Si vapoter est moins nocif que fumer du tabac, c’est prendre des risques pour sa santé en inhalant des substances toxiques, explique l’Anses, dans un rapport paru ce mercredi 4 février. (Photo d’illustration)

JULIE SEBADELHA / AFP

Si vapoter est moins nocif que fumer du tabac, c’est prendre des risques pour sa santé en inhalant des substances toxiques, explique l’Anses, dans un rapport paru ce mercredi 4 février. (Photo d’illustration)

« C’est sans aldéhydes, donc c’est moins dangereux. » Cet argument d’une passante, interrogée sur franceinfo ce mercredi 4 février, est souvent invoqué par les utilisateurs d’une e-cigarette. Sauf que si la cigarette électronique est effectivement moins toxique que son homologue conventionnel chargé de tabac, ce raisonnement est faux.

Dans son rapport d’évaluation sur les risques sanitaires liés au vapotage, rendu ce mercredi 4 février après trois ans à passer au crible 3 000 études scientifiques, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) contredit justement une idée reçue sur l’absence d’aldéhydes dans les cigarettes électroniques. Les vapoteurs inhalent bel et bien ces substances toxiques, potentiellement irritantes et dont certaines sont classées cancérigènes pour l’Homme par le Centre international de recherche sur le cancer.

Si l’on savait que les aldéhydes étaient présents à des niveaux significatifs dans la fumée générée par un tabac en combustion, « cette évaluation montre que l’absence de combustion n’empêche pas la présence d’aldéhydes dans les émissions du vapotage, et que l’inhalation de ces substances présente un risque sanitaire pour le vapoteur », explique précisément l’agence de santé.

Générés par une réaction chimique

Cette précision est importante car les aldéhydes ne figurent pas dans la liste des ingrédients d’une e-cigarette ou d’un e-liquide, ce qui peut tromper les consommateurs. Ces substances se forment par une réaction chimique, appelée pyrolyse, pendant le vapotage. Quand un e-liquide est chauffé, surtout trop fort, certains composants (propylène glycol, glycérine végétale, arômes) peuvent se décomposer et former des aldéhydes toxiques (formaldéhyde, acétaldéhyde ou encore acroléine).

Des substances toxiques qui persistent dans les nuages soufflés par les vapoteurs, juste après l’exaltation, mais dont la concentration diminue vite grâce à la volatilité et à la dilution. Un rapport de 2019 publié dans la revue ScienceDirect a malgré tout testé plusieurs nuages créés par une e-cigarette avant de conclure qu’ils contiennent très souvent du formaldéhyde et systématiquement de l’acroléine.

« Toutefois, il faut noter qu’on retrouve beaucoup moins d’aldéhydes dans les aérosols de cigarette électronique que dans la fumée de cigarette », nuance Sébastien Anthérieu, professeur de toxicologie à l’Université de Lille, interrogé par Le HuffPost.

« Il faut veiller à éviter les mésusages de la cigarette électronique », à l’instar de bouffées sèches ou « dry hit » (aspirer alors que la résistance n’est pas suffisamment imbibée en e-liquide, ndlr), « qui peuvent produire des concentrations importantes d’aldéhydes », ajoute l’expert. Et de préciser qu’une mauvaise utilisation de la cigarette électronique se perçoit facilement par le consommateur « puisque “Ça a un goût de brûlé” à l’usage ».

Favoriser un terrain cancéreux

Les aldéhydes « se fixent sur les tissus des voies respiratoires et les dégradent », explique de son côté le pharmacien Thibault Mansuy, coordinateur de l’expertise de l’Anses, dans un entretien à l’AFP. « Si ces dégradations se répètent dans le temps, les tissus auront du mal à se réparer correctement. »

À forte concentration et de façon répétée donc, l’inhalation d’aldéhydes peut entraîner une altération de cellules sous forme de lésions de l’ADN, pouvant favoriser un terrain cancéreux. Les cancers se développant sur des décennies, le recul reste néanmoins insuffisant, en particulier concernant l’exposition liée au vapotage.

Face à ces risques pour les consommateurs, l’Anses recommande de « mieux les informer », rappelle « la responsabilité des fabricants sur la sécurité des dispositifs et des liquides à vapoter » et soutient un encadrement plus strict des ingrédients « en introduisant des restrictions d’usage ou en interdisant ceux présentant un risque sanitaire. » Le tout en rappelant que la cigarette électronique, à pratique équivalente, présente un « risque réduit » par rapport à la conventionnelle. Ce qui en fait un « outil de réduction du risque » dans les stratégies de sevrage tabagique, conclut le toxicologue Sébastien Anthérieu.