C’est un service peu connu du grand public. Parce qu’il agit en discrétion, comme un sous-marin qui ciblerait les économies souterraines. Le GIR, ou groupe interministériel de recherche est un service un peu particulier, qui officie sous les ordres du ministère de l’Intérieur et réunit à la fois des policiers et des gendarmes. Mais ce n’est pas tout. Pour traquer les délinquants et les trafiquants, le GIR est aussi composé d’agents des douanes, des services des impôts ou encore de l’inspection du travail.

Objectif : démanteler des réseaux criminels en ciblant les ressources financières. En clair : pister les flux financiers un peu louches pour les saisir, les geler. Et même les reverser dans les caisses de l’État. Il y a de quoi faire. D’après, l’Office français antistupéfiants (Ofast), ce sont plus de 7 milliards d’euros qui seraient générés chaque année par le trafic de drogue. Alors autant s’en servir pour renflouer les comptes publics.

Ils existent depuis vingt-quatre ans. Mais depuis quelques années, les 41 GIR français étaient un peu « en veille », voire « en perte de vitesse », de l’aveu du colonel Philippe Crolle, leur coordinateur national. Réveillés l’an dernier, ils ont bouclé leur année 2025 avec 323 millions d’euros saisis aux délinquants. Pas mal pour un service qui compte à peine plus de 400 agents sur l’ensemble du territoire, y compris les Outre-mer. Ce qui fait dire au procureur général de la cour d’appel de Rennes que les GIR ont « un rapport qualité-prix remarquable ».

Narcotrafic, travail illégal et blanchiment

Sur les cinq départements dont il a la charge, le procureur a pu reverser 11 millions d’euros au budget de l’État l’an dernier. De l’argent que les enquêteurs ont ponctionné à des délinquants en tous genres. Au GIR de Rennes, un quart des dossiers est lié au narcotrafic, un autre quart au travail illégal et un autre au blanchiment d’argent. Des fraudes aux financements publics ont également été décelées.

La cocaïne est devenue la drogue la plus consommée en France en 2025, devant le cannabis. La cocaïne est devenue la drogue la plus consommée en France en 2025, devant le cannabis.  - François Greuez/Sipa

Pour « faire perdre de l’argent aux voyous », comme le rappelle le nouveau préfet d’Ille-et-Vilaine Franck Robine, le GIR s’immisce partout. Il vient saisir l’argent sous les matelas, sur les comptes bancaires des enfants ou dans les propriétés immobilières planquées partout dans le monde. « Quand on a des enfants de 3 ans qui ont déjà plus de 20.000 euros sur leur compte en banque, on est en droite de se poser des questions », glisse Sébastien Serrand, commandant du GIR de Rennes. Pour comprendre le leitmotiv de ses équipes, il n’y a qu’à regarder le logo floqué d’un important signe « € » doré. « On saisit tout. De l’argent liquide, des comptes bancaires mais aussi des véhicules, des bateaux, des biens immobiliers. » L’an dernier son équipe a doublé les saisies infligées aux trafiquants. S’ils veulent les récupérer, les mis en cause doivent prouver qu’ils les ont acquis légalement.

Des commerces qui blanchissent de l’argent

Un exemple ? L’enquête entourant un réseau de trafic de stupéfiants opéré dans le quartier Maurepas de Rennes a débouché sur la mise en cause d’un kebab. « Le patron réceptionnait du cash issu du trafic de drogue. En échange, il salariait des individus qui ne travaillaient pas. » En plus de blanchir leur argent sale, les dealers le transformaient en acquis sociaux, cotisant pour la retraite, le chômage et la Sécurité sociale. Le restaurant a été fermé et les différents protagonistes ont été mis en examen. « Le blanchiment d’argent, c’est cinq ans de prison », rappelle le procureur Thierry Pocquet du Haut-Jussé. « Quand des gens demandent à payer des artisans au black, on peut légitimement se demander pourquoi », relève le colonel Philippe Crolle.

Les « bons résultats » des différents GIR français n’ont visiblement pas échappé au ministère de l’Intérieur, qui semble vouloir s’appuyer sur cette police de l’argent sale pour multiplier les saisies. « On veut les relancer pour assécher les réseaux de blanchiment », promet le coordinateur national des GIR. La loi de lutte contre le narcotrafic adoptée l’été dernier devrait faciliter les choses, en encourageant la confiscation des avoirs criminels et la fermeture de commerces soupçonnés d’y être mêlés. En 2025, les saisies d’avoirs criminels ont atteint 1,44 milliard d’euros. Plus de millions ont déjà été confisqués et transférés définitivement à l’État.