À la veille de l’annonce de la composition du XV de France qui affrontera jeudi soir l’Irlande en match d’ouverture du Tournoi des 6 Nations, l’arrière Thomas Ramos s’est présenté en conférence de presse, toujours avec le même franc-parler et la même lucidité. Thomas Ramos veut gagner le Tournoi des 6 Nations et il assume l’étiquette de favori.
Comme chaque année paire, avec trois réceptions, le mot grand chelem revient chez les supporters. Chez vous également ?
L’état d’esprit de cette semaine c’est, avant tout, de vraiment bien entamer cette compétition, si possible par une victoire. Après, on l’a vu l’année dernière, ça va très vite. Quand on a perdu en Angleterre, personne n’aurait cru qu’on allait gagner le Tournoi… Avec trois réceptions, tout le monde pense au grand chelem. Mais ce n’est pas un mot qui, pour le moment, revient dans nos têtes et dans nos discussions. Ce qui est important, sur ces huit-neuf premiers jours passés ensemble, c’est de bien démarrer le Tournoi, de se donner de la confiance en essayant de gagner ce premier match.
Des cadres – Penaud, Alldritt, Fickou – ont été écartés. Est-ce que cela vous oblige à davantage encadrer les jeunes ?
Non. On ne m’a pas demandé quoi que ce soit et je n’ai pas forcément ressenti le besoin, ou l’envie, de faire plus. Il y a un joueur qui revient aussi, qui n’était pas là du fait d’une blessure, et qui est notre capitaine (Antoine Dupont, NDLR). Ça apporte un petit peu plus de poids dans les discours… Et puis, la nouvelle génération, les jeunes qui montent, est assez professionnelle et bien préparée dans leurs têtes pour savoir ce qu’ils ont à faire et, surtout, ils savent où ils veulent aller. De temps en temps, on les rappelle un petit peu à l’ordre mais, croyez-moi, c’est rare.
Si on prend l’exemple de votre ami Damian Penaud, cela montre que personne n’est inamovible. Est-ce que ça vous met un peu plus de pression ?
Vous savez, moi, j’ai passé trois ans à ne pas jouer, à ne pas être pris ou à être en tribune, forcément, je sais ce que ça fait. Déjà, ça me fait mal au cœur pour ‘’Dams’’ de ne pas le voir ici. Les autres aussi, mais vous me parlez de Damian… Après, du moment où on porte le maillot de l’équipe de France, ou même en club, on se doit d’être performant tous les week-ends. Encore plus quand on est amené à jouer devant le public du Stade de France, en ouverture du Tournoi. Peu importe son statut dans l’équipe, peu importe l’âge que les joueurs ont, on a tous envie d’être performant et, au-delà de performer pour soi, de performer pour l’équipe. Parce qu’au bout, il y a quelque chose à aller chercher. C’est ça qui nous anime plutôt que de se dire ‘’est-ce que je suis en danger, pas en danger’’. Si tu rentres sur le terrain avec la peur de mal faire, c’est compliqué. Donc non, je n’ai pas de pression sur ce côté-là.

French National Team – Training session and Press Conference – 27/01/2026
Icon Sport – Sandra Ruhaut
Avez-vous insisté sur l’animation offensive, pas toujours au point lors de la tournée de novembre ?
Ce qui est paradoxal, c’est qu’on est la meilleure attaque, mais on a l’impression qu’on joue mal. On marque beaucoup d’essais. Et on a envie de s’améliorer encore plus dans nos mouvements offensifs. Parce qu’on est persuadé qu’on arrivera ainsi à marquer encore plus et à déstabiliser encore plus les équipes. C’est sur ce point-là qu’on aimerait s’améliorer durant le Tournoi.
Sur la discipline également ?
Oui, c’est un sujet de discussion important depuis huit-neuf jours. Ça a été l’un des points noirs de cette tournée de novembre. C’est donc un secteur sur lequel il va falloir être plus performant durant ce Tournoi. Et dès ce premier match parce qu’on sait que les Irlandais se nourrissent énormément des pénalités subies par leurs adversaires pour aller en touche, pour entrer dans les 22 mètres, faire des ballons portés, mettre leur jeu en place, user l’adversaire. L’année dernière, chez eux, on avait été acculé dans notre camp pendant un quart d’heure, vingt minutes. On avait très bien défendu, mais c’était quand même assez âpre… Donc oui, la discipline est un secteur sur lequel il va falloir élever notre niveau lors des cinq matchs qui arrivent.
