Rupture technologique. L’Union européenne vient de distinguer Alpha Impulsion pour ce qu’elle qualifie d’« innovation technologique majeure », dans le domaine de l’accès à l’espace. Basée à Toulouse et à Naples, la jeune entreprise a reçu à Bruxelles, le 27 janvier, le Prize for Game-Changing Innovation for European Launch Solutions. Dotée de 950.000 euros, cette récompense vient saluer une approche radicalement nouvelle de la propulsion spatiale, pensée dès l’origine pour répondre aux enjeux de durabilité, de compétitivité et de souveraineté européenne.
Alpha Impulsion devient ainsi « la première entreprise distinguée à l’échelle internationale » pour ce type de technologie. Un signal fort envoyé par la Commission européenne, alors que la pression sur l’orbite basse et la concurrence internationale ne cessent de s’intensifier.
La start-up a pu bénéficier du soutien du CNES via quatre contrats institutionnels. © Alpha Impulsion
La propulsion autophage, un changement de paradigme
Au cœur de cette distinction se trouve la technologie de propulsion autophage développée par la start-up. Son principe rompt avec les architectures classiques, en transformant le fuselage du véhicule en carburant pour le moteur-fusée. À mesure de la mission, le véhicule se consume et rétrécit « à la manière d’une bougie », éliminant ainsi tout débris inutile une fois l’objectif atteint.
Cette approche doit permettre un accès à l’espace sans résidus orbitaux, un enjeu aujourd’hui critique face à la saturation croissante des trajectoires. Cette technologie se distingue aussi par « sa réactivité opérationnelle », grâce à des séquences d’allumage et d’extinction contrôlées, l’usage d’ergols verts « non toxiques et non explosifs », et des performances accrues liées à l’allègement des structures inutiles.
En mai 2025, la start-up avait confirmé la viabilité de son système avec un premier allumage réussi. Le moteur-fusée autophage avait fonctionné à plein régime pendant 17 secondes, marquant la concrétisation d’une technologie qui, jusqu’ici, relevait presque de la science-fiction.
La campagne d’essai s’était déroulée à l’aéroport d’Agen durant six jours. © Alpha Impulsion
Jusqu’à 40 % de réduction des coûts de lancement
Avec cette innovation, les gains promis par Alpha Impulsion sont considérables. La start-up prédit « jusqu’à 40 % de réduction de masse au décollage », et par conséquent « jusqu’à 40 % de réduction du coût de lancement par rapport aux solutions conventionnelles ». Une avancée qui entend ouvrir la voie à une meilleure maîtrise des trajectoires, à une optimisation des phases de vol, mais aussi à une adaptation fine aux besoins des missions spatiales modernes.
Et dans un contexte où l’Europe cherche à préserver son autonomie face aux géants du spatial, cette réduction des coûts et cette flexibilité opérationnelle pourraient bien faire la différence…
Un marché satellite en pleine effervescence
Alpha Impulsion s’inscrit dans un marché estimé à 5,9 milliards d’euros, où cohabitent acteurs historiques et nouveaux entrants. De Thales Alenia Space et Airbus Defense & Space pour la mobilité orbitale vers le GEO, à Astroscale, Exotrail ou D-Orbit pour les services en orbite, la compétition est intense. La start-up collabore également avec Meridian Space Command depuis 2025 pour des missions d’exploration.
© Merdian Space Command (UK)-Alpha Impulsion
Une ambition assumée pour 2028
Pour Marius Celette, président cofondateur d’Alpha Impulsion, cette reconnaissance européenne marque un tournant : « En distinguant les travaux d’Alpha Impulsion, la DG DEFIS souligne l’importance de faire émerger des acteurs de rupture pour la prochaine génération du spatial européen ». Il insiste également sur la nécessité de concilier leadership technologique et responsabilité environnementale : « Il ne faut pas pour autant sacrifier notre engagement pour un transport spatial propre, durable et régulé, au service de l’autonomie stratégique européenne ».
Fondée il y a tout juste quatre ans, l’entreprise a déjà breveté sa technologie dans 48 pays et ambitionne, à l’horizon 2028, de commercialiser ses solutions de propulsion pour les satellites et futurs lanceurs.
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