Dans le bouleversant Pour Emma, diffusé ce mardi 3 février 2026 à partir de 21h10 sur M6, Julie de Bona incarne Claire, la mère d’une petite fille qui décède après la prise d’un antibiotique.… Les prémices de ce téléfilm vous rappellent sans doute la terrible affaire de la « Josacine empoisonnée ». Souvenez-vous : le 11 juin 1994, la jeune Émilie Tanay, 9 ans, mourait subitement après avoir ingéré un antibiotique mélangé à du cyanure. Un drame effroyable, et le début d’un long et douloureux combat judiciaire pour ses parents, Denis et Corinne, qui n’ont pas participé à la fabrication de cette fiction s’en inspirant, et où rayonne une remarquable Julie de Bona. Télé-Loisirs a rencontré la comédienne.
« J’aurais aimé éviter de la jouer » : Le calvaire de Julie de Bona pour une scène clé
Avez-vous rencontré Corinne Tanay, la mère d’Émilie, avant de jouer dans Pour Emma ?
Ce téléfilm est une adaptation de l’histoire vraie. Ce n’est pas exactement ce que cette femme a vécu. Au démarrage, il n’était pas d’actualité que je la rencontre, ce n’était pas la volonté du réalisateur, Ionut Teianu. Maintenant que Corinne Tanay a vu la fiction, cela a changé et nous allons nous rencontrer.
Au début du téléfilm, il y a cette scène terrible où votre personnage apprend la mort de sa fille. En tant que mère et comédienne, redoute-t-on de jouer une telle séquence ?
La réponse n’est pas simple. Je redoutais énormément cette scène. J’aurais aimé éviter de la jouer. La veille de son tournage, je n’ai pas bien bien dormi. J’avais peur d’affronter cette sensation, que mon corps soit impacté. Quand le moment est venu, c’est l’imaginaire qui a travaillé. C’est de la création, de la technique. C’est « ma matière émotionnelle » mais je ne suis pas allée chercher « mes » émotions. C’est trop dangereux. C’est un peu bizarre, non ?
Après avoir joué une telle scène, dans quel état d’esprit est-on quand on retrouve son enfant le soir ?
Je n’ai pas envie de répondre…
La fiction ne juge jamais les réactions, les deuils très différents des parents d’Emma…
C’est bien que vous ayez ressenti ça. Dans la réalité, la société n’a pas eu beaucoup de tendresse pour les parents d’Émilie, et a énormément jugé la réaction de Corinne Tanay. Or chacun a le droit de réagir comme il veut. Ce que j’ai trouvé doux dans le téléfilm, c’est qu’on rentre vraiment dans l’émotionnel, dans l’intime. De fait, on comprend leurs réactions, qu’elles soient excessives ou dures. C’est d’une grande puissance.
La reconstruction du couple après le deuil : « C’est d’une grande puissance »
Pour Emma, c’est aussi l’histoire de ce couple qui traverse un drame. Et il pose la question vertigineuse : est-il possible de se reconstruire ensemble après une telle épreuve ?
Oui et c’est beau. Après un tel drame, la grande majorité des couples se sépare. C’est vraiment très dur de rester ensemble, parce que l’autre personne fait penser à l’enfant perdu, parce qu’on réagit différemment vis-à-vis d’un drame, parce qu’on se reproche des choses… C’est très violent. Dans la réalité, les parents d’Émilie sont restés ensemble, ils ont eu un autre enfant et sont encore amoureux aujourd’hui. Je ne sais pas à quel point le couple du téléfilm est à l’image du vrai mais je sais que le réalisateur, qui vient du documentaire, s’est énormément renseigné. Il a eu accès au dossier du procès, à toute l’enquête. Puis il a fait travailler son imaginaire et je l’ai suivi.
De votre propre aveu, vous êtes très timide…
J’ai dit ça une fois et tout le monde me le ressort. [Elle rit.] Je l’ai été mais je ne le suis plus vraiment.
Vous êtes angoissée…
Oui, ça, je le suis toujours !
« Je suis dingue d’avoir dit tout ça » : Julie de Bona revient sur ses confidences sur son hypersensibilité
Vous êtes aussi HPE, haut potentiel émotionnel…
Je suis folle de dire tout ça sur moi ! [Elle rit] Quand je réécoute ou je relis des interviews, je me dis que je suis dingue d’avoir partagé ça. Je me suis mise toute seule dans une case alors que la vie est en mouvement. On évolue toujours. J’ai pu sortir des phrases pour qu’on me comprenne mieux, mais à chaque fois que je retombe dessus, je réalise à quel point c’est réducteur. On est tellement davantage que ce qui est dit ou écrit !
Ce cocktail d’émotions est-il idéal pour devenir comédienne, ou ce métier a-t-il, justement, été le bon remède pour vous ?
J’adore cette question ! Elle est vraiment intéressante. Un peu les deux ! Sincèrement, il m’a fallu des années et une thérapie pour vous répondre que jouer est la meilleure des places possible pour moi. Avec ma sensibilité, heureusement que j’ai trouvé cela et que j’en ai fait quelque chose. C’est comme un super pouvoir. Avant, je me disais que c’était un handicap, surtout au sein d’une telle société.
Vous gardez votre vie personnelle très privée. C’est indispensable pour vous ?
C’est marrant que ça intéresse. Pourquoi est-ce à ce point intrigant ? C’est fou, cette affaire ! Je la garde privée et je suis sûre que les gens comprennent cela.
Été 36 : Le prochain projet historique de la comédienne sur les congés payés
Dans les prochains mois, vous serez à l’affiche de la série Été 36. Que pouvez-vous nous en dire pour nous donner envie ?
J’ai hâte de la découvrir moi-même ! Cette série va plonger les spectateurs dans l’été des premiers congés payés. C’est très intriguant et en même temps, c’est à peine 90 ans en arrière ! C’est fou. Cela a été une révolution pour une classe sociale. La série raconte de beaux parcours de femmes. J’adore les séries historiques qui immergent dans une époque. C’est très puissant. Je me suis régalée. Et j’ai de très belles robes. Donc, c’est cool ! [Elle rit].