Sein, côlon, prostate, sang… à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le cancer, ce mercredi 4 février, Midi Libre a recensé des prises en charge d’avenir accessibles en région.

Plus de cancers, chez des personnes de plus en plus jeunes, avec un motif d’espoir : malgré l’explosion des chiffres, la mortalité ne s’envole pas.

Le tableau, rappelé à l’occasion de la journée mondiale du cancer, mercredi 4 février, est noir, mais la région, terre d’innovation, offre aussi des raisons d’espérer.

Robotique, radiothérapie adaptative, reconstruction mammaire… Midi Libre a recensé 10 prises en charge innovantes (non exhaustives) parfois parties d’ici, ou développées et accessibles en Occitanie.

« Il y a une grande hétérogénéité des prises en charge sur le territoire, et on ne vous informera pas toujours ce qui se fait de mieux ailleurs. C’est au patient de s’informer », avertit le Dr Marian Gutowski.

Oncologue médical au CHU de Nîmes, le Dr Frédéric Fiteni est plus prudent, et met en garde contre la mise en avant de »gadgets » : « La prise en charge du cancer est la même en termes de stratégie thérapeutique sur tout le territoire, dans le cadre de recommandations nationales et internationales appliquées partout à l’identique. Où qu’il vive, le patient n’a pas de pertes de chance, et heureusement », assure le médecin.

1. DaVinci 5, à l’ICM et pas ailleurs en France

Présentée à l’occasion des voeux de l’ICM, le 22 janvier dernier, la dernière version du robot chirurgical Da Vinci, utilisée dans la chirurgie du cancer mais pas que, est à Montpellier et pas ailleurs en France.

L’ICM n’est pas qu’un référent français en chirurgie robot-assistée, c’est aussi un modèle en Europe. Utilisé essentiellement « en chirurgie digestive et pour le cancer du rectum », précise le Dr Gutowski, Da Vinci 5 est déjà au travail, avec « autour de cinq opérations quotidiennes ».

La particularité de cette dernière version : « On sent la résistance des tissus, comme quand on opère à la main, et on peut fusionner en temps réel les images ou le scanner » sur le champ opératoire.

2. Sein : la reconstruction en même temps que l’ablation

Nom de code : MRI, pour « Mastectomie, reconstruction immédiate ». « Dans le traitement du cancer du sein, un tiers des patientes auront une mastectomie », rappelle le Dr Marian Gutowski, chirurgien sénologique à l’ICM.

Si les conditions sont favorables, l’établissement propose systématiquement une reconstruction du sein immédiate, sachant que « 60 % à 70 % des femmes malades » souhaitent retrouver leurs formes. « Tissus, prothèses… toutes les options sont possibles ici », précise le Dr Gutowski, et c’est ce qui fait la différence avec les autres centres de cancérologie.

« Le résultat esthétique est meilleur, la qualité de vie sera meilleure, l’impact psychologique de la mastectomie est moindre et il n’y a aucune perte de chance de guérir », assure le médecin. C’est aussi possible si une radiothérapie est ensuite nécessaire : « La radiothérapie abîme la reconstruction dans 40 % des situations, mais une étude est en cours pour affiner les connaissances sur le sujet ».

3. Un test sanguin qui change le traitement

Il a représenté 25 ans de recherches et a fait naître une start-up, NovaGray, implantée sur le site de l’ICM. Développé par le Professeur David Azria, chef du département d’oncologie radiothérapie de l’ICM. Le test RILA, réalisé à partir d’une simple prise de sang, permet, avec l’accord du patient, de déterminer la meilleure option de radiothérapie adaptée à sa personne (dose, durée, cible) en fonction des résultats biologiques et des prédictions de l’intelligence artificielle, lorsque l’indication est posée. « Quel que soit le cancer mais majoritairement ceux du sein et de la prostate ».

« Il a été mis en route en 2023 à l’ICM, et est désormais proposé à l’institut du cancer Sainte-Catherine à Avignon, l’institut Paoli-Calmettes de Marseille, l’hôpital de Brives et à l’hôpital de La Tour à Genève », précise David Azria. Mais le test, en cours d’évaluation, n’a pas le feu vert de l’HAS (Haute autorité de santé). Aujourd’hui, c’est l’ICM qui assure la prise en charge. Des discussions sont engagées avec les mutuelles pour son remboursement. « En une année complète d’utilisation, on a fait 600 tests à Montpellier », précise l’oncologue.

