Voilà ce qu’on appelle un fin de non-recevoir nette et catégorique. Après les franches réserves des organisations syndicales contre la proposition du Medef de créer un CDI spécifique pour les jeunes entrant sur le marché du travail, c’est au tour du gouvernement de prendre ses distances avec ce dispositif déjà qualifié de « CPE déguisé » par ses opposants.
Contacté par Le Parisien Aujourd’hui en France, Matignon fait savoir « avoir découvert comme tout le monde » cette proposition du patronat dans la presse, tout en expliquant qu’elle n’est « aucunement à l’ordre du jour du gouvernement ».
Selon des documents remis la semaine dernière aux syndicats, et consacré à l’emploi des jeunes, le Medef propose la création d’un contrat à durée indéterminée « pouvant être rompu sans motif pendant les premières années », avec « une indemnisation croissante en lien avec l’ancienneté du salarié en cas de rupture ». Autres pistes : réduire les délais de carence entre deux CDD et rémunérer les primo entrants sur le marché du travail avec un salaire sous le Smic, qui s’accompagnerait d’une formation. De quoi raviver le traumatisme du Contrat première embauche (CPE) de 2005, quand Dominique de Villepin était Premier ministre, et qui avait mobilisé des centaines de milliers de jeunes partout en France… avant qu’il ne soit abandonné.
« Ce n’est pas une bonne idée alors que le pays est fracturé »
« Mettre les gens dans la rue, je ne suis pas certain que ce soit la meilleure chose à faire à quinze mois d’une présidentielle. Et encore plus en ce moment, alors qu’on sort à peine de l’épreuve budgétaire et que la grogne des agriculteurs est encore très puissante », fait savoir un conseiller gouvernemental. « Ce n’est pas une bonne idée alors que le pays est fracturé et qu’il n’y a pas de majorité à l’Assemblée. D’autant plus que personne ne l’a demandé », rebondit un ténor des Républicains.
Alors à Matignon, on botte en touche, préférant proposer au Medef « d’aller plutôt tester ces propositions auprès des candidats à la présidentielle de 2027 ». Car ouvrir un tel chantier explosif n’est visiblement pas la priorité, surtout au moment où d’autres dossiers sont encore suspendus à la signature d’un accord entre le patronat et les organisations syndicales : « Sur le travail, notre priorité est qu’ils terminent d’abord la négociation en cours, avec un accord espéré sur l’assurance chômage, particulièrement sur les ruptures conventionnelles », rappelle l’entourage de Sébastien Lecornu.
Même son de cloche du côté de Bercy : « Le Medef met des idées en débat, ce qui est plutôt bien dans la perspective de 2027. Mais on attend plus des propositions sur le coût du travail et le financement de la sécurité sociale », rebondit un conseiller.
« Je ne vois pas en quoi cela peut relancer l’emploi »
Au sein du bloc central, l’idée d’un « CDI jeunes » est également loin de faire l’unanimité : « Je ne vois pas en quoi cela peut relancer l’emploi au moment où, à moyen terme, on va avoir de plus en plus de jeunes très qualifiés, à Bac + 5, qui vont connaître de vraies difficultés d’embauche avec l’IA par exemple », explique-t-on au siège de Renaissance.
« On va se retrouver avec une génération entière qui va être paupérisée et qui n’a pas besoin de subir ce genre de mesure en plus pour arriver sur le marché du travail. Le vrai sujet aujourd’hui, pour relancer l’emploi, c’est celui de la baisse des charges », poursuit l’entourage de Gabriel Attal. Même si au Medef, on regrette l’ampleur de cette polémique : « Il ne s’agit que d’une piste de réflexion, parmi d’autres évoquées par Patrick Martin (le patron des patrons) à l’occasion d’une réunion mercredi dernier avec les syndicats, démine-t-on au sein de l’organisation patronale. Cette note, qui n’avait aucun caractère officiel, visait l’emploi du 1,4 million de jeunes aujourd’hui sans emploi, sans études et sans formation, pas des surdiplomés. Elle avait bien sûr vocation à être améliorée, et surtout pas à être utilisée comme cela ».