OLIVER CONTRERAS / AFP
Le Washington Post a annoncé le licenciement de plus d’un tiers de ces journalistes, ce mercredi 4 février. Les correspondants à l’étranger sont particulièrement visés.
« L’un des jours les plus sombres » de l’histoire du Washington Post, estime un ancien rédacteur en chef. Le journal américain, propriété du multimilliardaire Jeff Bezos, a lancé mercredi 4 février un « douloureux » plan de licenciements au sein du journal en difficulté depuis plusieurs années.
Le nombre total de suppression de postes n’a pas été communiqué. Selon le New York Times, environ 300 journalistes sur 800 sont licenciés, soit plus d’un tiers de son effectif. La restructuration destinée à réformer un journal « d’une autre époque » « inclut des réductions substantielles d’effectifs » et doit « sécuriser » son avenir, a écrit le directeur exécutif du journal Matt Murray dans un courriel aux salariés partagé par une porte-parole.
« On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir », a dénoncé le Post Guild, le syndicat du journal. « Au cours des trois dernières années seulement, les effectifs du Post ont (déjà) diminué d’environ 400 personnes ».
« Pas une décision financière, mais bien idéologique »
« Licencié du Washington Post, comme toute l’équipe des correspondants au Moyen-Orient et nos rédacteurs. Difficile de comprendre la logique », a écrit Claire Parker, qui était à la tête du bureau du Caire. Le reporter chargé de couvrir Amazon, comme celui qui couvrait les questions raciales, ont annoncé mercredi sur X avoir été licenciés. « Ce n’était pas une décision financière, mais bien idéologique », écrit le second, Emmanuel Felton. Les publications en soutien au journal, à la lourde « mission de demander des comptes aux puissants », affluent sur les réseaux sociaux.
Martin Baron, ancien rédacteur en chef du journal et figure du journalisme américain, dénonce sans fard les « efforts écœurants » de Jeff Bezos « pour s’attirer les faveurs » de Donald Trump, y voyant « un cas d’école » de « l’autodestruction quasi instantanée d’une marque ». Cette vague de licenciement survient dans un contexte d’attaques incessantes envers les médias de la part du président américains, ainsi que d’un rapprochement entre ce dernier et le propriétaire du journal.
Le Washington Post, qui a à son actif la révélation du scandale du Watergate et de multiples prix Pulitzer, est en crise depuis plusieurs années. Durant le premier mandat de Donald Trump, le journal s’était plutôt bien porté grâce à sa couverture jugée sans concession.
Mais quand le milliardaire républicain avait quitté la Maison Blanche, l’intérêt des lecteurs s’était émoussé et les résultats ont commencé à dégringoler. Le journal perd de l’argent depuis plusieurs années, selon la presse.
Le rapprochement de Bezos et Trump n’a pas plus aux lecteurs
À l’automne 2024, le Washington Post n’avait pas publié d’éditorial pour soutenir la démocrate Kamala Harris dans la campagne présidentielle face à Donald Trump, alors qu’il avait soutenu les candidats démocrates aux présidentielles de 2008, 2012, 2016 et 2020.
Beaucoup y ont vu la main de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, s’est affiché au premier rang de la cérémonie d’intronisation de Donald Trump. Ses entreprises ont d’importants contrats avec l’État fédéral, du stockage de données à l’espace. Selon la presse, cette décision avait fait fuir de nombreux abonnés.
« Imprimer des fausses nouvelles n’est pas un modèle économique rentable », a réagi sur X Steven Cheung, porte-parole de la Maison Blanche, qui multiplie les attaques contre la presse traditionnelle, entre restrictions d’accès, procédures en justice et discours accusateur.
Une vaste réorganisation de la rédaction du Washington Post lancée en 2024 avec une nouvelle direction avait secoué en interne, et de nombreux journalistes étaient partis travailler pour la concurrence.