Dans le tourbillon de la géopolitique mondiale, l’expiration, le 5 février, du traité New Start sur la réduction des armes stratégiques n’est pas anodine. Conclu à Genève en 2010, il a permis une stabilité sécuritaire entre la Russie et les Etats-Unis, qui possèdent ensemble 86% des armes nucléaires de la planète. Il constituait la dernière brique dans l’architecture de contrôle des armements atomiques entamée par Nixon et Brejnev, développée par Bush et Gorbatchev et poursuivie par Obama et Medvedev. Les présidents américain et russe, Donald Trump et Vladimir Poutine, se sont montrés en revanche incapables de négocier un nouvel accord, malgré leur apparente «amitié».

Considérée comme l’arme de destruction massive la plus dévastatrice jamais créée, la bombe atomique continue de faire peur. Selon un récent sondage, une majorité de Suisses sont en faveur de son interdiction, tout comme une centaine d’Etats membres des Nations unies. Et pour cause. Durant la Guerre froide, la rivalité américano-soviétique a failli provoquer une guerre nucléaire en 1962 et en 1983, malgré la stabilité offerte par le monde bipolaire de 1946 à 1989. Aujourd’hui, on pourrait se rassurer en constatant qu’on est loin des 70 000 ogives nucléaires détenues par les deux superpuissances dans les années 1960. Or, avec des technologies toujours plus performantes et des bombes ultra-puissantes, Moscou et Washington ont des arsenaux beaucoup plus dangereux. Impossible d’exclure une nouvelle course aux armes nucléaires tant quantitative que qualitative.

La stabilité stratégique n’a toutefois été possible que grâce à la confiance que les inspections mutuelles effectuées dans le cadre de New Start avaient consolidée. Sans confiance, le risque de faux calcul en cas d’alerte nucléaire est décuplé. Le régime de non-prolifération des armes nucléaires, qui sera réexaminé en avril prochain à New York, a certes permis de limiter pendant des décennies la détention acceptée et reconnue de l’arme atomique à cinq puissances (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité). Mais il n’a pas réussi à empêcher l’avènement d’Etats nucléaires voyous (Corée du Nord, Inde, Pakistan et Israël).

Ce régime est désormais très fragilisé. Certains alliés des Etats-Unis qui se sentent trahis par l’Amérique de Donald Trump songent à acquérir peut-être un jour l’arme nucléaire pour compenser la perte des garanties de sécurité américaines. Parmi eux, l’Allemagne, la Corée du Sud et le Japon. Il est dès lors plus que temps que l’humanité réfute l’inéluctabilité de l’arme atomique.