A l’occasion de la visite à Saint-Etienne d’Amir Reza-Tofighi, président national de la CPME, l’entreprise Sam Outillage a ouvert ses portes à la presse et à ses partenaires, le temps d’une visite. L’occasion de présenter le choix du fabricant de miser sur le made in France, dans un contexte hyper mondialisé où il est primordial de rester compétitif.

Olivier Blanc, PDG de Sam Outillage, Amir Reza-Tofighi, président national de la CPME, et Daniel Villareale, , président de la CPME Loire. ©JT/ If Saint-Etienne

« Non, Sam ne veut pas du tout dire Société anonyme de métallurgie, s’amuse Olivier Blanc, 4ème génération à la tête de ce fleuron stéphanois de la fabrication d’outils. C’est une référence à l’oncle Sam ». Créée en 1906 par son arrière-grand-père, François, ingénieur des Mines, et nommée « Les Forges stéphanoises », l’entreprise devient Sam après la Première guerre mondiale.

Durant ce conflit, les Etats-Unis viennent en aide à la France et lui font découvrir l’outillage à main industriel forgé de haute qualité, essentiellement constitué d’outils de serrage (clés, pinces, tournevis…) ou coupant (cisailles, coupe boulons…).

Une fois la paix revenue, François Blanc reconvertit une partie de ses ateliers de forge vers cette production et le baptise Sam Outillage, en hommage.

Jeudi 29 janvier, l’entreprise qui fêtera prochainement ses 120 ans, a ouvert ses portes à l’occasion du déplacement à Saint-Etienne d’Amir Reza-Tofighi, président national de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), en visite dans l’antenne ligérienne à l’occasion de ses vœux aux adhérents. L’occasion de découvrir comment le fabricant d’outils est devenu un fabricant de smart tools…

Miser sur le made in France

Face à une hausse du coût de l’énergie devenue incontrôlable, le chef d’entreprise a pris une mesure inédite, pour sauver l’intégralité des emplois. Sa dernière forge chaude sera éteinte au mois de mars. « Nous avons subi une explosion du prix de l’énergie, ce n’est donc plus possible de maintenir cet atelier de forge, assure Olivier Blanc. En 2021, cela représentait 400 000 euros, et cette année cela allait représenter plus d’1 million d’euros. C’était donc notre devoir de prendre cette décision. Voir cette forge fermer, les générations précédentes ne s’en remettraient pas, mais on a décidé de passer à la forge à froid, plus automatisable, moins énergivore ». Malgré cette décision difficile, Sam Outillage parvient à concurrencer l’Inde et la Chine depuis Saint-Etienne, et depuis la tôlerie iséroise Sori, dont l’entreprise stéphanoise a fait l’acquisition en 2024. Pour ça, elle a fait le pari du made in France.

Car Sam Outillage est le seul fabricant de clé à pipe en Europe. L’Inde et la Chine en produisent également, à destination des secteurs automobile et ferroviaire. « Pour pouvoir peser sur ce marché, il fallait devenir un champion de la logistique, explique le chef d’entreprise. Nous avons donc investi dans un centre logistique qui nous a permis de pouvoir livrer très rapidement ».

Continuer d’innover

L’entreprise de 220 collaborateurs a vu son chiffre d’affaires progresser de 30 % ces cinq dernières années, pour dépasser les 40 millions d’euros en 2026. Avant 2016, seuls 30 % du chiffre d’affaires provenait du made in France. Grâce au changement de stratégie, il représente aujourd’hui plus de 60 %. « Pour nous, c’est le meilleur moyen de ne pas être copié, constate le PDG. Grâce à des innovations, nous développons un nouveau produit par an et pour ça, on a embauché douze ingénieurs ».

De cette volonté est né le distributeur intelligent en octobre 2022, baptisé Sam’Uraï, et ses 1 000 machines vendues en 2025. Un logiciel de suivi de produits, outillages, et de maintenance a été également développé. Une volonté d’innover que souhaite poursuivre Olivier Blanc avec le recrutement d’un nouvel ingénieur en 2026, et le projet d’investir l’Allemagne.

Daniel Villareale, président de la CPME Loire :

« 24 % de nos adhérents sont des industriels »

« Aujourd’hui, tout le monde a pris conscience qu’il fallait réindustrialiser le pays. Mais nous sommes en concurrence avec beaucoup d’autres territoires qui, eux aussi, ont envie d’attirer des industries. C’est pourquoi la Région a créé un G6 de la relocalisation il y a près de quatre ans. Cela nous a permis d’imaginer des outils incitatifs pour attirer des industries qui veulent s’implanter en France, car la Région a du foncier disponible, de l’énergie décarbonée, un tissu industriel déjà existant avec des savoir-faire. Bien sûr que nous avons une carte à jouer. Cette culture industrielle nous a permis de résister plus que les autres. A la CPME Loire, 24 % de nos adhérents sont des industriels. Il y a des industries de pointe sur le territoire, tout à fait en capacité de répondre à des appels d’offres groupés. On organise donc des visites d’usine pour créer du lien entre ces structures. Mais la mission reste compliquée dans un contexte international dramatique, sans budget, ou avec un mauvais, sans réel gouvernement… Tout cela contribue à créer de l’incertitude ».