Il était l’incarnation de l’ouverture de la Russie sur le monde : il devient aujourd’hui le symbole de son isolement. Construit en 1964, puis privatisé dans les années 1990, l’aéroport moscovite de Domodedovo est devenu l’un des plus importants du pays et la base privilégiée de nombreuses compagnies internationales, comme British Airways ou Lufthansa. Cet ancien fleuron a pourtant été vendu lundi 29 janvier à un prix dérisoire, dans une indifférence presque totale, apprend le New York Times. Une rupture nette avec son passé de porte d’entrée vers l’Europe.

Saisi par l’État en 2025, Domodedovo a d’abord été mis en vente au début du mois pour 32 milliards de roubles, ou 1,5 milliard d’euros, sans attirer le moindre acheteur. Déterminé à le liquider pour renflouer ses caisses minées par les dépenses militaires et des recettes énergétiques en berne, le gouvernement a alors autorisé une enchère à « la hollandaise ».

Bradé à un acteur économique proche du pouvoir

Le prix de départ a ainsi été réduit de moitié. L’aéroport a été finalement acquis pour environ 740 millions d’euros par Chérémétiévo, un autre aéroport moscovite, étroitement lié au pouvoir depuis sa construction pour les Jeux olympiques d’été de 1980. Au-delà des frontières russes, cette vente à perte est perçue comme un signe clair de l’isolement du pays à l’international depuis l’invasion de l’Ukraine à l’hiver 2022.

Le déclin de Domodedovo s’est amorcé avec la pandémie de Covid-19, puis s’est accéléré avec les sanctions occidentales qui ont suivi dès le début de la guerre. Alors même que le trafic aérien mondial repartait, les liaisons entre la Russie et l’Europe ont été coupées. Les vols vers des centaines de destinations européennes, mais aussi vers le Japon ou l’Australie, ont brutalement été suspendus. Inauguré en 2023 après de longs retards rencontrés dans le premier, un deuxième terminal reste aujourd’hui désespérément vide.

« Le deuxième terminal était considéré comme indispensable avant le Covid. Quand il a enfin ouvert, il n’était déjà plus utile », explique Andrei Kramarenko, un spécialiste de l’aviation russe.

Des actifs qui perdent en valeur

Endetté à hauteur d’environ un milliard de dollars, Domodedovo est devenu une cible idéale pour la vague de nationalisations lancée par Vladimir Poutine au début de la guerre. Officiellement, ces saisies seraient une question de « sécurité nationale », mais pour l’analyste Alexander Kolyandr, elles visent surtout à enrichir les amis du Kremlin. Selon lui, « cela se fait simplement parce que quelqu’un veut ou a besoin de tel ou tel actif ». Depuis 2022, l’État russe aurait ainsi nationalisé pour au moins 77 milliards d’euros d’entreprises et d’infrastructures.

La revente difficile de Domodedovo montre que même des actifs auparavant rentables doivent « désormais être vendus avec une forte décote », estime encore l’économiste Andrei Yakovlev.

Le retour à une certaine rentabilité nécessiterait une levée totale des sanctions internationales et le rétablissement des relations avec l’Europe, ce qui n’est pas près d’arriver. « Dans un sens, les sanctions se sont avérées extrêmement utiles au Kremlin. Elles ont enfermé toutes les entreprises russes à l’intérieur de la Russie », rappelle avec une pointe d’ironie Alexander Kolyandr.