Un appel qui se décline aussi en Charente, où la Ligue exhorte à poursuivre la mobilisation contre les 40 % de « cancers évitables » liés au tabac, l’alcool, la malbouffe, la sédentarité, l’air que l’on respire, les UV, les perturbateurs endocriniens ou encore les pesticides.
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Le sujet fait consensus : 80 …
Un appel qui se décline aussi en Charente, où la Ligue exhorte à poursuivre la mobilisation contre les 40 % de « cancers évitables » liés au tabac, l’alcool, la malbouffe, la sédentarité, l’air que l’on respire, les UV, les perturbateurs endocriniens ou encore les pesticides.
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Le sujet fait consensus : 80 % des Français estiment ainsi que les élus locaux ont un rôle à jouer dans la prévention des cancers, selon une enquête relayée par l’Institut national du cancer en 2023. « Les chiffres ne sont pas bons, avec 389 nouveaux cas pour 100 000 habitants en France », rappelle Zeineb Lounici, médecin bordelaise et présidente de la commission prévention de la Ligue, en référence à une étude du Lancet relayée par Le Monde.
Pour inciter les maires à passer à l’action, la Ligue propose un nouvel outil : un label à l’obtention gratuite. Il distingue les communes les plus proactives en matière de lutte contre les près de « 170.000 nouveaux cas annuels liés à notre mode de vie » en France.
1. Terres-de-Haute-Charente, une pionnière remarquée
À Terres-de-Haute-Charente, la commune de Sandrine Précigout a été l’une des premières de France, et la seule en Nouvelle-Aquitaine, à décrocher en décembre ce nouveau label « Ma ville se ligue contre le cancer ».
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« Ce sont des actions qui coûtent peu à mettre en place, mais qui peuvent rapporter beaucoup », souligne l’élue, candidate à sa réélection. Elle cite notamment les espaces sans tabac, le soutien à des activités sport-santé ou les ordonnances vertes (des paniers de légumes bio prescrits aux femmes enceintes), qui coûtent, elles, 4 000 € par an.
« Le maire, quand il aménage son cadre de vie, il fait de la santé sans le savoir. »
L’idée chemine et d’autres pourraient suivre. Saint-Yrieix a déposé un dossier. La Couronne, Cognac, ont, selon nos informations, manifesté leur intérêt. « Ça commence à bouger, mais les maires sont encore prudents », observe Jean-Pierre Dupuychaffray, président de la Ligue 16, qui croit à de plus franches avancées après les municipales plutôt que pendant la campagne. Une commission nationale décide des labellisations, la prochaine doit se tenir en juin.
2. Un arsenal d’actions possibles
« Le maire, quand il aménage son cadre de vie, il fait de la santé sans le savoir », glisse Robert Herrmann, administrateur national de la Ligue. Le label, pensé comme une « carotte » gratuite, fonctionne sur le modèle des villages fleuris, avec un à quatre rubans selon l’engagement de la commune. Les mesures proposées vont du zéro plastique dans les écoles à l’utilisation de produits d’entretien non toxiques, en passant par la promotion de l’alimentation locale, de la mobilité douce ou de la prévention du tabagisme. Autant de points déjà retrouvés sur le sol charentais.
« On est un peu les Monsieur Jourdain de la Ligue. »
À Saint-Yrieix, on se targue d’avoir été précurseur dans le département sur les espaces sans tabac. Jean-Luc Fournié, le maire et candidat, évoque aussi le retrait des produits lavants problématiques dans les écoles, le remplacement du plastique par du verre et des idées pour aller plus loin, comme la distribution de crème solaire gratuite au plan d’eau l’été ou le dépistage facilité dès la pharmacie.
« On est un peu les Monsieur Jourdain de la Ligue », sourit-il. « Ce ne sont pas des choix politiques, ce sont des choix de vie. Il ne faut pas compter quand on parle de santé », appuie Benoît Miège-Declercq, son opposant pour la mairie. À Saint-Yrieix, sur ces sujets santé, les votes se font d’ailleurs à l’unanimité en conseil municipal.
3. Pesticides, l’angle mort ?
Sur les 30 actions valorisées par le label, une seule concerne les pesticides : l’information des habitants sur les dates et zones d’épandage. Des registres réclamés de longue date par les associations anti-pesticides. « Ce n’est pas en vigueur, et c’est encore loin d’être le cas », regrette André Puygrenier, ex-président du collectif Vigilance OGM et pesticides 16. « C’est le rôle des maires d’avertir. Ces registres sont une bonne idée, mais ils se heurtent à la grogne des agriculteurs », dit aussi cet ancien… agriculteur.
« L’économie, c’est clivant. L’écologie, c’est clivant. Mais le bien-être, la santé, ça ne doit jamais l’être. »
Jean-Louis Levesque, maire de Châteauneuf, candidat à sa réélection et médecin, y croit. « Certains habitants se plaignent de ne pas être prévenus. Le viticulteur, pour lui, c’est facile de prévenir. J’incite à mieux communiquer, pour que les gens ne soient pas dehors au moment de l’épandage, qu’il n’y ait pas de vent, que ce ne soit pas près des maisons. »
Lui a fait construire une nouvelle cantine attentive aux perturbateurs endocriniens : sols, peintures, produits d’entretien ont été sélectionnés en conséquence. Sur les pesticides, « on n’a aucun souci à faire appliquer la loi, par exemple dans les cimetières. On fait de la pédagogie ».
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« Il ne faut surtout pas hésiter à dire les choses factuelles aux viticulteurs. »
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Le label ne couvre donc pas tout, et notamment peu les pesticides. Il peut ainsi saluer une commune exemplaire sur le tabac ou l’alimentation, sans forcément se pencher sur son exposition aux produits phytosanitaires. Jean-Louis Levesque de glisser : « À mon avis, le principal frein à l’action municipale (contre le risque pesticidaire), c’est la profession du maire. » Mais les maires eux-mêmes voient leurs compétences limitées.
En 2019 et 2020, avant les précédentes élections, certains, à Ruelle ou à La Couronne, avaient pris des arrêtés interdisant l’épandage de pesticides à proximité des habitations. Retoqués dans la foulée par la préfecture.
Alors que les clivages politiques vont s’afficher sur bien des sujets en Charente, la santé publique ressemble à l’un des rares terrains d’échanges pacifiés. « Mais la Ligue a raison d’être offensive », juge Jean-Luc Fournié. Pour Zeineb Lounici, médecin et figure nationale de la Ligue : « L’économie, c’est clivant. L’écologie, c’est clivant. Mais le bien-être, la santé, ça ne doit jamais l’être ».
À La Rochelle, des clusters dans les quartiers populaires
Une étude, financée par la Ligue contre le cancer et l’agglo de La Rochelle a montré une surincidence de cancers du poumon et des sphères ORL dans six quartiers populaires de l’ouest de La Rochelle entre 2008 et 2019. Des cancers qui ont davantage frappé les hommes. Pour l’heure, aucune cause n’a été avancée (de nouvelles investigations ont été lancées) mais ces quartiers ont une forte activité industrielle qui interroge.
Chose étonnante, alors que l’étude a été rendue publique en 2023, ce n’est que fin 2025 que ses conclusions ont alerté, après un article de France 3 et une réunion regroupant des professionnels de santé. Et dans les quartiers concernés, des habitants ont pointé un « sentiment d’abandon », relaté par nos confrères de Reporterre. « Nous avons tenu dans ce laps de temps quinze réunions de travail. Tous les acteurs concernés ont été informés dès le début », s’est défendu, dans cet article, Marc Maigné, le vice-président de l’agglo.