RILA a un concurrent : un test mis au point aux Etats-Unis qui travaille sur d’autres données, « génétiques » cette fois.

Des chiffres inquiétants

En vingt ans, les cas de cancer ont augmenté de + 59 % chez les femmes, et de + 34 % chez les hommes. Avec 433 136 nouveaux cas recensés en 2023, le cancer est une pathologie de plus en plus fréquente qui touche violemment les plus jeunes, les chiffres sont rappelés à l’occasion de la journée mondiale du cancer, ce mercredi 4 février. En 2022, dans le monde, plus de 1,2 million de nouveaux cas et 350 000 décès ont été enregistrés chez les 20-40 ans, on n’en connaît pas vraiment les causes.

Si le cancer de la prostate (pour les hommes) et du sein (chez la femme), est le plus fréquent, les cancers du côlon et du rectum suivent pour les deux sexes, puis le poumon et le pancréas.

Avec 33487 nouveaux cas de cancers par an, rappelle l’Institut national du cancer (Inca), l’Occitanie n’est pas épargnée. Et le dépistage patine : à peine une personne sur deux invitée au dépistage organisé du cancer du sein y participe, et moins d’une personne sur trois pour le cancer colorectal.

4. La radiothérapie guidée par scanner et IRM

« En Occitanie, ce n’est qu’à l’ICM », précise David Azria. Il y a sept ans, l’établissement innovait avec des séances de radiothérapie guidées par l’imagerie et adaptées au mouvement des organes (IRM pour les cancers du foie, du pancréas, de l’abdomen… ou scanner, essentiellement pour les cancers du sein, du col de l’utérus, du rectum et de la prostate).

« On choisit la technique d’imagerie la plus adaptée », rappelle David Azria. Pour mieux comprendre : « On ne voit pas très bien le foie au scanner, et s’il y a beaucoup de mouvement, il vaut mieux une IRM ».

La technique est réservée aux cancers « à un stade très localisé ».

Depuis, la Pitié Salpêtrière à Paris, l’institut Paoli-Calmettes de Marseille, l’hôpital Lyon Sud ainsi qu’un centre privé de la ville, et l’hôpital de Lille lui ont emboîté le pas.

5. La RIV à toute vitesse

« Vous avez une cible, et vous associez un produit radioactif à cette cible » : la radiothérapie interne vectorisée, « RIV » pour les initiés, détaille Eric Assenat, est une thérapie d’avenir qui se développe dans les services de médecine nucléaire, particulièrement à l’ICM (Montpellier) et au CHU de Nîmes, précise le médecin.

Appliquée d’abord sur les tumeurs endocriniennes, où elle est en « pratique courante », la technique se développe contre le cancer de la prostate et « est déclinable à l’infini » : « Des essais sont en cours sur le cancer du poumon, du foie, du sein ». L’intérêt : « Le produit se fixe sur les cellules malades, le reste est évacué par le corps, notamment dans les urines ».

6. Hématologie : 80 patients traités chaque année avec les cellules CarT

Quelque 80 patients traités par des cellules CarT en 2025, après un démarrage dès janvier 2019 avec l’hôpital Saint-Louis à Paris, les CHU de Lille et de Nantes, juste après le feu vert donné au traitement en France avec une première indication sur les cancers du sang : « Le CHU de Montpellier a un temps d’avance en hématologie », insiste le Pr Eric Assenat, chef du service d’oncologie médicale au CHU de Montpellier.

Le principe (en faisant simple) : des cellules sont génétiquement modifiées pour tuer les cellules cancéreuses. À « la troisième génération » des traitements, « avec moins d’effets secondaires et un temps d’hospitalisation réduit », chez les adultes comme chez les enfants, précise l’oncologue.

La bonne nouvelle : « D’ici deux ans, cette technique sera utilisée dans le traitement des tumeurs solides, pour traiter les cancers du foie, de l’estomac et les glioblastomes », annonce le médecin.

7. Cancer du côlon : pionniers de la greffe de foie

Le CHU de Montpellier est en pointe sur la greffe de foie de patients atteints d’un cancer du côlon métastatique, avec métastases au foie. Après une montée en puissance en 2025, « le CHU sera un des quatre centres nationaux experts » d’un dispositif qui doit être formalisé en mars prochain, précise le Pr Assenat. À la fois pour étudier les dossiers de patients susceptibles de répondre aux indications et pour pratiquer l’intervention. Au niveau national, 200 patients doivent être greffés.

