Dernière image que le cerveau voit avant la mort : où en est la
science

Question vertigineuse : quelle est la dernière image que
le cerveau voit avant la mort
? Les croyances parlent d’un
passage, les neurosciences scrutent les ultimes signaux d’un organe
qui s’éteint. Les médecins ne peuvent pas interroger ceux qui ne
reviennent pas ; ils s’appuient donc sur des patients réanimés
après un arrêt cardiaque. Là, des schémas reviennent, troublants et
parfois apaisants. Reste à comprendre d’où vient cette image et ce
qu’elle dit du cerveau.

Depuis des années, les expériences de mort imminente alimentent
la recherche clinique et le décryptage de l’activité cérébrale à
l’agonie. Des entretiens menés après réanimation, croisés avec les
explications neurologiques, dessinent un scénario plausible pour ce
moment-limite. Ce scénario ne prétend pas valoir pour tout le
monde. Il fait émerger pourtant une image dominante juste avant
l’extinction. Et la question qui suit intrigue.

EMI et étude AWARE : ce que racontent les survivants

Pour passer du mythe aux faits, le réanimateur Dr Sam
Parnia
a conduit l’étude AWARE auprès de
patients revenus d’un arrêt cardiaque. Les récits concordent sur
certains motifs : « Les témoignages disponibles évoquent souvent la
« sortie du corps’, le ‘déroulement de sa propre existence à vitesse
accélérée’ comme un ‘film de sa vie ou un survol de souvenirs’
et/ou le ressenti d’un ‘sentiment d’amour infini, de paix et
d’union' », a décrit le Dr Sam Parnia dans son étude, selon Le
Journal des Femmes. Ces scènes reviennent assez souvent. Elles
structurent l’enquête.

Dans AWARE, 140 patients réanimés après un arrêt cardiaque ont
été interrogés. L’équipe rapporte que 39 % décrivaient une
sensation de conscience, sans toujours garder un souvenir
explicite. Parfois, ces perceptions se prolongeaient au-delà de
l’arrêt du cœur. « La conscience semble subsister pendant une durée
de trois minutes sans battement de cœur », a-t-il noté à propos de
certains cas. Ce constat guide les neurologues vers des mécanismes
précis.

Pourquoi un tunnel de lumière ? L’explication des
neurologues

Face à ces récits, le neurologue Steven Laureys propose une
cause simple et physique. Quand l’oxygénation chute, la vision
périphérique s’éteint avant le centre. « La diminution du flux
sanguin vers la rétine et le cortex visuel du cerveau » entraîne une
réduction du champ visuel concentrée au milieu, a-t-il expliqué.
L’impression converge alors vers une zone lumineuse centrale. Voilà
l’origine la plus probable de l’image qui s’impose.

De là découle le motif le plus rapporté lors d’EMI : un
tunnel de lumière, parfois des éclats, parfois une
clarté diffuse. Ce n’est pas une porte mystique observée par une
caméra intérieure, mais l’effet d’un système visuel qui se replie
sur son centre quand l’irrigation baisse. Cette mécanique rend
compte de la scène la plus décrite. Elle laisse, malgré tout, une
grande part de variabilité individuelle.

Dernière image identique pour tous
avant la mort ?

Les spécialistes rappellent que l’ultime vision reste une
question scientifique ouverte. Les vécus sont personnels, variables
et rarement vérifiables. Beaucoup de personnes réanimées ne se
souviennent de rien, d’autres décrivent des images, d’autres encore
un apaisement sans forme. Les données disponibles n’autorisent
aucune réponse unique. Elles cadrent seulement ce que le cerveau
pourrait encore percevoir au très dernier moment.

Derrière ce vécu, plusieurs hypothèses s’additionnent :
perturbations du système limbique, des cortex préfrontaux et
temporaux, libérations de dopamine, sérotonine et endorphines, mais
aussi manque d’oxygène et hausse du dioxyde de carbone. Ce cocktail
peut altérer les perceptions, amplifier les souvenirs et colorer
l’instant d’un sentiment de paix. Ce cadre neurobiologique explique
l’image de lumière centrale. Il n’épuise pas la question, mais il
éclaire ce que la science observe.