Je vous emmène, à Lorient dans le Morbihan. Précisément dans un petit supermarché. Où une affiche montre une capture d’écran avec la silhouette d’un client complètement anonymisée et floutée, qui semble mettre un article dans son sac.

Juste en dessous la phrase suivante : “Nous utilisons l’IA pour prévenir les vols.” C’est ce qu’on appelle de la vidéosurveillance algorithmique.

Concrètement, un logiciel de reconnaissance par intelligence artificielle a été ajouté aux caméras déjà présentes. Il analyse tous les gestes en direct.

Je cite mon collègue de Ouest-France, Maxime Soenen, qui a enquêté : “Le téléphone du gérant vibre. Il a reçu une notification. Sur une vidéo de quelques secondes, une application lui montre le comportement suspect détecté par IA d’un des clients. Fausse alerte. La personne a simplement mis sa main dans sa poche.”

Le responsable du magasin complète : “On peut choisir le niveau de prévention. Moi, je l’ai mis au maximum. Tout ce qui est mis dans un sac ou dans une poche nous est rapporté, et c’est à nous de juger de la situation, ou de voir si à la caisse le client ressort bien les produits dans les sacs. Au total, on peut recevoir 200 notifications par jour.”

Et pour quels résultats?

Le gérant estime avoir deux fois moins de tentatives de vols à l’étalage. Je le cite : “Quand un voleur est pris, j’appelle la police, au moins pour marquer le coup. Ensuite ils ne reviennent pas.”

En 2024, 42 000 vols à l’étalage ont été constatés par le ministère de l’intérieur. Ce qui exclut les vols non repérés et ceux non signalés.

A Lorient, le responsable du supermarché cité estimait, lui, à 10 000 € par an les pertes liées au vol. Qui peuvent avoir une conséquence sur les prix pour compenser ou à agir sur l’emploi.

Ces dispositifs sont-ils répandus?

Environ 3 000 commerces utilisent ce dispositif. On trouve des supermarchés, des magasins de bricolage, des pharmacies.

A La Farlède dans le Var, un supermarché a mis des caméras IA au-dessus de ses caisses automatiques, endroit très propice à la fraude. TF1 nous apprend que le système repère 23 gestes différents, comme cacher un article sous un vêtement, passer un produit en masquant discrètement le scanner ; ou bien scanner un seul produit mais en poser deux dans le bac.

Mais la loi autorise-t-elle la vidéosurveillance algorithmique ?

Il y a un flou juridique. La vidéoprotection algorithmique via l’intelligence artificielle a été introduite en France en 2023, dans le cadre sécuritaire lié aux Jeux olympiques de Paris. Sous la forme d’une expérimentation qui va être prolongée jusqu’à fin 2027 par la nouvelle loi olympique liée aux JO de 2030 dans les Alpes françaises.

Mais cette loi, qui vise la menace terroriste notamment, reste dédiée aux manifestations récréatives, sportives et culturelles, et non pas… aux commerces.

Une proposition de loi est discutée depuis hier soir à l’Assemblée nationale. Elle vise à autoriser l’expérimentation dans les commerces de cette vidéoprotection algorithmique.

Ceux qui s’y opposent mettent notamment en avant la défense des libertés fondamentales ou se disent sceptiques sur l’efficacité du dispositif.

Et ce débat ne se restreint pas aux commerces, Cyril…

Il touche aussi les communes. Vendredi, le Conseil d’Etat a confirmé l’interdiction, “en l’état actuel de la loi”, de la vidéosurveillance algorithmique mise en place par la ville de Nice à l’entrée des écoles.

Selon France Info, qui a interrogé des spécialistes, la vidéosurveillance algorithmique s’étend dans l’espace public, souvent à l’insu des personnes observées. Et en toute opacité, dénoncent ses opposants.