C’est la douche froide pour ceux qui espéraient voir l’humanité reprendre le chemin de la Lune ce week-end. La mission historique Artemis II, qui devait emmener quatre astronautes en orbite lunaire dès ce dimanche 8 février, est officiellement reportée. Lors d’une ultime répétition générale nocturne, les capteurs de la NASA ont détecté une fuite de carburant critique sur le lanceur géant SLS. Le décollage est repoussé au mois de mars, rappelant cruellement les défis techniques titanesques de la conquête spatiale.
Un arrêt brutal à 5 minutes du but
Tout semblait pourtant en place sur le pas de tir du Centre spatial Kennedy. Malgré une vague de froid arctique qui a gelé la Floride, les équipes de la NASA s’étaient lancées dans une « répétition générale humide » (wet dress rehearsal). L’objectif : remplir les réservoirs de la fusée la plus puissante du monde avec plus de 2,6 millions de litres de propergols cryogéniques (oxygène et hydrogène liquides) et simuler un compte à rebours complet.
Les ingénieurs avaient réussi à contourner une première fuite mineure en réchauffant certains composants et avaient rempli les réservoirs. Mais à seulement cinq minutes de la mise à feu simulée, le logiciel de contrôle au sol a ordonné un arrêt d’urgence. Une augmentation brutale du débit de fuite d’hydrogène liquide avait été détectée au niveau du mât de service, obligeant l’agence à annuler le test et, par conséquent, le lancement prévu cette semaine.
L’hydrogène : le meilleur et le pire des carburants
Pour les vétérans du spatial, ce contretemps a un goût amer de déjà-vu. Dans le milieu, l’expression « C’est la faute à l’hydrogène » est devenue une blague récurrente tant ce gaz a causé d’annulations depuis l’époque des navettes spatiales. Pourquoi la NASA s’obstine-t-elle à l’utiliser ?
C’est une question de physique pure. L’hydrogène offre le meilleur rendement énergétique possible (impulsion spécifique) pour arracher une fusée à la gravité terrestre tout en restant « propre » (il ne rejette que de l’eau). Mais c’est un cauchemar logistique. L’hydrogène est la plus petite molécule de l’univers. Elle est si fine qu’elle peut s’infiltrer à travers les joints les plus étanches et même traverser le réseau atomique de certains métaux.
De plus, pour rester liquide, il doit être maintenu à -253 °C. Un tel froid extrême contracte et fragilise les matériaux, transformant le moindre défaut d’étanchéité en fuite majeure. C’est exactement ce qui s’est passé ici : l’interface avec le câble ombilical, qui alimente la fusée depuis la tour, a cédé, exactement comme lors des tests laborieux d’Artemis I en 2022.
Crédit : NASALa fusée SLS prête à viser la Lune.
L’équipage sort de sa bulle
La conséquence immédiate est humaine. L’équipage d’Artemis II — le commandant Reid Wiseman, le pilote Victor Glover (premier homme noir à viser la Lune), Christina Koch (première femme) et le Canadien Jeremy Hansen — était en quarantaine stricte à Houston depuis le 21 janvier pour éviter toute maladie avant le vol. Face à ce report de plusieurs semaines, la NASA a décidé de lever leur isolement. Ils pourront retrouver leurs familles avant de retourner en confinement deux semaines avant la prochaine tentative.
Pour Jared Isaacman, administrateur de la NASA, ce report n’est pas un échec, mais la preuve que le système de sécurité fonctionne : « Avec plus de trois ans d’intervalle entre les lancements du SLS, nous nous attendions à des difficultés. Ces tests sont conçus pour déceler les problèmes avant le vol. »
Quelles sont les prochaines fenêtres de tir ?
La fusée ne partira pas avant d’avoir subi une analyse complète des données et probablement une seconde répétition générale. Les prochaines fenêtres d’alignement orbital pour atteindre la Lune s’ouvrent du 6 au 9 mars, puis le 11 mars. Si les réparations traînent, le vol pourrait glisser jusqu’en avril.
L’enjeu est colossal : Artemis II doit valider tous les systèmes de survie humaine avant la mission Artemis III de 2028, qui prévoit de faire atterrir des astronautes sur le sol lunaire pour la première fois depuis 1972. Mieux vaut une fuite détectée au sol aujourd’hui qu’une catastrophe dans le vide spatial demain.