La fresque « Utopia » a marqué tout un quartier lausannois. Inaugurée le 14 février 1991 à la place de l’Ours, sur une façade de l’immeuble numéro 6 de l’avenue de Béthusy, elle représentait un dessin futuriste de l’auteur français Philippe Druillet, agrandi 21 fois et reproduit sur une quarantaine de plaques par le graphiste designer veveysan Michel Andreini.

Philippe Druillet, artiste toulousain complet, est l’auteur de la BD de science-fiction « Lone Sloane », créée en 1966. Il a notamment été primé au festival d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre.

La disparition de cette oeuvre est due aux travaux du métro M2. Elle fait l’objet d’une enquête sans relâche d’Yves Demay, ancien libraire lausannois de Bédéscope, et de Valentin Augsburger, dont « Utopia » a marqué l’enfance. « Nous avons eu la chance d’avoir une fresque murale d’un auteur de BD mondialement connu. Elle était là jusqu’en 2003. Puis elle s’est envolée », raconte l’ex-patron dont la librairie était juste en face, sur la rue Marterey.

Une carte postale de la fresque "Utopia" à Lausanne, démontée en 2003. La fresque « Utopia » à Lausanne, démontée en 2003.

Selon Yves Demay, également ancien homme de radio sous le nom de Professeur Y, l’œuvre a été réalisée « avant le premier mur peint à Bruxelles, qui est tout de même une des capitales de la BD, et avant Angoulême, une autre capitale du genre, avec son musée et le plus grand festival de BD au monde ». « Lausanne est donc une ville précurseur, avec ce que j’appelle un mur BD », souligne-t-il.

Une œuvre « stockée »

Qu’est-il donc advenu de cette fresque de 200 mètres carrés après son démontage? Lors de ses recherches, Yves Demay a été contacté par Valentin Augsburger, animé par la même quête. « Tous les matins, je voyais cette fresque avec des vaisseaux spatiaux et un univers un peu étrange. Cela a nourri chez moi un imaginaire futuriste, qui m’a ouvert les portes de la BD de Druillet, mais aussi celles du cinéma et des romans », raconte le trentenaire employé à la Ville de Lausanne.

Deux pages du tome 1 de la BD "Lone Sloane", intitulé "Le mystère des abîmes", de Philippe Druillet. Le tome 1 de la BD « Lone Sloane », intitulé « Le mystère des abîmes », de Philippe Druillet.

« Nous sommes pour l’instant face à beaucoup de portes fermées. Mais nous savons une chose: la fresque n’a pas [totalement] disparu. Elle n’a pas été brûlée ou jetée, elle a été rangée dans les archives de la ville de Lausanne », affirme Yves Demay.

« Je suis convaincu que la fresque est stockée quelque part et qu’elle n’est pas perdue », renchérit Valentin Augsburger. « Lors de mon enquête, j’ai trouvé deux sources: l’ancien directeur de la Loterie romande Philippe Maillard, qui a payé les frais de la fresque, et l’ancien conseiller municipal lausannois Olivier Français, qui était en charge des travaux du M2. »

Tous deux lui ont confirmé « que l’ordre avait été donné de stocker la fresque dans les ateliers de la Ville », selon le Lausannois.

Une quarantaine de panneaux

Les frais de création d' »Utopia » se sont élevés aux environs de 80’000 et 100’000 francs, pris en charge par la Loterie romande.

Démontée, la fresque n’est pas si grande. Elle est composée d’une quarantaine de panneaux très fins (moins d’un centimètre) et rigides, d’environ 2,5 mètres par 1,5 mètre, explique Michel Andreini, qui a peint le dessin de Philippe Druillet.

Lui aussi pense que la fresque se trouve « dans un hangar de la ville de Lausanne ». A l’époque, il avait vaguement entendu parler d’une valeur d’assurance de l’ordre d’un million de francs.

>> Voir l’épisode 1 de Basik : déclik : utopia : la fresque disparue : enquête à lausanne/ épisode 1 déclik : utopia : la fresque disparue : enquête à lausanne/ épisode 1 / basik / 5 min. / le 8 décembre 2025