Lindsey Vonn a annoncé ce mardi qu’elle comptait être au départ de la descente des Jeux olympiques à Cortina d’Ampezzo ce dimanche, malgré une rupture totale du ligament croisé du genou gauche après sa chute à Crans-Montana vendredi dernier. Le snowboarder français Pierre Vaultier a connu la même blessure, deux mois avant les JO de Sotchi en 2014, ce qui ne l’avait pas empêché de décrocher le titre olympique. Il livre son regard pour RMC Sport sur la situation de la légende américaine.

Pierre Vaultier, que pensez-vous de la décision de Lindsey Vonn de participer aux JO, neuf jours seulement après sa chute et sa grave blessure au genou?

C’est très surprenant comme décision. Le ski, ce n’est pas le snowboard. Nous, on a quand même les deux pieds sur la même planche, ce qui évite quand-même beaucoup de mouvements parasites, notamment de pivots ou de porte-à-faux. Après, d’une certaine manière, je la comprends. Je l’ai fait moi-même, mais d’un point de vue médical, c’est quand même plutôt engagé. Elle va nous montrer si c’est possible ou pas. Elle va peut-être ouvrir des portes, mais en tout cas, ça va être un cas d’école à suivre avec attention.

Vous aviez eu deux mois entre votre blessure et les Jeux olympiques en 2014, ce qui laisse plus de temps pour les soins et la préparation du genou à la compétition. En une semaine, il faut agir dans l’urgence…

Complètement. On n’a pas du tout le temps de se retourner, les Jeux sont là tout de suite. Donc il va falloir y aller avec les armes dont elle dispose. Dans mon cas, ces deux mois m’ont permis de faire dégonfler mon genou, puis j’ai eu le temps d’aller en rééducation, faire un traitement fonctionnel qui m’a vraiment beaucoup aidé sur l’aspect proprioceptif, sur l’aspect préparation du quadriceps. Dans son cas, je ne doute pas qu’elle avait un très bon quadri’ avant de se blesser puisqu’elle était en pleine saison. Maintenant, elle est sur l’inertie, il s’agit simplement de garder les capacités et le potentiel existants. Ensuite, il y a une question qui me paraît quand même assez importante, c’est la contusion osseuse, ça peut quand même être très douloureux. Après, le facteur limitant d’un potentiel départ au jeu, c’est la douleur. S’il n’y a pas de douleur, le deuxième facteur limitant, c’est le risque d’une surblessure. En termes de dislocation, de luxation du genou, il y a quelques risques évidemment.

Le snowboard et le ski alpin ne sont pas les mêmes disciplines, mais de votre expérience en sports d’hiver, cela vous semble possible de faire une descente sans un ligament croisé antérieur?

En ski, il y a beaucoup d’éléments physiques dans lesquels le ligament croisé antérieur est très, très impliqué notamment quand on se retrouve un petit peu « à cul », quand les fesses sont vraiment au-dessus du talon des skis. Là, ce qui tient vraiment le genou en place au-delà du quadriceps, c’est le ligament croisé antérieur. Le pivot peut être aussi très dangereux. Il y en a d’autres qui ont essayé de faire du ski avec des ligaments croisés antérieurs en rideau, ça se fait. Après, pour une descente à pleine intensité, j’ai l’impression que c’est encore un peu expérimental. Cela peut ouvrir des portes, est-ce que c’est souhaitable? Je ne sais pas… Mais en tout cas, dans le cas de Lindsey Vonn, avec l’objectif JO en toile de fond depuis un bon moment, c’est difficile à rater, c’est évident.

Pour avoir été dans la même situation, comprenez-vous qu’elle s’accroche à son rêve olympique, à 41 ans et après être sortie de sa retraite pour Milan-Cortina 2026?

Bien sûr, dans la posture de sportif de haut niveau, c’est évident qu’avoir des regrets a posteriori serait peut-être pire que d’y aller et de se blesser à nouveau. C’est clairement une situation que je comprends, puisque j’étais à peu près dans la même. Quand le chirurgien m’a dit « écoute, tu as une chance d’aller aux Jeux avec un bon traitement fonctionnel et éventuellement une attelle et un peu de courage », j’ai signé tout de suite sans réfléchir à quoi que ce soit d’autre. Au contraire, le challenge était tellement engageant, ça parait impossible donc on veut y aller et de manière un petit peu futile avec l’envie de marquer l’histoire aussi. Quand on a un objectif en tête, qu’on y travaille depuis longtemps et que c’est là tout de suite, on prend toutes les possibilités pour arriver à ses fins quoi qu’il en coûte. Il faut quand même être bien entouré, bien encadré, avoir un staff médical qui mette la sécurité vitale avant tout. 

Vous avez évoqué le risque de surblessure. Avez-vous ressenti par la suite les conséquences de votre participation aux JO sans un ligament croisé?

Oui et non. J’ai maintenant une prothèse totale de genou sur ce même genou, mais qui n’est pas dû à l’usure de cette non-opération de mon LCA. Ça a été vraiment une dégénérescence cartilagineuse foudroyante en huit mois. Alors, il y avait peut-être déjà un terrain défavorable à cause de ma blessure, mais ce n’est pas l’usure d’un LCA non-opéré qui a fait que maintenant j’ai une prothèse de genou. Je n’ai aucune preuve qui me permette de regretter la décision que j’ai prise donc s’il fallait refaire, je le referais évidemment. J’avais été parfaitement éclairé des risques de surblessure par mon chirurgien et par tout le staff médical avant de prendre ma décision d’aller aux Jeux. L’histoire a été favorable de mon côté. Mais même si ça avait été une usure précoce à cause de mon engagement dans les Jeux sans opération, je ne regretterais même pas ma prothèse aujourd’hui. Ce sont les travers de la psychologie du sportif de haut niveau qui a tendance à vraiment beaucoup s’entêter pour ses objectifs en faisant fi parfois de l’intégrité physique. Évidemment, dans son cas, c’est aussi ce mot de la fin: « c’est maintenant ou jamais ».