Un CDI sinon rien ? Ça se discute. Alors que le MEDEF a lancé la semaine dernière l’idée d’un contrat à durée indéterminée « spécial jeunes » résiliable à tout moment pendant 4 ans sans motif, le CDI apparaît de moins en moins, aux yeux de certains jeunes diplômés du supérieur, comme un Graal à décrocher à tout prix : 41 % n’en font pas une priorité.

C’est l’un des nombreux enseignements de l’étude publiée ce mardi par la plate-forme d’annonces JobTeaser et l’EDHEC Business School. Pour la réaliser, 2 578 étudiants et jeunes diplômés venant des universités, des écoles de commerce et des écoles d’ingénieur ont été interrogés cet automne sur la façon dont ils se préparent à entrer dans le monde du travail, et ce qu’ils en attendent.

Et alors qu’on dit cette génération « désengagée » vis-à-vis de l’entreprise, les jeunes qui ont répondu à cette étude sont 96 % à considérer que leur travail doit être une source d’épanouissement personnel (soit une hausse 3 points par rapport à 2024).

Le travail source d’épanouissement

« Cela peut sembler contre-intuitif, si on a en tête les clichés sur ces jeunes, commente Manuelle Malot, directrice du centre des carrières de l’EDHEC et du NewGen Talent centre. Mais en réalité c’est une approche très saine du travail. Pour les générations précédentes il pouvait être synonyme de souffrance, de stress – pour cette nouvelle génération, c’est hors de question ». D’ailleurs quand on leur demande ce que le travail représente pour eux, 30 % évoquent spontanément « l’accomplissement personnel », 24 % la motivation et l’ambition, et 13 % l’aspect financier.

17

mois

La durée moyenne idéale pour un premier poste selon les étudiants.

Jobteaser EDHEC

« Quand nous les recevons pour des conseils sur leur carrière, nos diplômés disent que la possibilité d’apprendre de nouvelles choses tous les ans est essentielle pour eux, faute de quoi ils sont prêts à démissionner », souligne Manuelle Malot. Raison pour laquelle ils se projettent sur une durée moyenne idéale pour leur premier poste de seulement 17 mois (soit 3 mois de moins qu’en 2024).

La rémunération, premier facteur d’attractivité

Si ces jeunes voient le travail comme un facteur d’épanouissement, ils n’oublient pas pour autant qu’il doit aussi leur permettre de faire bouillir la marmite : le montant de la rémunération reste le premier facteur d’attractivité pour les universitaires et les jeunes des écoles de commerce, le deuxième pour les ingénieurs, derrière la possibilité de monter en compétences, et la contribution à la société.

« Ils sont très pragmatiques », souligne Manuelle Malot, avec des attentes parfois très semblables à celles de leurs aînés. Les secteurs d’activité qui les attirent le plus sont la banque et l’assurance, l’industrie, les jeux vidéo, la musique et la culture, la comptabilité, le conseil et l’audit, et l’informatique, ce critère (le secteur d’activité) étant le premier dans le choix d’une entreprise, devant la notoriété. Au diable les paillettes.

Tout sauf naïfs, donc, ces futurs travailleurs sont très critiques sur les méthodes de recrutement de leurs futurs employeurs. « Ils ne font plus du tout confiance à la communication habituelle, très descendante, des entreprises qui cherchent à les séduire, souligne Manuelle Malot. C’est pourquoi quand ils sont approchés par un recruteur ils préfèrent aller se renseigner sur elle auprès de leurs pairs, notamment via les réseaux sociaux comme LinkedIn. Les entreprises semblent d’ailleurs avoir compris que ce n’est pas en leur distribuant des goodies qu’ils allaient séduire leurs futures recrues, car lors des derniers forums des carrières auxquels j’ai participé l’année dernière j’ai noté que les stands des recruteurs étaient plus sobres qu’auparavant ».

45

%

Des jeunes diplômés font confiance à l’IA pour leurs choix de métiers

Etude Jobtaser EDHEC

Un autre point chagrine ces jeunes diplômés ou futurs diplômés de l’enseignement supérieur : le recrutement par IA. S’ils sont 92 % à l’utiliser pour améliorer leurs CV, lettres de motivation, ou les préparer à un entretien d’embauche, ils sont aussi 67 % à déclarer ne pas être à l’aise face aux processus de recrutement automatisés. Leur souhait : rencontrer au plus vite des vrais humains qui leur donneront envie de rejoindre l’entreprise. Encore un point commun avec leurs aînés.

Enquête réalisée du 1er août au 15 octobre 2025 en partenariat avec Kantar, auprès de 2 578 étudiants et jeunes diplômés âgés de 18 à 30 ans, dont 1 357 étudiants et 1 221 jeunes diplômés. Profils : 865 universitaires, 1 072 managers, 436 ingénieurs.