Le sujet a été abordé il y a deux jours dans les journaux de France Culture comme dans de nombreux autres médias qui se font l’écho de cette campagne publicitaire énigmatique qui tapisse en ce moment le métro parisien. On y voit des affiches blanches de tous formats avec en ombre portée, ce qui ressemble à un pendentif et des messages cherchant à lutter contre le sentiment de solitude « je ne laisserai jamais de vaisselle dans l’évier », « je regarderai tous les épisodes avec toi » ou encore « je pendrai toujours le métro avec toi »…
Ces messages reçus de bon matin dans les wagons bondés de parisiens blasés qui ferment les yeux pour gagner quelques petites minutes de sommeil ou sont absorbés par leurs Smartphones, casques vissés aux oreilles ont de quoi nous percuter, c’est la force de la publicité contextuelle.
Un peu plus loin une adresse épurée « friend.com » où vous attend un agent conversationnel, l’ami c’est sensé être lui, celui qui à l’inverse des humains de vous laissera jamais tomber. Le service ne propose pas qu’un site façon Chat GPT mais également un pendentif qui coute une centaine d’euros, à l’intérieur un micro qui capte toutes les interactions de votre environnement, adresses directes et discussions…l’ami vous répond directement par sms sur une application dédiée. Friend ne fait pas que réagir, il peut également vous interpeller, comme par exemple, rebondir sur une moquerie en vous donnant un bon mot pour y répondre ou vous rassurer s’il entend une mauvaise nouvelle.
Le micro est ouvert en permanence ce qui pose évidemment des problèmes de confidentialité des échanges. Cette pub provocatrice suggère que les machines sont plus sensibles que les humains et laissent planer l’idée d’IA conscientes, fantasme de beaucoup d’ingénieurs de la Tech qui attendent le moment où la machine va prendre le contrôle sur l’homme.
Sans surprise ce discours a déclenché une vague de tags d’humains qui s’insurgent contre cet outil tout doit sorti de la série d’anticipation Black Mirror. Moi je pense surtout que Friend s’inspire de Black Mirror pour nous proposer dans le réel cet ami virtuel, conçu pour venir combler l’hyper solitude moderne et je pense même que l’espace blanc a été sciemment laissé sur l’affiche tel un appel à recueillir une colère qui fera le buzz. Il s’est passé exactement la même chose à New York lors du lancement de la campagne et le créateur, Avi Schiffmann s’en est publiquement réjoui !
quel est le parcours du fondateur, Avi Schiffmann ?
Avi Schiffmann a un parcours intéressant et ce projet détonne avec son parcours. Il code depuis ses plus jeunes années et s’est fait connaître aux Etats-Unis à 17 ans en créant bénévolement au moment de la pandémie un site qui agrége toutes les données disponibles sur la circulation du virus dans le monde, un outil d’utilité public fréquenté chaque jour par plusieurs millions de personnes. Intègre il a refusé toutes les sollicitations d’annonceurs cherchant à bénéficier de son impressionnant trafic.
En 2022, il crée un autre site qui met en relation des réfugiés ukrainiens avec des personnes prêts à les accueillir dans les pays voisins. Le gamin a gagné ses galons de cyber militant et jouit d’une solide réputation, l’an dernier il a dépensé près de 2 millions de dollars pour s’offrir le nom de domaine friend.com, marque ô combien efficace pour lancer ce nouveau projet dont les ventes stagnent aux Etats-Unis autour de quelques milliers de pendentifs.
A croire qu’Avi cherche surtout à nous faire réfléchir sur ce que nous sommes prêts à perdre pour obtenir un semblant de considération de la part des machines…Finalement Friend nous demande en miroir où sont nos amis ?