Musk accuse la justice française d’« attaque politique », le quai d’Orsay réplique par un message salé. (image d’illustration)

BRENDAN SMIALOWSKI / AFP

Musk accuse la justice française d’« attaque politique », le quai d’Orsay réplique par un message salé. (image d’illustration)

L’annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre. La justice française a diligenté, mardi 3 février, une perquisition dans les locaux du réseau social X et convoqué son propriétaire Elon Musk le 20 avril prochain, dans le cadre d’une enquête sur les dérives présumées de la plateforme. « C’est une attaque politique », a dénoncé en réponse l’ancien chef du Doge.

Le milliardaire d’extrême droite est convoqué par la justice française le même jour que Linda Yaccarino, ex-directrice générale de la plateforme, « en qualité de gérant de fait et de droit de la plateforme X au moment des faits » a expliqué la procureure de Paris Laure Beccuau dans un communiqué. Des salariés de X sont également convoqués du 20 au 24 avril « pour être entendus en qualité de témoin ».

Le réseau social américain est visé en France par une enquête préliminaire, partie de signalements début 2025 dénonçant un biais dans ses algorithmes. Cette enquête a ensuite été élargie, après d’autres signalements à l’été 2025 notamment. Ces alertes dénonçaient le fonctionnement de Grok (l’agent IA du réseau social) ayant conduit à la diffusion de contenus négationnistes et de deepfakes à caractère sexuel.

Les investigations portent notamment sur des soupçons de complicité « de détention d’images » à « caractère pédopornographique » ou de « contestation de crime contre l’humanité (négationnisme) ».

Le quai d’Orsay étrille les allégations de Musk

Or les propos d’Elon Musk sur une supposée « attaque politique » de la part de la justice française n’ont pas échappé au ministère des Affaires étrangères, qui s’est fendu d’une réponse (très) salée via son compte French Response. « Enquêter sur les contenus pédopornographiques n’est pas controversé » et « en faire un spectacle politique relève de la manipulation », a ainsi répliqué le quai d’Orsay.

« Cette logique passe peut-être sur certaines îles, mais pas en France », conclut le communiqué dans ce qui s’apparente à une référence à l’affaire Jeffrey Epstein et à son île tristement célèbre. Un sujet sur lequel les scandales s’enchaînent aux États-Unis, où la publication de millions de nouveaux documents la semaine dernière a éclaboussé de nombreuses célébrités… dont un certain Elon Musk.

En France, les investigations visant X sont dirigées par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris, et sont menées avec l’unité nationale cyber de la gendarmerie et l’agence européenne de police Europol. Selon une source proche du dossier à l’AFP, les perquisitions des locaux français de X n’étaient plus en cours mardi soir. Le parquet de Paris a indiqué travailler en collaboration avec « plusieurs pays ».

X dénonce un « acte judiciaire abusif » et une « mise en scène »

Dans une longue publication aux airs de communiqué de presse, X a dénoncé un « acte judiciaire abusif » reposant « sur des motivations politiques », affirmant qu’il ne se laisserait « pas intimider ». « Les allégations ayant justifié cette perquisition sont infondées et X réfute catégoriquement avoir commis la moindre infraction », ajoute le texte. Selon le réseau social, « le parquet de Paris tente manifestement d’exercer une pression sur la direction générale de X aux États-Unis ».

Le communiqué reproche en outre à la justice de viser son « entité française, étrangère aux faits poursuivis, ainsi que ses employés, au mépris des mécanismes procéduraux établis par les traités internationaux ». Le texte décrit par ailleurs la perquisition de mardi comme une « mise en scène », allant jusqu’à dire que la procédure est l’objet d’un « détournement » portant « atteinte à la liberté d’expression ».

Pour sa part, la procureure Laure Beccuau a souligné que les auditions libres « des dirigeants doivent leur permettre d’exposer leur position sur les faits et le cas échéant les mesures de mise en conformité envisagées ». Le choix d’un interrogatoire sous la forme d’une audition libre, plutôt qu’une garde à vue, montre à cet égard l’état d’esprit du parquet : « La conduite de cette enquête s’inscrit à ce stade dans une démarche constructive », a indiqué la magistrate. L’« objectif », poursuit-elle, est « de garantir in fine la conformité de la plateforme X aux lois françaises ».

Pour rappel, dans l’information judiciaire visant Kick après la mort cet été en direct du streamer connu sous le pseudonyme de Jean Pormanove, le parquet a émis à l’inverse fin janvier des mandats d’arrêt contre les trois gérants de fait et de droit de la plateforme, aussi visée en tant que personne morale. Le ministère public a expliqué y avoir été contraint car les protagonistes, convoqués, ne s’étaient pas présentés.

Kick et Telegram sont aussi dans le viseur de la justice

Pour X, tout est parti de signalements des députés macroniste Éric Bothorel et socialiste Arthur Delaporte. Les élus faisaient état d’une « réduction de la diversité des voix » et d’une plateforme s’éloignant de la garantie d’« un environnement sûr et respectueux à tous », évoquant « une menace pour nos démocraties ». À ce stade, la plateforme ne fait pas l’objet de poursuites pénales dans ce dossier.

Le patron de X France, Laurent Buanec, avait assuré le 22 janvier 2025 que le site dispose « de règles strictes, claires et publiques visant à protéger la plateforme des discours de haine » et que son algorithme est « construit de manière à éviter de […] proposer des contenus de type haineux. » X est également dans le collimateur de la justice française à cause de son intelligence artificielle Grok qui a nié fin 2025, dans un post vu en France près d’un million de fois, la finalité criminelle des chambres à gaz.

La Ligue des droits de l’Homme, qui avait porté plainte pour ce post, s’est félicitée de l’« avancée judiciaire » ce mardi. Outre Kick et X, la justice française a aussi dans son viseur le fondateur de la messagerie cryptée Telegram, Pavel Durov, soupçonné de ne pas agir contre l’échange de contenus criminels, ou encore des géants asiatiques comme Shein et AliExpress après l’affaire des poupées sexuelles à l’apparence d’enfants.