Sur tous les fronts, même celui de la politique, l’artiste Bad Bunny s’apprête à vivre l’un des sommets de sa carrière en assurant seul le show de la mi-temps du Super Bowl 2026/

Peacock / Todd Owyoung/Peacock via Getty

Sur tous les fronts, même celui de la politique, l’artiste Bad Bunny s’apprête à vivre l’un des sommets de sa carrière en assurant seul le show de la mi-temps du Super Bowl 2026/

« Avant de remercier Dieu, j’aimerais d’abord dire une chose : dehors l’ICE ». Voilà les premiers mots prononcés sur scène par Bad Bunny au moment de recevoir le prestigieux Grammy du meilleur album de l’année. Un prix qui a fait de lui, ce dimanche 1er février, le tout premier artiste hispanophone à remporter cette récompense (et deux autres) pour DeBÍ TiRAR MáS FOToS.

Cette saillie politique – et par ailleurs attendue – illustre la trajectoire artistique et politique prise par le chanteur portoricain de 31 ans, devenu en l’espace de quelques années une figure mondialement reconnue. Et dont on n’a clairement pas fini d’entendre parler.

Et pour cause, Bad Bunny sera de retour sur scène d’ici quelques jours pour assurer le show de la mi-temps du Super Bowl 2026, la grand-messe du divertissement mainstream américain. De quoi lui offrir une vitrine XXL pour défendre ses valeurs musicales singulières et euphorisantes, et surtout faire valoir ses idées politiques à l’heure de l’Amérique de Donald Trump. L’écrin sera idéal : cette finale est l’événement le plus regardé à la télévision américaine.

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Lire la Vidéo Figure contestataire, depuis ses débuts

Désormais connu comme le plus grand représentant du reggaeton et de la trap latino, Bad Bunny a commencé loin des grandes majors, sur SoundCloud. Après un début de carrière relativement discret, du moins de notre côté de l’Atlantique, Cardi B, J Balvin ou Drake ont participé à faire briller son talent aux yeux de tous.

Avant un premier sacre au Super Bowl de 2020, où il avait été convié sur scène par Shakira et Jennifer Lopez. Quelques semaines plus tard sortait son premier album Yo hago lo que me da la gana. Littéralement : « Je fais ce que je veux ». Un mantra qui lui colle à la peau, illustré par une promesse du dernier morceau de cet album, où il assurait sortir encore un autre album avant de se retirer définitivement.

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Mais rien ne s’est passé comme prévu. Car entre-temps, Bad Bunny est devenu l’artiste le plus écouté dans le monde sur Spotify en 2021. Et ce, pour la deuxième année consécutive. Ses albums suivants, jusqu’à DeBÍ TiRAR MáS FOToS en 2025 ont depuis fini d’asseoir son statut d’artiste international. Touche à tout, Bad Bunny est partout. Même au cinéma, dans Bullet Train avec Brad Pitt, dans le dernier film de Darren Aronofsky ou sur un ring de la WWE, où il dispose d’une surprenante carrière de catcheur.

Derrière un packaging joyeux et festif, son répertoire musical convoque des genres emprunts d’un lourd passif colonialiste. En 2017, lors du premier mandat de Trump, c’est déjà en musique que Bad Bunny répondait au désintérêt de la Maison Blanche pour le sort de Porto Rico, alors frappé par un ouragan dévastateur. Avec le morceau Estamos Bien (« Nous allons bien »), il proposait un titre à contre-courant, devenu instantanément un hymne local de résilience.

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Lire la Vidéo Porte-étendard d’une autre Amérique

« Nous ne sommes pas des sauvages, nous ne sommes pas des animaux, nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes des êtres humains et nous sommes Américains », a-t-il lancé sur scène dimanche soir. Une manière de s’inscrire à nouveau comme un opposant vocal aux politiques violentes et autoritaires de l’actuel président des États-Unis.

Dans son répertoire, il n’hésite pas à parler de « colonialisme » américain pour évoquer le sort de Porto Rico, souvent décrit comme « la plus vieille colonie du monde » par sa population. Comme le rappelle Le Monde, les 3,2 millions d’habitants de cette île bénéficient d’un passeport américain mais n’ont ni droit de vote aux élections nationales, ni représentant élu à Washington. Un statut à part que Bad Bunny a d’ailleurs chanté sur le titre Lo que le pasó a Hawái, une ode à son île présente sur son dernier album.

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L’essence même de la musique de Bad Bunny est de retracer l’histoire et le quotidien de cette île des Caraïbes totalement délaissée par les États-Unis et visée par sa politique migratoire ultra-répressive. Ces sujets inondent sa musique et ses prises de position, tant en faveur de la communauté LGBTQIA+ que de la défense des immigrés. Au grand dam de la galaxie MAGA. Bad Bunny dispose ainsi d’un statut de porte-étendard de la communauté latino-américaine, qu’il doit également au fait de n’avoir jamais renié la langue espagnole dans ses chansons, malgré le succès.

De quoi en faire une cible toute trouvée pour l’administration Trump. À tel point que Bad Bunny a préféré annuler sa tournée 2025 sur le sol américain, de peur que ses concerts ne deviennent le théâtre d’arrestations massives de l’ICE. À la place, l’artiste a donné 31 concerts à Porto Rico la même année. Un geste qui lui a permis de contribuer à l’essor économique de son île natale tout en faisant un pied de nez au vomi raciste du président américain sur Porto Rico et ses habitants.

C’est d’ailleurs loin d’être un hasard si Donald Trump n’assistera pas au Super Bowl cette année. Le président américain a préféré zapper ce rendez-vous, jugeant « affreux » le choix de Bad Bunny. De quoi asseoir, pour le chanteur, son statut de Portoricain le plus influent au monde.