La CGT a dénoncé ce week-end « une déclaration de guerre » après que le Medef a proposé d’assouplir le droit du travail pour les jeunes sans emploi… Concrètement, de quoi parle-t-on?
Les propositions patronales ciblent les NEETS, ces jeunes ni en emploi, ni en formation, ni en études, qui seraient environ 1,3 million en France. Une population hétérogène, souvent éloignée durablement de l’emploi, et dont l’insertion constitue l’un des principaux angles morts des politiques publiques.
Le Medef met sur la table deux pistes principales. La première consiste à créer un CDI plus flexible pour les jeunes éloignés de l’emploi, avec une période de sécurisation plus longue et des droits progressifs, sur le modèle des réformes mises en œuvre en Italie au milieu des années 2010 sous le gouvernement de Matteo Renzi. La seconde repose sur un régime dérogatoire au SMIC, en contrepartie d’une obligation de formation assurée par l’entreprise.
L’Edito de Raphaël Legendre : L’emploi des jeunes, priorité nationale – 02/02
Pour la CGT, ces propositions ne sont rien d’autre qu’un retour à des dispositifs déjà rejetés par le passé. Le syndicat évoque un « CPE déguisé », en référence au contrat première embauche porté par Dominique de Villepin en 2006, retiré après une mobilisation sociale massive. Il rappelle également le contrat d’insertion professionnelle instauré sous le gouvernement Balladur en 1993, rapidement abandonné. À ses yeux, ces mécanismes reviennent à fragiliser les jeunes au nom de leur employabilité.
Il est vrai que ces débats ont un air de déjà-vu. Mais ils n’ont jamais réellement été tranchés en France, contrairement à ce qui s’est produit dans plusieurs pays européens. En Italie, la réforme du marché du travail a contribué à une hausse des embauches en CDI chez les jeunes et à une baisse structurelle du chômage, de l’ordre de cinq points entre 2015 et 2025. L’Allemagne, avec les réformes Hartz, le Royaume-Uni avec des formes d’emploi très flexibles, ou encore les Pays-Bas, ont tous fait le choix d’un marché du travail plus ouvert, au prix de compromis assumés.
Résultats visibles
Les résultats sont visibles. Ces pays affichent aujourd’hui des niveaux d’emploi élevés, y compris chez les jeunes. La comparaison avec la France est sévère. Le taux d’emploi des 15-24 ans y atteint à peine 35%, contre 51% en Allemagne et 75% aux Pays-Bas. Le taux de chômage des moins de 25 ans s’élève à 18,5%, bien au-dessus de la moyenne européenne (14,4%) et très loin du niveau allemand, autour de 6%. La France compte également l’une des proportions de NEETS les plus élevées d’Europe.
La difficulté ne concerne d’ailleurs pas uniquement les jeunes les moins qualifiés. Même les diplômés peinent à s’insérer rapidement: l’accès à un emploi stable prend en moyenne un à deux ans de plus qu’ailleurs en Europe. Cette lenteur pèse sur les trajectoires individuelles, mais aussi sur la dynamique globale de l’économie.
Travailler plus
Le débat dépasse donc la seule question du contrat de travail. Il renvoie plus largement au manque de dynamisme de la croissance française. La création de richesses dépend en grande partie du volume de travail mobilisé. Or les Français travaillent en moyenne environ 100 heures de moins par an que les Allemands ou les Britanniques, et près de 300 heures de moins que les Américains. Cet écart ne s’explique pas par la durée du travail hebdomadaire, mais par la faiblesse du taux d’emploi.
Autrement dit, la France fait moins travailler ses jeunes et ses seniors que la plupart de ses partenaires. Le gel récent de la réforme des retraites a refermé, au moins temporairement, le dossier des seniors. Reste celui de la jeunesse, que le pays continue d’aborder avec prudence, voire frilosité.
À force de craindre la précarité, la France a construit un marché du travail qui protège l’emploi installé mais complique l’entrée. Et ce choix, s’il est politiquement confortable à court terme, continue de produire les mêmes effets : un chômage élevé des jeunes, une insertion tardive et une croissance durablement affaiblie.