Publié le
2 févr. 2026 à 17h40
Des trucs qui vous filent froid dans le dos… Quelques jours après le bouleversant arrêt cardiaque de Uini Atonio et l’annonce de son arrêt de carrière, le récit du pilier bordelais Carlü Sadi à propos de sa blessure sur un terrain est absolument glaçant.
Une simple sensation de « décharge dans le cou » sur une mêlée, à Chaban-Delmas contre le Lou un soir de janvier 2025, sa tête relâchée « comme un bouchon de bouteille qui n’a pas été serré », cette sensation bizarre et l’annulation de son vol pour l’Afrique du Sud prévu le lendemain. Puis les heures passées au téléphone durant la nuit avec son épouse, rentrée au pays, pour « ne pas être seul ».
“À 2 millimètres de la mort” : un diagnostic qui glace le sang
Et enfin le spécialiste qui, le lendemain, lui explique qu’un ligament tenant ses cervicales C1 et C2 s’est rompu. Quand le Sud-Africain lui demande combien de temps cela met à repousser, le médecin ouvre grand les yeux : « Ça ne repousse pas. Vous étiez à 2 millimètres de la mort. »
Dans un long entretien accordé à Rugby Pass, le joueur de 28 ans livre le récit de son calvaire. Et les clés de l’incroyable renaissance qu’il a vécue, revenant sur les terrains au moins d’août et réalisant une excellente saison avec l’UBB. Aligné à 19 reprises, titularisé 15 fois, il excelle à droite de la mêlée girondine et réalise « sa meilleure saison depuis qu’il est arrivé chez nous », assurait fin janvier son entraîneur Christophe Laussucq.
Il a pourtant dû faire preuve d’une ténacité et d’une résilience incommensurables. « Le spécialiste m’a informé que je devrais subir une opération, prélever un peu d’os de ma hanche, le mettre dans mon cou, et mettre deux vis dans mon cou. Il a dit : ‘Pour l’instant, si tu prends une grosse gifle, tu es mort ; un coup du lapin, tu es mort.’ J’étais sous le choc. Je pleurais dans ma voiture, je pensais que ma carrière était terminée. »
Carlü Sadie : « J’avais peur »
Le pilier a dû patienter 3 semaines et le retour de vacances du chirurgien pour passer sur la table… Entre temps, il a fait un aller-retour en Afrique du Sud, sous les conseils de Yannick Bru, pour parler de son cas à Jake White et aux Bulls, avec qui il avait signé un contrat. « J’avais peur, je flippais à la moindre turbulence. »
Personne, dans son pays, ne pensait qu’il pourrait rejouer. Contrairement à l’UBB. Yannick Bru et Laurent Marti ont décidé de racheter son contrat et de l’accompagner dans sa rééducation, persuadés qu’il pourrait retrouver son niveau et même revenir plus fort.
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Il fallait toutefois passer l’opération. « Le médecin m’a dit qu’il y avait 50% de chance que je meure sur la table. ‘Quand je mets les deux vis dans ton cou, si je touche la moëlle épinière, c’est fini pour toi. Si je touche une artère, tu te vides de ton sang.’ Ma femme pleurait. On savait que c’était une très grosse opération. »
“Ce n’est qu’un jeu” : quand les alertes du Pr Chazal résonnent avec le témoignage de Sadie
Elle dura 4h30 au lieu des 80, 90 minutes nécessaires habituellement. 7 mois et 100 heures de rééducation très intenses plus tard avec un kiné spécialiste, Carlü Sadie a retrouvé le chemin des terrains et son niveau de jeu.
Mais il est passé par l’impensable, des émotions et des moments d’une violence extrême. Tout ça, pour du rugby… « Ce n’est qu’un jeu », rappelle le Professeur Jean Chazal, neurologue et auteur du livre « Ce rugby qui tue » (ed. Solar), récemment interrogé par Actu Rugby.
« On peut faire un sport potentiellement mortel ou qui blesse gravement dans le cadre d’une activité professionnelle : ça s’appelle l’armée. Au rugby, il s’agit juste de distraire les gens. On se croirait aux Jeux du Cirque. » Et les joueurs ne sont pas des gladiateurs… On ne devrait jamais risquer sa vie, sur un terrain de rugby.
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