Mise à jour du 03.02.2026 à 14h35

Voici le communiqué de presse des chargés de relations publiques d’Ubisoft, suite à la diffusion de la nouvelle du licenciement de David Michaud-Cromp : « Partager des retours ou des opinions de manière respectueuse ne conduit pas à un licenciement. Nous avons un Code de conduite clair qui définit nos attentes partagées pour travailler ensemble en sécurité et avec respect, et que les employés examinent et signent chaque année. Lorsqu’il est enfreint, nos procédures établies s’appliquent, incluant une gradation des mesures en fonction de la nature, de la gravité et de la répétition de la violation. » Nous ne tenons pas entre nos mains l’intégralité des informations dévoilées par David Michaud-Cromp, mais ses publications sur Linkedin ne semblent pas manquer de respect envers qui ou quoi que ce soit. La déclaration officielle sous-entend ainsi que la faute résiderait donc dans la forme plutôt que dans le fond.

Mise à jour du 02.02.2026 à 18h33

On vous apprenait ce matin la triste suspension de David Michaud-Cromp pour avoir osé l’ouvrir au sujet du retour obligatoire en présentiel. Eh bien, on vient d’apprendre qu’il a été salement viré pour avoir osé révéler les petites stratégies internes. L’information nous vient directement de l’indispensable Chris Kerr :« David Michaud-Cromp, chef d’équipe chez Ubisoft Montréal, a été licencié par Ubisoft moins d’une semaine après avoir été suspendu sans salaire pour avoir commenté publiquement la politique RTO récemment annoncée par l’entreprise. » Voilà ce qu’on appelle une sacrée intention de résoudre les problèmes sociaux par la négociation et dans le respect d’autrui.

Dans un contexte social déjà saturé par les appels à la grève internationale, un énorme plan de restructuration et la fin brutale du télétravail, Ubisoft a franchi une nouvelle étape dans une gestion interne déjà calamiteuse. David Michaud-Cromp, cadre au sein du groupe, a annoncé sa suspension après avoir publiquement questionné les directives de retour au bureau (RTO). Une preuve de plus d’un raidissement managérial qui ne laisse plus de place à la contestation.

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Cé(n)sure prononcée

On a ainsi pu lire sur le compte officiel Linkedin de David Michaud-Cromp : « Ubisoft m’a informé aujourd’hui d’une suspension disciplinaire sans solde de trois jours, effective dès demain. La mesure m’a été présentée comme étant liée à des commentaires publics que j’ai exprimés concernant la politique de retour au bureau de l’entreprise, et fondée sur une violation alléguée du devoir de loyauté. Je partage ces informations pour des raisons de transparence. Je prends note de la décision et ne ferai aucun autre commentaire pour le moment. »

Ce geste fort de la part d’un cadre souligne l’échec cuisant du dialogue social chez l’éditeur. Alors que les grèves se multiplient pour dénoncer le mépris des accords passés pendant la pandémie, Ubisoft répond par la discipline. Cette stratégie de la terre brûlée vise manifestement à étouffer toute critique publique de la part de ceux qui, d’ordinaire, servent de tampon entre la direction et les équipes. En frappant un Team Lead, le message envoyé est limpide : la loyauté envers les processus de l’entreprise doit primer sur le bien-être des collaborateurs et la réalité du terrain, qu’importe le prix à payer.

"Mais vas-y, tu peux dire tout ce que tu veux« Mais vas-y, tu peux dire tout ce que tu veux

Pour les syndicats, notamment le STJV, la fin du télétravail, les suppressions de studios et les plans de « départs volontaires » (qui concernent 200 postes) sont intimement liés. En durcissant les règles de présence physique, Ubisoft provoque mécaniquement la démission de nombreux profils seniors ayant réorganisé leur vie loin des métropoles coûteuses. C’est une méthode de dégraissage passive qui permet d’éviter les foudres des régulateurs tout en réduisant la masse salariale. La suspension de David Michaud-Cromp agit ici comme un verrou de sécurité : elle doit empêcher les cadres de valider les griefs des employés, et museler la grogne avant qu’elle ne se transforme en un mouvement de contestation structuré et médiatisé. Une gestion de crise par l’extincteur qui risque, à l’inverse, de souffler sur les braises d’un studio déjà au bord de l’implosion.