Sept ans, quasiment jour pour jour. Jérôme Rodrigues a appris vendredi que le policier soupçonné de l’avoir éborgné lors d’une manifestation des Gilets jaunes le 26 janvier 2019 à Paris sera bien jugé devant une cour criminelle, comme il l’a indiqué au Parisien ce lundi, confirmant une information de BFMTV.
« Je suis satisfait de cette décision, même si ça fait sept ans que j’attends, que je reste méfiant et que j’ai une pensée pour tous les autres Gilets jaunes qui attendent encore un procès ou qui n’obtiendront peut-être jamais justice », nous dit Jérôme Rodrigues, une figure du mouvement débuté à l’automne 2018, contacté ce lundi soir.
Brice C., 35 ans, sera ainsi jugé pour violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente par personne dépositaire de l’autorité publique dans l’exercice de ses fonctions, soit un crime passible de quinze ans de réclusion criminelle — comme prévu avant le recours du policier, qui a donc été rejeté.
« Cette décision est tout à fait choquante car contraire aux faits établis, et nous le plaiderons avec beaucoup d’espoir », a réagi auprès de BFMTV Gilles-William Goldnadel, avocat du policier, qui le décrit « déçu, amer, mais combatif ». Le fonctionnaire, membre de compagnies d’intervention (CSI) au moment des faits, est toujours en fonction.
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Écouter23 Gilets jaunes éborgnés
Le 26 janvier 2019, Brice C., intervenait dans le cadre d’une manifestation tendue des Gilets jaunes, place de la Bastille à Paris. Des jets de projectiles de manifestants sur les forces de l’ordre avaient nécessité l’usage d’un engin lanceur d’eau et de grenades lacrymogènes. C’est à ce moment que Jérôme Rodrigues a définitivement perdu l’usage de son œil droit.
L’avocat de Brice C. a soutenu qu’il avait agi « en état de légitime défense », le lancer de grenade de désencerclement étant intervenu « dans un contexte insurrectionnel » et « en direction de personnes qui portaient atteinte à l’intégrité physique des policiers », est-il précisé dans l’ordonnance de mise en accusation consultée par l’AFP en 2025.
Mais les témoignages et les vidéos analysées lors des investigations ont permis d’établir que « le groupe au sein duquel évoluait Jérôme Rodrigues n’était pas violent » donc ne constituait pas « un attroupement violent (…) susceptible de permettre l’usage de la force publique », ont considéré les juges d’instruction.
Jérôme Rodrigues nous confie par ailleurs sa déception de ne pas voir « les donneurs d’ordre » jugés et de n’avoir « jamais pu obtenir une commission d’enquête parlementaire pour comprendre comment ce déchaînement de violence a eu lieu ». Au moins 23 personnes éborgnées ont été recensées par l’AFP lors du mouvement des Gilets jaunes.