Après une première alerte vendredi, le cours de l’or a continué de chuter ce lundi. Pas de quoi s’inquiéter pour autant sur ce placement qui reste une valeur sûre. La baisse intervient après des mois où le métal précieux était au plus haut, et continue à afficher des niveaux élevés : 4 519,78 dollars le 24 décembre, plus de 5 500 le 29 janvier et de nouveau 4 682,05 dollars ce 2 février… Le cours de l’or a baissé, mais celui-ci reste pour le moment, à un niveau supérieur que celui observé ces dernières années.
« Ça fait presque 15-20 ans que le cours de l’or est à la hausse. Ces dix dernières années il a offert un rendement de 14% par an. Il est en perpétuelle hausse depuis la crise des subprimes », confirme Laurent Schwartz, président du Comptoir national de l’or. Sur l’ensemble de l’année 2025, son taux a progressé de près de 50 %, soit « la plus forte hausse annuelle du métal jaune depuis le lancement de l’euro ».
« On peut dire que c’est historique »
La Bank of America estime d’ailleurs que le cours de l’or pourrait atteindre les 6 000 dollars l’once dès le printemps 2026. « Sur les dix dernières années, la hausse observée depuis la fin 2024 est tout à fait exceptionnelle. On peut dire que c’est historique », confirme Jean-Louis Popin, professeur émérite à l’université d’Orléans et membre du Cercle des économistes. « L’or est en compétition avec les autres classes d’actifs : quand ceux-ci rémunèrent moins, l’or devient plus attractif», explique Laurent Schwartz.
C’est l’incertitude économique et géopolitique qui a porté, ces derniers mois, l’or au sommet. Le mois de janvier avait ainsi été marqué par une hausse historique du cours, car le dollar avait atteint son niveau le plus faible depuis 2021. Le retour d’une visibilité pour les investisseurs – avec la désignation par Donald Trump de Kevin Warsh comme son candidat pour diriger la Fed – explique en partie la baisse de l’or ce week-end. Ce candidat jugé comme sérieux, car il a déjà exercé le poste de gouverneur de la banque centrale américaine, a rassuré les marchés sur la future indépendance de la Fed. Le poids du dollar s’est renforcé et les investisseurs se sont de nouveau tournés vers la monnaie américaine, conduisant à une baisse brutale du cours des métaux précieux.
« L’or, c’est la sécurité ultime quand on cherche de la stabilité »
Les risques géopolitiques se sont renforcés ces dernières années, avec notamment la guerre en Ukraine et le retour de Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis, ce qui a renforcé l’attrait pour l’or. « On dit toujours que l’or est la valeur refuge et que son prix augmente systématiquement dès qu’il y a trop d’incertitudes », commente Jean-Louis Popin. La Pologne, où la menace russe est forte, a ainsi été le plus gros acheteur d’or en 2025, selon le rapport du Conseil mondial de l’or. Entre 2022 et 2024, ses réserves ont augmenté de 219 tonnes, alors qu’elles étaient restées stables les trois années précédentes.
Les menaces d’annexion du Groenland, la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro et l’hypothèse d’une intervention en Iran ont contribué à porter l’or à un niveau historique en janvier. « L’or, c’est la sécurité ultime quand on cherche de la stabilité dans un monde très instable. L’or n’est la dette de personne. Personne ne va vous dire “je ne te rembourse pas” ou “ce que je t’ai donné ne vaut plus rien”. Donc il n’y a pas de risque de défaut sur l’or », souligne Laurent Schwartz.
L’intérêt des investisseurs
Depuis 2021, les banques centrales des pays émergents, qui font des réserves, ont entamé un mouvement de diversification de leurs réserves, pour des raisons macroéconomiques ou géopolitiques. « Dès lors qu’il n’y a pas la confiance pour placer en dollar », les banques centrales ont tendance à se tourner vers l’or car « il n’y a pas de substitut », souligne Jean-Louis Popin. L’achat d’or par les banques centrales a contribué à renforcer le rôle de l’or comme actif stratégique et réserve de valeur, attirant ainsi les investisseurs privés, également en quête de diversification.
« Il y a eu une création de dette publique assez incontrôlée qui mine la confiance des investisseurs dans les monnaies fiduciaires, indique Andrea Tueni, analyste chez SaxoBank. Il y a une progression extrêmement forte [du cours de l’or], donc il y a un sentiment pour l’ensemble des investisseurs de fomo (fear of missing out – la peur de manquer) sur l’or qui fait que même si on ne s’est pas intéressé à l’or ces dernières années, on regarde ça de plus près car ça peut booster la performance d’un portefeuille ou d’un investissement. » De quoi rassurer les investisseurs: les beaux jours de l’or ne sont certainement pas finis.