Le meurtre a bouleversé un quartier et traumatisé la communauté juive qui subsiste à La Duchère, ce quartier populaire du 9e arrondissement de Lyon. Lundi, Rachid Kheniche, 55 ans, sera dans le box des accusés. Son procès s’ouvre devant la cour d’assises du Rhône. Et la question centrale sera la motivation du crime. Le mobile antisémite sera-t-il retenu par les jurés ?

Sans emploi et ancien consommateur de drogues, Kheniche vivait seul au 17e étage d’un immeuble du 248 avenue du Plateau. Le 17 mai 2022, il a convié René Hadjadj, 89 ans, surnommé « tonton René », un octogénaire juif d’origine algérienne, frêle et veuf, résidant au 2e étage. Lors d’une dispute banale, Kheniche l’aurait étranglé, traîné jusqu’au balcon malgré sa résistance à une manivelle, puis précipité dans le vide, selon l’AFP. L’accusé aurait immédiatement avoué en garde à vue, évoquant une crise de paranoïa où il entendait une voix lui enjoignant de « le jeter dans les abîmes », croyait voir son père en lui. L’accusé avait indiqué qu’il supportait mal « l’emprise » de cet ami avec qui il buvait souvent le café.

Un délire de persécution

Le procès, qui s’ouvre ce lundi pour une semaine (2-6 février 2026) au palais de justice des 24 Colonnes à Lyon, porte sur un meurtre aggravé par la religion de la victime, passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Selon l’AFP, dix jours après les faits, le parquet a élargi l’enquête sur la base d’éléments des réseaux sociaux  : Kheniche y voyait des « sayanim » (agents du Mossad) partout et avait tenu des propos antisémites contre des voisins juifs. La juge d’instruction note que ce mobile « a pu entrer en considération dans le passage à l’acte ».

La défense conteste vigoureusement : « Le meurtre en lui-même est reconnu, c’est le caractère antisémite qui est contesté », confirme Me Océane Pilloix à l’AFP. Son client, incarcéré à Corbas puis transféré à l’UHSA du Vinatier pour troubles, souffre d’un délire de persécution – il écrivait sur les murs, avait des idées politiques incohérentes. Deux expertises psychiatriques concluent à une altération du discernement, non une abolition : il reste responsable pénalement, mais son état mental sera un argument clé.

Éléments troublants sous les projecteurs

Les parties civiles, mobilisées, pointent des indices accablants. « Il y a des éléments a minima troublants, dont ce monsieur devra s’expliquer, s’il est en mesure de le faire », observe Me Alain Jakubowicz, pour la Licra et le Crif.

Me Franck Serfati, avocat du BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme) et de l’OJF (L’Observatoire Juif de France), est plus tranchant : « Le caractère antijuif est totalement avéré, matériellement et moralement. C’est un voisin qu’il connaissait de façon proche. Il savait qu’il était juif, il s’en est pris à lui parce qu’il était juif. » Malgré leur amitié – cafés partagés, discussions politiques –, l’accusation insiste sur ces incohérences.

L’affaire avait provoqué un vif émoi. D’autant qu’elle entre en résonance avec un autre crime, le meurtre de Sarah Halimi. Cette sexagénaire juive avait été défenestrée en 2017 à Paris par son voisin musulman, fort consommateur de cannabis, criant « Allah Akbar » en récitant le Coran avant de la jeter par-dessus le balcon, ajoute l’AFP.

Jugé pénalement irresponsable en raison d’une bouffée délirante liée à sa consommation de stupéfiants (abolition du discernement), il a été hospitalisé d’office sous mesures de sûreté pour vingt ans, une décision qui a provoqué des manifestations et conduit à une réforme de la loi sur les stupéfiants et la responsabilité pénale. « Beaucoup de points de similitude avec Sarah Halimi […] un télescopage très troublant », notent les avocats des parties civiles. Les associations exigent une condamnation exemplaire pour marquer les esprits.