
Galerie d’Apollon au Musée du Louvre
© JARRY/TRIPELON/Getty Images
20 ans de baroque
Les 92 tapis commandés pour le roi obéissent à un schéma similaire : riches en rinceaux d’acanthe sur fond brun. Et malgré cela, ils n’en demeurent pas moins uniques. Ils illustrent l’idéal baroque par leur variété qui reflète le génie illimité de l’artiste, toujours capable d’inventer de nouveaux ornements. Leurs extrémités sont habillées par de bas-reliefs allégoriques illustrant les vertus du roi ou des paysages idéalisés qui évoquent l’éclat de la France. La confection de ces tapis s’étale sur plus de 20 ans, ce qui a permis de garder une évolution constante vers le baroque avec des motifs décoratifs et des effets de reliefs.
Le tissage de la manufacture de la Savonnerie
Pour la France, cette commande représente une occasion idéale d’acquérir la maîtrise du tissage du tapis. Pour mener à bien ce projet, la manufacture de la Savonnerie s’inspire du nouage oriental tout en y apportant sa propre signature afin de créer un savoir-faire inédit. Les tapis sont réalisés sur des métiers à tisser verticaux selon la technique du point noué, ce qui permet aux productions françaises de rivaliser avec celles venues d’Orient. Si la manufacture de la Savonnerie se voit confier le chantier colossal, c’est aussi parce qu’elle est la seule à pouvoir accueillir des métiers à tisser de neuf mètres de long.
La restauration d’un héritage
Les tapis de Louis XIV ont connu un destin mouvementé. Le roi, lui-même en offre certains en cadeau diplomatique, obligeant les artisans à en retisser. Pendant de la Révolution, 51 tapis sont cédés en guise de paiement à des fournisseurs de la République. À partir de 1807, Napoléon puis le Garde-Meuble, entreprennent d’en racheter une partie, suivis vingt ans plus tard par Charles X. Ces péripéties conduisent certains propriétaires à découper les tapis, compliquant le travail des restaurateurs. Aujourd’hui, c’est l’Atelier du Mobilier national qui se charge de leur restauration. Pour cela, ses équipes emploient les mêmes techniques qu’au XVIIe siècle, notamment le point noué. Lorsque les couleurs ont disparu, elles s’attachent à retrouver une teinte identique. Un travail qu’elles mènent depuis 2023.