La Commission européenne a présenté sa première stratégie à long terme pour la gestion européenne de l’asile et des migrations. Ce document définit les objectifs politiques de l’UE et fixe les priorités pour les cinq prochaines années. La stratégie s’appuie sur le règlement de 2024, qui prévoit des stratégies nationales pour les États membres et un cadre européen commun.Protection des frontières extérieures et des partenariats

Selon la Commission, cette stratégie s’appuie sur les progrès accomplis ces dernières années, notamment le renforcement de la protection des frontières extérieures, le resserrement des partenariats avec les pays tiers et la réforme du pacte sur la migration et l’asile. Ces mesures ont contribué à la baisse de l’immigration irrégulière. L’objectif est désormais de poursuivre sur cette lancée et de stabiliser le système à long terme.

Parallèlement, l’UE réaffirme son engagement à gérer efficacement les migrations en collaboration avec les pays partenaires, tout en défendant les valeurs européennes. L’Europe décide elle-même qui entre dans l’Union et à quelles conditions.

Selon la Commission, il s’agit de garantir la protection, de prévenir les abus et, simultanément, de préserver la compétitivité.

Cette stratégie poursuit trois objectifs principaux : limiter l’immigration irrégulière et lutter contre le trafic de migrants, protéger les personnes en fuite et attirer des travailleurs qualifiés pour renforcer l’économie européenne.

Les abus pèsent sur la migration

Le commissaire européen aux Affaires intérieures, Magnus Brunner, a décrit cette stratégie comme un cadre pour les futures politiques migratoires et d’asile. La priorité, a-t-il déclaré, est de réduire durablement l’immigration clandestine.

Le commissaire européen aux Affaires intérieures et aux Migrations, Magnus Brunner, s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand de l’Intérieur à l’issue de la réunion ministérielle européenne sur les migrations qui s’est tenue à Munich le 4 octobre 2025. (Alexandra Beier/AFP via Getty Images)

Les abus sapent la confiance du public, affaiblissent la capacité de l’Europe à protéger ses citoyens et compliquent le recrutement de travailleurs qualifiés. Par conséquent, des contrôles efficaces aux frontières, la limitation de l’immigration irrégulière et la protection des systèmes d’asile sont essentiels.

Cinq priorités

Pour ce faire, la Commission concentre ses efforts sur cinq priorités, à commencer par le renforcement de la diplomatie migratoire. Elle prévoit notamment des partenariats plus étroits avec les pays tiers, le recours ciblé à des incitations politiques et économiques, et une approche transversale des routes migratoires.

Par ailleurs, des centres multidisciplinaires accompagneront les pays partenaires situés le long des routes migratoires dans la mise en place de systèmes d’asile et de migration résilients.

La lutte contre le trafic d’êtres humains sera également intensifiée.

Des frontières européennes fortes et un système d’asile équitable

La deuxième priorité de la stratégie de l’UE est la protection des frontières extérieures. Elle est essentielle pour contrôler les entrées et préserver l’espace Schengen. Les plans prévoient notamment la gestion numérique des frontières avec EES et ETIAS, la vérification de toutes les entrées irrégulières et le renforcement de Frontex.

La troisième priorité est un système d’asile et de migration stable, équitable et adaptable. Ce système repose sur le Pacte mondial pour les migrations et l’asile, dont la mise en œuvre est soutenue par des équipes de pays et un financement supplémentaire de 3 milliards d’euros.

Il s’agit également de limiter les migrations secondaires irrégulières, d’assurer la solidarité avec les États membres les plus touchés et d’examiner des concepts tels que celui de pays tiers sûrs ou de listes de pays d’origine sûrs.

La Commission européenne considère que des retours rapides, efficaces et dignes constituent une condition essentielle au bon fonctionnement du système d’asile et de migration. Or, actuellement, seul un quart environ des personnes tenues de quitter le pays y retournent effectivement.

Un système européen commun de retour est en projet. Il prévoit des règles plus efficaces, des procédures numérisées, des centres de retour et une coopération renforcée avec les pays tiers.

Recrutement accéléré de travailleurs qualifiés

La stratégie de l’UE met l’accent sur la mobilité de la main-d’œuvre et des talents afin de pallier la pénurie de compétences dans les secteurs clés. Les partenariats existants en matière de talents seront renforcés et de nouvelles initiatives lancées.

Par ailleurs, les procédures de reconnaissance des qualifications seront accélérées.

Dans le même temps, le travail illégal sera combattu et l’intégration dans les pays d’accueil soutenue par des fonds européens.

Par ailleurs, la numérisation et l’intelligence artificielle seront mises à profit dans la gestion des demandes d’asile et des migrations. Un forum sur l’IA est prévu plus tard cette année ; il permettra aux États membres de se doter d’outils décisionnels modernes et plus performants.

L’UE alloue des ressources financières ciblées à la mise en œuvre de ces mesures. Au moins 81 milliards d’euros sont prévus dans le cadre financier pluriannuel 2028‑2034, notamment des fonds pour les affaires intérieures et l’instrument « Europe mondiale ». Les agences de l’UE apporteront également un soutien opérationnel renforcé aux États membres.