Nous avons passé les dernières années à craindre des virus hautement contagieux mais à la létalité modérée. Le virus Nipah, qui vient de refaire surface en Inde, est tout l’inverse : il se transmet difficilement, mais quand il frappe, il ne rate presque jamais sa cible. Avec un taux de mortalité pouvant atteindre 75 %, ce pathogène sans remède connu a mis plusieurs pays d’Asie en alerte maximale après deux nouveaux décès signalés au Bengale-Occidental.

Le cauchemar venu des chauves-souris

La Thaïlande, la Malaisie et Singapour ont immédiatement renforcé leurs contrôles aux frontières. Pourquoi une telle frayeur pour une poignée de cas ? Parce que le profil clinique du Nipah ressemble à un film d’horreur biologique. Ce virus, identifié pour la première fois en 1998, est une zoonose. Il nous vient de la faune sauvage, plus précisément des chauves-souris frugivores. Il saute la barrière des espèces soit directement (via la salive ou l’urine de chauve-souris sur des fruits, notamment le jus de palmier-dattier), soit via des intermédiaires comme les porcs.

Une fois chez l’Homme, il ne se contente pas de provoquer une simple fièvre. Il attaque le système respiratoire, mais surtout le cerveau.

Quand le cerveau s’enflamme

Ce qui effraie le plus les médecins, c’est la capacité du Nipah à provoquer une encéphalite (une inflammation aiguë du cerveau).

Les symptômes vont bien au-delà de la grippe : convulsions, coma rapide (parfois en 24 à 48 heures), désorientation. Plus troublant encore, le virus peut induire des changements de personnalité soudains et des psychoses. Même les survivants ne sont pas toujours sortis d’affaire : le virus peut rester « dormant » et déclencher une encéphalite récidivante des années, voire une décennie après l’infection initiale. C’est une épée de Damoclès biologique.

niPAHCrédit : Manjurul

Aucun bouclier médical

À ce jour, le bilan médical est sombre : il n’existe aucun vaccin et aucun traitement spécifique homologué. Les médecins ne peuvent que traiter les symptômes et espérer que le corps du patient résiste. Une lueur d’espoir existe en Australie, où un traitement expérimental (le m102.4) est en phase de test, mais il est encore loin d’être disponible pour le grand public. Pour l’instant, la seule défense est la prévention.

Faut-il paniquer ?

Si le tableau est noir, il y a une nuance capitale : contrairement au Covid-19, le Nipah n’est pas un champion de la contagion interhumaine. Il se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’un malade, ce qui limite sa propagation exponentielle. Pour l’heure, le risque pour les populations hors des zones de foyer (Inde, Bangladesh) reste minime. Mais chaque apparition du Nipah est un rappel brutal : la nature dispose dans son arsenal de virus bien plus dévastateurs que ceux que nous avons affrontés récemment. Et tant que nous empiétons sur l’habitat des chauves-souris, le risque que le Nipah tente une nouvelle percée reste entier.