Ainara Theodorescu, une Espagnole de 26 ans, est très consciente qu’elle n’aurait pas les mêmes perspectives professionnelles ni le même salaire si elle était restée en Espagne au lieu de s’installer, voilà six ans, en Allemagne. Pourtant, elle confie à La Vanguardia qu’elle ne cesse de penser à son pays, comme la plupart de ses compatriotes expatriés. “Nous espérons tous que nous pourrons y retourner un jour et y vivre aussi bien, voire mieux, qu’en Allemagne.”

Pour elle, le véritable choc culturel n’a pas eu lieu lors de son premier séjour dans le pays en tant qu’étudiante Erasmus. “Comme étudiante étrangère, j’étais constamment entourée de jeunes qui venaient d’autres pays, tous logés à la même enseigne que moi.” La première année qu’elle passe à l’étranger se déroule donc “comme dans une bulle”.

Mais la fin de son échange Erasmus coïncide avec le début de la pandémie. “Je me suis soudain retrouvée dans un pays où je ne connaissais pas grand monde et je me suis sentie coupable de vivre une situation aussi grave sans être avec mes proches. J’ai eu l’impression de passer à côté de choses importantes.”

“Dès 16 heures, les rues sont désertes”

De ce moment naît un sentiment d’isolement, alors même qu’elle vient de décrocher un contrat de travail comme responsable des opérations numériques chez Hugo Boss. “Venir étudier quand on est jeune, ce n’est pas la même chose que venir travailler. Quand on est jeune, rencontrer des gens est beaucoup plus facile, on a plus de flexibilité pour faire des projets. Avec un emploi, des horaires fixes, la vie se résume souvent au travail.” Et c’est beaucoup plus vrai en Allemagne qu’en Espagne.

Elle confie : “Ici, les gens n’ont pas la même vie sociale après le travail qu’en Espagne, ce qui rend les rencontres plus difficiles. Les journées paraissent beaucoup plus courtes : dès 4 heures de l’après-midi, les rues sont désertes.” Rien d’étonnant si les expats espagnols, latino-américains ou italiens ont tendance à rester entre eux. “J’ai fait des efforts pour découvrir la culture d’ici et rencontrer des gens, mais la curiosité n’est pas toujours partagée. Si vous venez avec l’idée de vous intégrer et de vous faire des amis allemands, vous risquez d’être déçu.”

En Espagne, quand des étrangers s’essaient à parler espagnol, “les gens adorent”. En Allemagne, c’est “un peu l’inverse”, regrette Ainara. “Lorsqu’ils comprennent que quelqu’un n’est pas d’ici, qu’il a un peu de mal à s’exprimer ou qu’il fait des fautes de grammaire, ils passent tout de suite à l’anglais.”

Rentrer en Espagne ? Pour Ainara Theodorescu, ce n’est pas pour tout de suite. “Si je pouvais retrouver les mêmes avantages là-bas, je partirais immédiatement”, reconnaît-elle. Pour la convaincre, il suffirait que les entreprises espagnoles “investissent davantage dans les jeunes travailleurs”, les paient mieux et leur fassent davantage confiance. Et aussi que les responsables politiques s’attaquent sérieusement à la crise du logement, qui reste pour le moment “l’obstacle principal” à tout projet de retour.