4,2 millions de personnes sont sans logement ou mal logées dans le pays, selon le dernier rapport de la Fondation pour le logement.
Tous les signaux du mal-logement « sont au rouge » et se sont aggravés en 2025. C’est le principal enseignement du rapport annuel de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Abbé Pierre), qui entend mobiliser les candidats aux élections municipales.
Plus d’un million de personnes ne disposent pas de logement personnel, révèle ce document. 350 000 n’ont par exemple pas de domicile et sont hébergées en centre d’hébergement ou sont sans abri (40 000 personnes). 600 000 autres personnes « sont hébergées chez des tiers de manière contrainte ».
Les mauvais chiffres s’accumulent, « tous les indicateurs se dégradent et la réponse politique est loin d’être à la hauteur », accuse le 31e rapport sur le mal-logement de la fondation, qui décrit « une année noire sur le front du mal-logement » en 2025.
Au total, 4,2 millions de personnes sont sans logement ou mal-logées en France. S’y ajoutent 12,3 millions de personnes fragilisées par la crise du logement, comme des locataires en impayé de loyer, des personnes en situation de précarité énergétique, des ménages à qui il manque une pièce ou un logement adapté à leur handicap.
« On n’a jamais connu de telles tensions »
« On n’avait jamais connu à la Fondation de telles tensions sur le front de la lutte contre le mal-logement et de la pauvreté », a réagi Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le logement, lors d’une conférence.
« Malgré ces tristes réalités, on a vu l’année 2025 s’achever comme elle a commencé : sans budget, dans l’instabilité politique et l’illisibilité de l’action gouvernementale », souligne Christophe Robert, qui déplore que la « politique du logement pour les plus défavorisés (ait) été bien malmenée ».
Ce rapport montre que « la crise du logement est une crise sociale majeure, qui frappe d’abord les plus fragiles », commente le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun. Tout en rappelant l’action de l’État, notamment en matière de lutte contre le sans-abrisme.
« Il est impératif de remettre la lutte contre les exclusions au cœur de l’action publique », tance Christophe Robert, lançant un « appel solennel aux candidats aux élections municipales, aux responsables politiques, au gouvernement et aux parlementaires ».
Les élections municipales de mars seront un « moment-clé dans la lutte contre le mal-logement« , selon la fondation. Cette dernière rapporte que des mesures comme l’encadrement des loyers ou des efforts de construction de logements portent leurs fruits dans la lutte contre la crise du logement.
« L’enjeu est de taille », pour Christophe Robert, « car si toutes les communes ne sont pas touchées de la même manière, toutes sont concernées par la crise du logement ».
Toutes les villes sont concernées par la crise du logement
Le logement est « vraiment une des toutes premières priorités » des maires, assure Thierry Repentin, co-président de la commission Logement de l’Association des maires de France.
Les zones tendues connaissent une hausse « du nombre de personnes sans domicile, un plus fort surpeuplement, des taux d’efforts accrus, des files d’attente qui s’allongent pour accéder au logement social », liste Christophe Robert, le délégué général de la fondation. Quant aux zones peu tendues, elles peuvent entre autres être confrontées à « la désertification des centres-villes, la dégradation du bâti ancien ».
« La question du logement a pris une ampleur considérable dans tous les territoires et aucun élu engagé pour ses concitoyens ne peut faire l’impasse sur le sujet », a estimé mi-janvier Emmanuelle Cosse, présidente de la confédération des organismes HLM, l’Union sociale pour l’habitat (USH) .
Dans de nombreuses villes, les candidats dégainent donc des volets logement dans leurs programmes : lutte contre la location meublée touristique, encadrement des loyers, construction de logements sociaux, soutien à la rénovation des logements, réglementation des résidences secondaires, mobilisation des logements vacants.
Pour la PDG du promoteur Nexity, Véronique Bédague, « il y a un consensus sur le fait qu’il y a un problème à régler ». Elle estime de plus que « les municipales seront un premier moment d’éclaircissement démocratique », avant la présidentielle, et voit des maires de plus en plus enclins à construire des logements sur leur commune.
Selon un sondage Odoxa pour Nexity, BFMTV et Capital, sept Français sur dix estiment qu’il est difficile de se loger dans leur commune. 57% des 1 000 personnes interrogées considèrent l’inflation et le pouvoir d’achat comme leur principale priorité, or le logement constitue le premier poste de dépense des Français.