8. Prostate : près de 300 cancers traités avec le Cyberknife

Arrivé discrètement à la clinique Clémentville de Montpellier (groupe Oc Santé) pendant la crise du Covid, le Cyberknife, robot branché sur un bras robotisé, avec de l’imagerie embarquée qui cible très précisément la tumeur, va franchir un palier symbolique : bientôt 300 patients soignés pour un cancer de la prostate, précise le Dr Nicolas Hanslik.

Oncologue et radiothérapeute, le médecin rappelle l’intérêt : « Avec cette machine extrêmement précise, qui permet d’utiliser des doses d’irradiation plus élevée tout en préservant les tissus sains, on soigne en cinq séances, alors que vingt à quarante seront nécessaires sur une autre machine ».

Le Cyberknife de Clémentville est longtemps resté unique en Occitanie. « Une vingtaine d’appareils sont désormais implantés en France », précise Nicolas Hanslik. En Occitanie, c’est la clinique Pasteur (Toulouse) qui a acquis le deuxième appareil de la région.

9,10. À venir : la BNCT à Montpellier, Epione à Nîmes…

L’ICM veut construire un centre dédié à une technique révolutionnaire d’irradiation des tumeurs, la BNCT. Le projet a été présenté en décembre. L’opération doit être bouclée financièrement avant fin mai.

Le CHU de Nîmes a lancé le mois dernier un autre compte à rebours, via son fonds de dotation, pour acquérir le robot Epione, développé par la société Quantum Surgical. L’entreprise, dirigée par Bertin Nahum, a son siège à Montpellier. Mais l’outil de radiologie interventionnelle, qui associe planification 3 D et assistance robotisée pour « optimiser le parcours de soins », rappelle le CHU de Nîmes, n’a pas encore séduit l’Occitanie.

Il y a trois ans, l’institut parisien Gustave Roussy était le premier établissement au monde à acquérir le robot, utilisé pour le traitement mini-invasif du cancer du foie.

Le Pr Eric Assenat fait état d’avancées majeures dans la lutte contre le cancer

Le Pr Eric Assenat fait état d’avancées majeures dans la lutte contre le cancer
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Pr Eric Assenant : « Le patient doit être au bon endroit au bon moment »

Le Pr Eric Assenat est responsable du service d’oncologie médicale au CHU de Montpellier.

Que dire sur la prise en charge du cancer, en cette journée mondiale du 4 février ?

On voit des choses très motivantes, des progrès qu’on n’imaginait pas sur les cancers de l’oesophage, de l’estomac, du poumon… et pas mal de motifs d’inquiétude. Ça bouge beaucoup en cancérologie, c’est impressionnant, alors qu’on a longtemps travaillé avec les mêmes molécules. La chirurgie robotique, l’IA, la radiologie interventionnelle font déjà partie de notre quotidien, et l’immunothérapie n’a plus une seule cible, mais deux, parfois trois, avec des anticorps désormais couplés à de la chimiothérapie.

Mais l’accès des patients aux nouveaux traitements est un combat.

C’est-à-dire ?

La France a longtemps fait partie des grands pays où se déroulaient les essais thérapeutiques. Je ne pensais pas qu’un jour, il faudrait se battre pour avoir les essais, c’est le cas. Pour des raisons économiques et géopolitiques qui changent les règles du jeu, mais aussi parce que la France, qui a une image de sérieux, est aussi repérée pour la lenteur administrative. D’autant que nos voisins prennent les choses en main : les Espagnols ont mis en place un « fast track », des procédures allégées pour aller plus vite.

L’intelligence artificielle va révolutionner les pratiques ?

On parle beaucoup de l’IA, elle pourrait beaucoup nous aider dans nos pratiques, mais on butte encore sur des problèmes réglementaires. Le CHU de Montpellier est pionnier sur le sujet, suivi par celui de Bordeaux.

On bénéficie des mêmes chances face au cancer, où qu’on habite en France ?

Pendant longtemps, on a eu l’idée qu’il fallait soigner de la même façon partout. On est passé à l’idée que le patient devait être au bon endroit au bon moment, grâce à des parcours moins cloisonnés, il faut pour cela collaborer. C’est pour ça que l’ICM, les CHU de Nîmes et de Montpellier ont monté un projet commun, afin de décrocher, à l’horizon 2027-2028, une labellisation de « Comprehensive cancer center », des CCC, en Europe. Il y en aura une centaine dont une quinzaine en France. Il faut en être.