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À son retour Antoine Dupont a évoqué sa volonté de gagner la Coupe du monde. Est-ce que gagner le Tournoi des 6 Nations a toujours la même saveur ou n’est-ce juste qu’une étape intermédiaire ?
Ça m’étonnerait qu’Antoine Dupont ait dit qu’il ne souhaitait pas gagner le Tournoi. Après, évidemment qu’on rêve tous de gagner la Coupe du monde. C’est indéniable. Mais aujourd’hui, on rentre dans une compétition qu’on a forcément envie de gagner. Et plutôt que de parler de tournois intermédiaires, je parlerais plutôt d’étapes. Il est important aussi de se construire sur des périodes de quatre ans. Si on veut arriver à la Coupe du monde en étant favoris, en faisant peur à nos adversaires ou en étant un peu plus craint, ça passe par des victoires et des titres. Pourquoi personne ne veut jouer contre l’Afrique du Sud ? Pourquoi tout le monde est un peu sur la retenue à l’idée de croiser les Boks ? Tout simplement parce qu’on sait tous qu’ils sont doubles champions du monde et que les mecs gagnent tous les ans le Rugby Championship. Cette expérience collective, ils l’ont. Je pense que dans notre quête de titre mondial dans deux ans, les tournois sont des étapes importantes.

Ramos avec Daubagna, Dupont et Attissogbe.
Icon Sport – Daniel Derajinski
Dans cette perspective et parce qu’il y a tout de même une évolution au sein du groupe et dans l’approche du staff technique, ce Tournoi des 6 Nations est-il un moment charnière ?
Peut-être. Tout le monde nous colle l’étiquette de favoris parce qu’on l’a gagné l’année dernière et que c’est un Tournoi où l’on reçoit à trois reprises. Forcément, ce serait peut-être une désillusion de ne pas le gagner. Donc oui, c’est peut-être un moment charnière. Soit on parvient à mettre notre empreinte sur le rugby international, soit on fera comme on a fait lors de la dernière Coupe du monde et on rentrera à la maison après les quarts de finale. Ce Tournoi est donc important aussi pour créer un bon groupe et créer une bonne connexion entre tous les joueurs, même si ça fait des années qu’on se connaît. Quand on ne gagne rien, on ne crée pas grand-chose au final. Après avoir gagné l’année dernière, gagner de nouveau cette année nous permettra peut-être d’avoir une image différente aux yeux de tout le monde.
Quel regard portez-vous sur cette équipe d’Irlande qui compte quelques absents ?
Les Irlandais ont quelques blessés, notamment devant apparemment. Après, je vous avoue qu’on s’est penché principalement sur la façon de jouer de cette équipe, comment elle attaque, comment elle défend, plutôt que de savoir qui va jouer. En revanche, ce qui est sûr, c’est que si c’est une équipe qu’on laisse jouer, à qui l’on permet de déployer son système offensif, peu importent les joueurs, elle sera dangereuse. Que ce soit dans leur province ou en équipe nationale, les mecs jouent ensemble tous les week-ends. Je ne pense donc pas qu’un ou deux changements devant ou derrière les empêchent de s’exprimer offensivement. Et puis, comme on le disait, la discipline sera aussi un secteur très important de ce match. Objectif : éviter de faire le plus de fautes possibles, éviter de leur donner des munitions gratuites, notamment dans notre camp. Parce que ça reste quand même une équipe du haut de classement au niveau mondial. On a bien préparé cette rencontre car c’est une équipe que l’on prend au sérieux. Je n’ai pas de doute là-dessus. Souvenez-vous que nous en avons pris 40 il y a deux ans (17-38).
Mais que reste-t-il de votre victoire à Dublin l’an passé dans le Tournoi ?
C’est une victoire qui nous a fait basculer, mine de rien, vers un succès dans le Tournoi. La défaite en Angleterre avait été dure à digérer. C’est l’un des matchs où on s’est créé le plus d’occasions offensives. Ce match en Angleterre, si on le rejoue, on le gagne neuf fois sur dix. Mais ce jour-là, on a oublié de marquer les essais, tout simplement. Mais derrière, avoir eu le caractère d’aller gagner en Italie comme on l’a fait, parce qu’aller gagner en Italie avec plus de 70 points marqués (24-73), ça n’arrive pas tous les ans. Et puis surtout, en remettre 40 en Irlande (27-42), le week-end suivant, c’est fort. À huit minutes de la fin, il y a 42 à 13 quand même. On avait lâché un peu en fin de match mais ça reste une grosse victoire. Une victoire qui a marqué les esprits et qui a montré que ce groupe avait des ressources, du caractère. D’ailleurs, les Irlandais doivent aussi se souvenir de cet affrontement.