle disparaît souvent des plats
préparés. Un bon repère pour les produits bio : la
mention « Agriculture France », ou son absence, à côté du logo vert
européen. En attendant, mieux vaut privilégier les variétés
françaises labellisées comme la verte du Puy, du
Berry ou la blonde de
Saint-Flour.