Amedeo Modigliani dans son atelier en 1915.

Amedeo Modigliani dans son atelier en 1915.

Paul Guillaume

Son origine remonte à l’année 1944, lorsqu’un galeriste juif réfugié en Dordogne, Oscar Stettiner, se voit spolié d’une partie de ses œuvres, sous le régime de Vichy. Un tableau du célèbre peintre Amedeo Modigliani, intitulé « L’Homme assis …

Amedeo Modigliani dans son atelier en 1915.

Amedeo Modigliani dans son atelier en 1915.

Paul Guillaume

Son origine remonte à l’année 1944, lorsqu’un galeriste juif réfugié en Dordogne, Oscar Stettiner, se voit spolié d’une partie de ses œuvres, sous le régime de Vichy. Un tableau du célèbre peintre Amedeo Modigliani, intitulé « L’Homme assis » ferait partie du lot. Après la guerre, les tentatives de Stettiner pour récupérer son tableau disparu se révèlent infructueuses, malgré une décision de justice en sa faveur.

Panama, Suisse…

Ce tableau réapparaît en 1996, lors d’une vente aux enchères chez Christie’s. Il est acheté par un richissime marchand d’art, David Nahmad. Ce dernier a toujours affirmé qu’il ignorait si le tableau avait pu avoir été volé pendant la guerre. Malheureusement pour lui, en 2011, une société canadienne, Mondex Corporation, s’intéresse à l’affaire. Spécialisée dans la récupération d’œuvres d’art spoliées pendant la guerre, elle est plutôt du genre pitbull et affiche fièrement un « taux de restitutions de 97 % » sur son site internet.

Seulement, l’homme d’affaires aussi a plus d’un tour dans son sac. À qui lui réclame l’œuvre, il répond qu’elle appartient dorénavant à une mystérieuse société panaméenne : International Art Center (IAC). Une fois de plus, l’affaire aurait pu s’arrêter là. C’était sans compter la révélation des « Panama Papers », en 2016, et la fuite de millions de documents confidentiels du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca.

James Palmer.

James Palmer.

Collection personnelle

À l’époque, une enquête du journal « Le Monde » révèle que IAC est détenue par un seul homme, David Nahmad. Quant au tableau, il est stocké avec des milliers d’autres de la collection du clan Nahmad, dans les hangars des Ports Francs de Genève, qui permettent d’y conserver des biens sans payer de droits de douane.

« Volé »

En 2025, Mondex Corporation a porté l’affaire devant la Cour suprême de l’État de New York, avec, à l’appui, une longue liste de documents prouvant, selon elle, que « L’Homme assis » a bien été volé à Oscar Stettiner en 1944 et que ses ayants droit peuvent en exiger la restitution. Elle ne fait pas cela uniquement par amour de la justice, les sommes à récupérer en commission sont importantes, mais « l’arrangement est confidentiel », explique le fondateur de Mondex, joint par téléphone.

James Palmer se dit confiant : « Notre situation est idéale. Nous apportons une preuve après l’autre que ce tableau doit revenir aux héritiers d’Oscar Stettiner. Et nos opposants n’en ont aucune. Nous travaillons sur cette affaire depuis près de quinze ans. À ma connaissance, c’est notre plus ancienne. Et nous avons un document qui prouve que David Nahmad et son avocat étaient au courant depuis au moins dix ans que le tableau avait été volé. » James Palmer fait référence à une note des archives parisiennes, datant de 1950, portée au dossier par Mondex, et dont la famille Nahmad aurait eu connaissance. Le document, une reproduction du tableau « L’Homme assis », porterait clairement la mention « volé ».

Jugement en février

Le 10 février, la Cour suprême délivrera un « summary jugement » [jugement sommaire, NDLR] qui dira si le tableau doit être restitué. « La Cour pourrait décider la restitution immédiate ou renvoyer vers un procès, qui se tiendra au mois de mai », explique encore James Palmer. Et de conclure : « Je pense que nous avons de très bonnes chances de récupérer le tableau cette année. »

Selon lui, David Nahmad l’avait acheté « entre 2,5 et 3 millions de dollars », en 1996. Aujourd’hui, il serait évalué à près de 25 millions de dollars (plus de 21 millions d’euros). Du côté du clan Nahmad, le silence est de mise. Contacté par téléphone, leur avocat, Richard Golub lâche seulement : « Je vous rappellerai si j’ai quelque chose à dire », avant de raccrocher.

Bien loin de New York, c’est dans le Périgord, que vit l’héritier putatif d’Oscar Stettiner. Philippe Maestracci, 79 ans, exploitant agricole, réside avec sa femme à La Force, petite commune du sud de la Dordogne. Discret, le couple refuse de s’exprimer sur cette affaire et ne cache pas son agacement d’être régulièrement sollicité par les journalistes. Ils assurent ne pas lire les articles consacrés à cette histoire. D’ailleurs, elle « n’a rien d’exceptionnel », veut croire Philippe Maestracci « Elle arrive à plein de gens dont la famille a été spoliée. »